La dérive tactique

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    La dérive tactique
Publié le , mis à jour

Au moins, les entraîneurs du Top 14 ne pourront pas se plaindre de la monotonie de leur job… Chaque année, le législateur ajoute des règles qui font évoluer les mécanismes de notre jeu. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la modification des règles de remplacement sera lourde de conséquences.

Sur le jeu, le spectacle, l’intensité des rencontres, la perméabilité des défenses, l’efficacité des attaques, la santé des joueurs, les temps de jeu individuels… Autant de paramètres que les entraîneurs ont déjà pris en compte, à en croire Frédéric Charrier, en charge des trois-quarts du Castres olympique : « Ces nouvelles règles nous permettent de mieux gérer les joueurs. Avant, on avait tendance à attendre le dernier moment pour faire sortir un joueur, sachant que sa sortie sur coaching serait définitive. Maintenant, on ne se pose plus de question : dès qu’il y a quelque chose qui ne va pas, on change. »

La semaine dernière, le technicien tarnais a ainsi fait sortir son ouvreur, Benjamin Urdapilleta, dès la 50e minute pour… le renvoyer sur le terrain seulement neuf minutes plus tard ! « Il venait d’enchaîner deux actions négatives, donc nous avons préféré le faire sortir. Il râlait au moment d’arriver sur le banc mais je lui ai dit de se reconcentrer parce qu’il allait retourner sur le terrain. Après la rencontre, il est même venu me dire qu’il avait été content d’avoir eu cette pause… » Pendant ces neuf minutes, Julien Dumora, redonnait un coup de fouet à l’attaque castraise. « Benjamin est revenu en jeu et a signé une bonne fin de match. » En revenant sur le terrain, Urdapilleta autorisa la sortie de l’ailier Martin Laveau, victime de crampes. Charrier témoigne : « Nos deux ailiers grimaçaient. Par le passé, nous aurions dû attendre que l’un des deux jette l’éponge… Cette fois, nous avons pu prendre les devants. Cela doit permettre de réduire les risques de blessures. »

En revanche, la manœuvre corse le travail de l’entraîneur en charge de remplir les fiches de remplacement. à Castres, c’est Christophe Urios qui s’en charge : « Christophe veut continuer à le faire, même si ces nombreux changements vont forcément compliquer sa tâche. à chaque fois, il faut remplir un papier pour préciser la nature du remplacement soit par saignement, commotion, blessure ou coaching… Cela nuit forcément à sa concentration. »

Vers l’avènement du 6-2 ?

L’autre impact stratégique de ces nouvelles règles porte sur la composition d’équipe. Frédéric Charrier encore : « Avant, on rechignait à opter pour une composition avec six avants et deux trois-quarts sur le banc. Deux blessures dans la ligne d’attaque pouvaient la déstabiliser complètement. Du coup, on optait souvent pour un 5-3, et on ne faisait que 6-2 sur des matchs où l’on savait que le jeu d’avants serait prépondérant. Je pense que l’on optera plus souvent pour un 6-2, avec des trois-quarts polyvalents capables de couvrir plusieurs postes. »

En revanche, la nouvelle réglementation ne semble pas avoir d’impact sur le management du groupe dans la semaine : « Il est sûr que cette mesure va équilibrer les temps de jeu. Comme nous avons plus de liberté, nous n’hésitons plus à faire un changement. Mais une équipe ne compte toujours que vingt-trois joueurs, sur lesquels on doit compter, pour dix ou vingt minutes. Dans la semaine, c’est pareil : nous devons pouvoir compter sur le groupe plus large possible. »

Pour l’heure, la mesure a été plutôt bien accueillie par les joueurs : « Les jeunes se sont déjà adaptés, assure Charrier. Pour les anciens, cela va prendre un peu plus de temps car ils ont encore tendance à penser que le match est fini pour eux. Mais on leur dit de rester concentrés et de se préparer à retourner sur le terrain. » De même que les entraîneurs, les joueurs aussi devront s’adapter.

Simon Valzer
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