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De pack et de pied

Grenoble - En surclassant l’Usap à la force de sa mêlée et à la précision du pied de Germain, le fcg a non seulement pris sa revanche, mais surtout trouvé la recette dans la lutte pour le maintien.

Grenoble peut respirer, et enfin oublier la petite chanson qui lui trottait dans la tête depuis de longs mois. Vous savez, celle d’un bouclier qu’ils avaient vu à la télé… Sous pression avant ce match qui était à la fois celui de la revanche et de la peur face à sa bête noire de Perpignan, le club alpin s’est offert un succès bénéfique à tous les étages. Une petite victoire certes, mais qui vient valider le travail de tout le monde. Celui des joueurs au quotidien, bien sûr. Mais aussi celui des supporters qui avaient mis les petits plats dans les grands pour orchestrer une ambiance digne de ce nom, du staff qui eut l’intelligence de s’ouvrir à de nouvelles compétences après les difficultés de la saison dernière, sans oublier celui des dirigeants dont l’intelligence du recrutement a enfin été récompensée. « Beaucoup de joueurs sont arrivés, qui nous ont apporté une grosse plus-value, souriait le vieux guerrier Fabien Alexandre. C’est important d’avoir une bonne mêlée pour exister dans ce championnat, on l’a encore vu. J’ai joué assez souvent le maintien pour savoir par quoi cela passe…» Des fondamentaux qui se nomment la mêlée, la défense et un buteur. Rien de révolutionnaire, bien sûr. Sauf que samedi, pour la première fois depuis de longues saisons, le FCG s’est enfin avéré performant dans les trois registres en même temps, jetant les bases de ce qui doit désormais le guider dans sa lutte pour la survie. «C’est la base du rugby, non ? s’amusait Alexandre. Si on peut s’appuyer là-dessus, il n’y a aucune honte à le faire. L’erreur serait simplement de s’en contenter.»

 Les secrets d’une mêlée

Un discours prolongé par Jean-Noël Perrin, le spécialiste de la mêlée promu des rangs des Crabos champions de France, qui goûtait à plein le plaisir d’un premier succès en élite. «Il n’est pas question qu’on se recroqueville autour du triptyque défense-mêlée-buteur. Le discours des coachs est clair, on ne peut pas se renier. L’ADN du FCG depuis plusieurs saisons, c’est de se poser en équipe qui produit du jeu. Il n’est pas question de revenir là-dessus, et d’ailleurs, les joueurs n’adhéreraient pas.» Mais il n’est pas non plus question de revenir en arrière quant à la qualité du travail produit, à commencer par celui qui permit d’annihiler le gaucher catalan Enzo Forletta, cible des Isérois durant la semaine après leur avoir causé tant de tort la saison dernière. «Avoir une préparation uniquement fondée sur l’affectif aurait été dangereux, soufflait Perrin. L’histoire était suffisamment présente dans l’esprit des joueurs pour qu’on n’ait pas à revenir dessus. Ce qui nous intéressait davantage, c’était de voir comment ce joueur et la mêlée de Perpignan travaillaient, pour apporter les meilleures réponses. » L’une d’entre elles consistant, par exemple, à priver Ali Oz de sa revanche personnelle, pour le bien de l’équipe. «On essaie d’être les plus honnêtes possible, soufflait Perrin. Cela a été un crève-cœur de ne pas retenir Ali pour ce match, certaines choses resteront en interne. Mais je vous conseille justement de regarder ses prochaines prestations…» Lesquelles sont attendues dans la continuité d’une mêlée que les Grenoblois doivent désormais apprendre à gérer plus intelligemment, à l’image de plusieurs avantages consommés, dont l’un s’est retourné contre eux avec l’essai de Sau. «Je l’ai dit à Lilian Saseras : on a cette mêlée qui avance, cet avantage, et on s’embête à vouloir jouer ce ballon, soufflait Alexandre. Résultat, on se fait renvoyer à 10 mètres de notre ligne, et on prend un essai. Quand on joue devant et qu’on avance, ça fout les boules de voir que ce travail n’est pas récompensé parce que les trois-quarts s’emballent… On va devoir apprendre à être plus roublards. Ce n’est pas normal qu’en ayant l’impression de dominer de la sorte, on en arrive à craindre de leur laisser un double bonus sur la dernière action."

 Germain, l’ascenseur émotionnel

Sauf qu’un homme en avait décidé autrement. Le buteur Gaëtan Germain, dernier étage d’une fusée enfin complétée. «Cette semaine, ça a été l’ascenseur émotionnel, souriait l’arrière. Lundi, mon mollet me tirait terriblement, on craignait une déchirure qui aurait signifié une longue absence… Et puis, j’ai passé une IRM qui m’a rassuré, en démontrant qu’il ne s’agissait que d’une bonne contracture. Du coup, dès le mardi, les entraîneurs m’ont fait comprendre qu’il y avait de grandes chances que je débute.» Avec les conséquences que l’on sait : un 9 sur 11 et un récital de 26 points malgré deux échecs initiaux. «Il y a eu un peu de doute, bien sûr. Mais pas tant que ça. La première pénalité, je la frappe très mal, mais la deuxième était lointaine et bien mieux frappée, elle n’était sortie du cadre qu’au dernier moment. J’ai assez d’expérience maintenant pour savoir que les tirs au but sont un éternel recommencement, et j’ai eu la chance d’avoir d’autres coups de pied plus faciles à réussir. Cela m’a redonné la confiance.» Tout comme il gonfla celle de son équipe, dans un stade des Alpes dont il s’est d’ores et déjà attiré les faveurs avec une standing-ovation à sa sortie. «Sortir comme ça pour un premier match au stade des Alpes sous les couleurs du FCG, c’était sympa. Comme je suis de la région, beaucoup de monde était venu me soutenir. Même mes voisins sont venus avec leur petite fille qui m’avait fait un joli panneau… Après, on sait qu’il ne faut pas s’enflammer. Ce n’est qu’une première étape, et le chemin avant le maintien est encore très long.» Reste que le FCG semble avoir, cette fois, trouvé le bon. Sur lequel il ne veut plus traîner, ni s’égarer.

Nicolas Zanardi
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