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Compétitions

Les derniers pans de l'amateurisme

ÉDITO - Un constat à vous faire dresser les poils sur le corps : cela fait bien longtemps que le rugby n’est pas apparu aussi distancé par le football. En France, évidemment. Ailleurs, par la force des choses. N’en déplaise aux aficionados accrochés aux vertus de notre discipline comme au souvenir de leur première conquête amoureuse, il n’a pas même plus matière à batailler. 

Tout plaide contre nous qui sommes largués au palmarès, en perte de vitesse dans la course aux licenciés, privés de stars capables de concurrencer Mbappé ou Griezmann, distancés sur l’échelle des valeurs et plus franchement encore sur celle la cote d’affection, pour ne pas dire d’amour. C’est dit, le match est plié. En devenant champion du monde pour la deuxième fois de son histoire, le ballon rond tricolore s’est donné des allures de rouleau compresseur qui viendra tout écraser sur son passage, et fera peu de cas du rugby français enlisé dans l’échec.

Tout fonctionne comme si l’ordre des choses s’était inversé, avec un football redevenu tendance quand le rugby, lui, n’attire plus vraiment et peine à se réinventer. Le pire, c’est que le mouvement n’est pas prêt à s’inverser. Alors que le rugby s’anime au rythme saccadé de ses tournées empreintes de consanguinité en attendant le Tournoi et, tous les quatre ans, la Coupe du monde, le football, lui, a créé sa Ligue des Nations pour faire durer le plaisir entre deux Mondiaux et deux championnats d’Europe. Il n’y a pas mieux pour qui veut occuper le terrain et entretenir la flamme populaire.

L’intérêt d’un tel projet n’a évidemment pas échappé à nos dirigeants, qui ont régulièrement sorti de leurs cartons des idées plus ou moins farfelues, parfois réellement novatrices, pour meubler le calendrier et apporter un peu de fraîcheur à une discipline qui baigne dans la tradition, clairement minée par le conservatisme. La vérité ? Personne jusqu’ici n’a jamais trouvé les moyens ou la force politique d’imposer ses idées. Et tout le monde regarde aujourd’hui le football progresser sur son tapis rouge quand le rugby perd des parts de marché.

Qu’en sera-t-il ces jours-ci à Sydney, où Agustin Pichot, Bernard Laporte et quelques autres vont tenter de casser le modèle des sacro-saintes tournées héritées de l’amateurisme qui maintiennent l’économie de certaines nations sous assistance respiratoire ? Parviendront-ils enfin à mobiliser autour d’eux et à créer cette fameuse « Coupe des Nations » (le nom restera à déterminer) qu’ils défendent en off avec conviction et détermination ?

On peut le penser au regard, encore une fois, des difficultés de l’économie mondiale. On peut le souhaiter, surtout, sur le plan sportif pour une discipline qui a tant de retard à combler face au roi football. Cette compétition à deux vitesses (deux divisions, A et B, réunissant chacune douze pays) qui mettra fin au simulacre des matchs amicaux ne sera peut-être pas le grand soir du rugby mondial mais cela nous paraît bel et bien être un premier pas vers des lendemains meilleurs. Parce que les plus forts ne monnaieront plus seulement leurs matchs avec les plus riches (et vice versa). Parce qu’une compétition lisible et cohérente suscitera forcément plus d’intérêt que des tournées parfois bafouées. Et parce que la manne financière permettra à notre discipline de retrouver un peu d’air.

L’affaire est intéressante, et l’on voit mal comment le Comité exécutif de World Rugby pourra résister. Mais ne rêvons pas, ce ne sera jamais qu’un premier pas pour suivre l’élan du football. En attendant d’autres innovations, notamment auprès des jeunes, qui ancreront véritablement le rugby dans une nouvelle ère.

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