• La chance du XIII
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Rugby à XIII

La chance du XIII

TRIBUNE - L’exploit des Dragons catalans, l’autre semaine, en finale de la Cup, est passé bien inaperçu sur la grande scène médiatique. Et c’est une honte en soi. La performance des Dragons fut pourtant admirable et aurait mérité, à tout le moins, un autre retentissement.

Comment l’expliquer ? D’où vient que ce sport majeur de l’après-guerre ait ainsi sombré médiatiquement jusqu’à n’être plus tenu que pour quantité négligeable ? Essayons de localiser aussi exactement que possible, dans l’échelle et le paysage sociaux, les origines de cette désaffection.

Le gouvernement de Vichy, on le sait, s’est comporté de manière indigne à l’égard de cette discipline, sacrifiée sur l’autel d’une politique détestable. Mais Vichy n’explique pas tout. Nonobstant cette forfaiture, le XIII, en France, ne fut jamais aussi souverain que de 1947 à 1970 et plus précisément de 1954 à 1968, d’une finale de Coupe du monde à l’autre, celle des Puig-Aubert, Merquey, Benausse, Cantoni, etc, à celle des Marracq, Aillères, Clar, Capdouze et compagnie. La chute, la vraie, est venue plus tard et s’explique à mes yeux de deux manières.

La première tient à la guerre sans concession qu’Albert Ferrasse fit au treize. En parvenant à trouver un accord avec René Mauriès, son homologue treiziste de l’époque, interdisant le passage des joueurs d’un sport à l’autre, il porta un coup décisif à son ennemi juré, sonnant le glas de toutes ses performances. Parce que tous les grands joueurs du XIII venaient du XV. Tous, ou presque. La deuxième est imputable aux treizistes eux-mêmes qui ne firent rien pour favoriser la formation et ne comprirent pas assez tôt qu’il leur fallait sortir des bleds où leur sport était corseté. C’était un jeu des petites villes (Limoux, Lézignan, Carcassonne, Saint-Gaudens, Carpentras, Cavaillon, Saint-Estève, Villeneuve-sur-Lot) et qui malheureusement le reste, exceptions faites de Perpignan et de Toulouse. Or, toute nostalgie bue, toute affection partagée, quels débouchés, quelles perspectives économiques ce sport pouvait-il espérer en restant cantonné de la sorte dans ses fiefs d’autrefois ? Il poussa l’insignifiance jusqu’à ne pas savoir garder, au fil du temps, les seules villes à même de le régénérer : Bordeaux, Lyon, Paris, Marseille, Montpellier, où le XIII avait durablement existé. Ces erreurs-là se paient au prix fort et ne sauraient être imputables aux autres. Mais le miracle, bien sûr, c’est encore de constater que ce sport, si longtemps mis à mal, que l’on a cru dix fois mort et enterré, continue de vivre à la manière de ces arbustes qui persistent à pousser sur des terres arides. Et c’est simplement formidable pour qui se pique d’aimer le rugby en général.

La réussite des Dragons, à cette jauge, peut sembler minuscule. Il y a tant de chemin à parcourir pour espérer redonner souffle à un jeu qui, lorsqu’il est bien joué, ne souffre vraiment pas la comparaison avec son grand voisin quinziste. Mais comment rebondir et avec qui ? Les Paul Barrière et les Fernand Soubie de naguère, les Bernard Guasch d’aujourd’hui, sont-ils encore nombreux sur ce terrain miné, déserté ? C’est que tout est à reconstruire. Mais la chance du XIII, à y bien regarder, c’est peut-être la malchance du XV, durablement empêtré dans un terrain trop étroit, dans un règlement absurde, dans un engagement mortifère, dans la peur que désormais il inspire. Si les bonnes volontés treizistes savent se réveiller, se fédérer, frapper fort et juste, alors, qui sait, les Dragons feront-ils des petits, et ce jeu redeviendra ce qu’il aurait toujours dû être.

Jacques Verdier
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