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Tombé du ciel

Si les Stadistes doivent en partie leur victoire à un choix curieux des Grenoblois en fin de match, ils peuvent également remercier la qualité de leur contre en touche, dont la performance s’est avérée dans la lignée de celle réalisée la semaine dernière à Lyon.

C’est peu dire que les Toulousains ont tremblé lorsqu’à deux minutes de la fin du match, M. Lafon offrit aux Grenoblois la pénalité qui aurait pu provoquer leur deuxième match nul de la saison. Seulement voilà, les Isérois osèrent le choix gonflé de la pénaltouche, dont le lancer de Mike Tadjer ne trouva heureusement pas les mains de Leva Fifita. « Mais je vous défends de dire que cette touche a été gâchée par Tadjer », grinçait l’entraîneur des avants, William Servat devant le parterre des journalistes. « J’ai été talonneur un petit moment dans ma carrière et je peux vous assurer que la touche n’est pas l’affaire du seul lanceur mais une question de choix tactiques et stratégiques collectifs. Les Grenoblois venaient de prendre trois avantages sur ballon porté, c’était dans leur logique à eux. Ce ballon est le tournant du match. Le récupérer nous a donné les cartes en main pour finir la rencontre. Chacun fait ses choix et cherche ses objectifs différents. »

Un discours des plus lucides, qui avait surtout pour mérite de mettre en exergue l’énorme point fort de ce début de saison, à savoir la qualité du contre en touche toulousain. Car si le Stade a souffert face aux ballons portés du FCG (un essai et quatre pénalités encaissés), c’est en grande partie en raison du choix délibéré de contester tous les ballons dans les airs. Une stratégie qui s’est finalement avérée payante puisqu’elle permit non seulement à Toulouse de voler leur balle de match aux Grenoblois (mention spéciale à Placines, mais aussi à la bonne lecture du lifteur Rodrigue Neti), mais surtout d’inscrire l’essai de la gagne par Tekori. Tout comme elle avait permis d’aller chercher le nul à Lyon…

Sous les yeux de Bonnaire

Alors, qu’est-ce qui a changé cette saison dans le contre en touche ? Probablement, les hommes d’abord, avec le bombardement du jeune Florian Verhaeghe dans le rôle de capitaine d’alignement. Un joueur qui faisait évidemment partie de ceux que l’entraîneur du XV de France, Julien Bonnaire, était venu superviser, dont le duel à distance avec Kilian Geraci a tenu en haleine les spectateurs tout au long de la partie. « Je suis satisfait d’avoir un peu plus de responsabilités cette saison, souriait le Toulousain. Pourtant, je ne peux pas être content de ma performance ce soir, tout simplement parce que nous nous sommes fait annuler un essai à cause d’une bêtise de ma part. Sur le coup, je vois un joueur qui est bloqué chez nous dans le ruck et je suis persuadé qu’il est au-dessus du ballon… Sincèrement, ce n’est qu’en voyant les images après que je me suis rendu compte que j’en étais très loin ! Heureusement qu’en touche, j’ai pu un peu me rattraper… C’était important parce qu’à Lyon la semaine dernière, sur nos propres lancers, nous avons conservé 60 % de nos ballons. C’était catastrophique, il n’y a pas d’autre mot. Il y avait certes en face un contre qui est très performant depuis plusieurs saisons mais ce n’est pas suffisant comme explication. Face à Grenoble, nous avons su corriger nos erreurs. » 

Deux contres décisifs

Un doux euphémisme, puisqu’au-delà de gagner leurs propres ballons, c’est sur ceux du FCG que l’alignement toulousain s’est finalement montré décisif, pour ce succès tombé du ciel. Et Verhaghe le premier puisque c’est bien le capitaine de touche stadiste qui contra ce ballon dans les mains de François Uys pour propulser Tekori dans l’en-but. « J’ai de la chance de bien anticiper et de toucher le ballon, qui retombe dans les mains de Joe. Ça fait toujours plaisir de voir que le travail de la semaine paie directement par un essai. Ou lorsqu’il permet de gagner un ballon crucial, comme celui que va chercher Alban Placines en toute fin de match… »

Un boulot de fond engagé dès le début de la semaine, dont Verhaeghe détaille avec gourmandise la mécanique. « Il y a un groupe dédié à la touche. Chacun étudie les lancers de l’adversaire de son côté, puis on se réunit avec Régis Sonnes et Jean Bouilhou avant de déterminer la stratégie du week-end, qu’on travaille durant la semaine. Pour chaque touche, nous avons plusieurs systèmes, que j’annonce en fonction de ce que nous avons prévu à tel endroit du terrain, à tel moment du match… Mais je ne suis pas seul : des joueurs comme Alban Placines, François Cros ou Jerome Kaino sont aussi là pour me donner leur ressenti en cours de match. » Et contribuer à faire enfin évoluer l’alignement à l’égal niveau de la mêlée. Peut-être ce qui manquait encore au Stade dans sa reconquête des sommets…

Nicolas Zanardi
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