Les tontons flingueurs

Toulouse - Les deux poids lourds du pack, Joe Tekori et Jerome Kaino, ont été impressionnants par leur faculté à mettre leur équipe dans l’avancée et à jouer au contact. Ce qui, par leur expérience et leur aura, traduit aussi leur influence sur le groupe.

Quand Maxime Mermoz fut interrogé sur la démonstration de la ligne de trois-quarts toulousaine durant la première heure, il a lâché dans un large sourire : "Sincèrement, quand les avants avancent comme ça, quand Jerome et Joe font autant de « breaks », de « offload » au contact et de jeu en pivot pour nous ouvrir des espaces, n’importe qui ou presque peut jouer derrière. En tout cas, c’est beaucoup plus facile." Dans la lignée de la saison passée, les Holmes, Ntamack, Mermoz, Guitoune, Huget et Ramos ont étalé leur talent offensif samedi. Mais, s’ils y sont parvenus avant la pause pour délivrer une mi-temps de rêve, c’est en partie grâce à la performance exceptionnelle des deux poids lourds stadistes : Joe Tekori et Jerome Kaino. Ce duo-là a constamment agressé le rideau adverse et placé la défense rochelaise en marche arrière. Le tout pour favoriser les intervalles dans lesquels se sont engouffrés les feux follets rouge et noir. "Grâce à Joe ou Jerome, et j’ajoute Charlie Faumuina, l’équipe a su répondre à la puissance et au dynamisme du pack rochelais, se réjouit l’entraîneur principal Régis Sonnes. Pendant soixante minutes, les garçons ont proposé un rugby attrayant et positif, solides sur les bases, même si les vingt dernières nous interpellent et sont inacceptables. Mais, auparavant, si les trois-quarts ont bénéficié de bons ballons et su créer des brèches, c’est que les avants ont fait le boulot."

Effectivement, Faumuina a sûrement rendu l’une de ses meilleures copies toulousaines mais ses deux monstres de partenaires ont été si impressionnants qu’il est impossible de ne pas insister sur leur apport… Tekori ? Quand il est dans un tel état de forme, et même à 34 ans, il n’a que peu d’égal en deuxième ligne dans le championnat. Un rouleau compresseur, lequel a littéralement marché sur ses opposants. "Il est énorme depuis le début de saison, souligne son coéquipier François Cros. Pourvu que ça dure, car on a besoin de lui." Dans le jeu et hors du terrain, où le Samoan est un moteur du groupe et un garant de sa cohésion. "Joe est hyper important collectivement, alors quand il joue ainsi, en nous faisant avancer tout le temps, il met tout le monde en confiance", reprend le flanker.

Cros : "Kaino n’est pas venu en vacances !"

L’influence sur les autres, c’est aussi la vertu de Kaino. Le double champion du monde all black n’est là que depuis un mois mais son aura est déjà palpable. Si les Toulousains ont franchi un cap sur leur efficacité dans les zones de ruck sur l’entame de Top 14, ce n’est pas un hasard. Surtout quand vous possédez un des meilleurs plaqueurs-gratteurs de l’histoire de ce jeu dans vos rangs. "Dans l’agressivité et la propension à jouer derrière la défense, il a été très fort", admire même Grégory Patat, le technicien rochelais. Sonnes apprécie : "Jerome est déjà très utile par ses performances sur le terrain, notamment sur son impact défensif. Il communique aussi beaucoup avec ses coéquipiers en match. De manière générale, il amène son exigence tous les jours. Même s’il ne parle pas toujours à l’entraînement, on sent que les autres l’écoutent, le regardent. Il est tellement précis. À chaque séance, il a le placement et le geste justes. C’est un exemple dans sa préparation individuelle, dans sa routine. Il est prêt et précieux pour l’ensemble des joueurs." Ce que confirme Cros, qui évolue à ses côtés : "C’est un super joueur, qui gagne tous ses contacts. Il rassure l’équipe, notamment défensivement. Pour moi, c’est un régal, j’apprends beaucoup de lui et ça donne envie d’être souvent aligné avec Jerome." Puis d’asséner : "Il est sérieux et impliqué. Je peux vous assurer qu’il n’est pas venu ici en vacances !" Il l’a prouvé pour sa première sortie à Ernest-Wallon. Déjà si décisif que le staff a préféré le garder sur le banc à la pause alors que l’avance au score était grande et qu’il ressentait une petite contracture. Rien d’inquiétant mais une précaution pour l’avenir proche car, malgré ses 35 ans et au vu de ses prestations majuscules, l’encadrement compte sur lui pour les semaines à venir. Là où son vécu et son expérience sont encore capitaux. "Il pose peu de questions mais est toujours pertinent", explique Sonnes. Jusqu’à rectifier ses coachs ? "Pour pas l’instant vu qu’on gagne (sourires). Mais, tant que ce n’est pas sur le terrain, je suis preneur de toutes les discussions." Surtout avec un tel monument.