• Les mauvaises notes des écoles de rugby
    Les mauvaises notes des écoles de rugby
Publié le / Modifié le
Compétitions

Les mauvaises notes des écoles de rugby

Concurrence du football champion du monde, traumatisme de la violence des rencontres de rugby professionnel mais aussi maux plus profonds, les écoles de rugby enregistrent des baisses significatives des licenciés.

Il fallait un peu s’en douter mais la baisse des licenciés n’épargne pas le vivier du rugby hexagonal. C’est même dans cette catégorie des écoles de rugby que la baisse est parfois plus que significative. Moins 8 % par-ci, moins 10 % par-là, des regroupements forcés, des associations, des mutualisations… Appelez le phénomène comme vous voulez, le fait est que le rugby n’a plus la cote auprès des plus jeunes et que les clubs, y compris dans les bastions historiques de l’ovale, peinent à remplir leurs écoles.

Plusieurs phénomènes expliquent cette désaffection. Le premier de ceux-ci et parce qu’il fait, avouons-le, un coupable idéal, le football. Depuis que la bande à Didier Deschamps a été sacrée championne du monde en juillet en Russie, l’affluence dans les écoles de foot a été inversement proportionnelle à la désaffection des écoles de rugby. Là où les résultats des Mbappé, Pogba, Umtiti font mouche, c’est évidemment chez les plus jeunes, les fans. Mouvement accentué par la cote de sympathie de cette génération, friande de réseaux sociaux, de gros son, de consoles de jeux, de streetwear et de sneakers. Les gosses s’identifient à eux, s’habillent comme eux… Le foot c’est le sport des BG (beaux gosses quoi !)

En face, les écoles de rugby ont de plus en plus de mal, Patrick Vareilles, dirigeant d’Andrézieux-Bouthéon (Loire) explique : "Ici le foot est une religion… C’est dur pour le rugby. Il y a un effet Coupe du monde mais plusieurs parents ont également retiré leur enfant pour des questions de sécurité. Il y a un effet négatif du discours sur les commotions cérébrales."

Les images qui font peur aux mamans

Deuxième phénomène qui explique cette baisse, la contre-publicité que notre rugby professionnel fait à ce sport. Commotions cérébrales en augmentation, ambitions de jeu minimalistes, les images d’un rugby professionnel toujours plus médiatisé ont un effet boomerang que ses dirigeants ne soupçonnaient peut-être pas ? Ce rugby de destruction massive nourrit la rubrique des statistiques mais n’amuse plus du tout la maman et toute la famille du rugby dans son ensemble qui peu à peu tourne le dos à un sport qui a perdu son latin. La mort du jeune joueur d’Aurillac, Louis Fajfrowski, en début de saison a accentué le traumatisme. Didier Remazeilles, responsable de l’école de rugby de Grenade-sur-Garonne : "Les images des commotions dans le Top 14 font peur aux mamans. Les initiatives de la FFR sur le retour à un jeu d’évitement vont dans le bon sens mais il est vrai que nous vivons une période perturbée."

Il existe cependant des maux que l’actualité elle seule ne suffit pas à expliquer. Le rugby a manqué quelques trains ces dernières années, celui du jeu par exemple. Le XV de France dont les résultats ne sont pas les plus flamboyants ne sert pas de moteur à la discipline. Difficile dans ce contexte de s’appuyer sur ses joueurs internationaux pour servir d’exemple ou de porte-drapeaux. Le Top 14 est une bien terne vitrine lui aussi, faisant l’apologie d’un jeu à une passe, toujours plus physique et que les éducateurs des écoles de rugby, toujours pas suffisamment formés se sont empressés de singer. Le résultat est dramatique en termes d’apprentissage des gestes de sécurité sur les phases de combat et plus encore sur la technique individuelle ou l’intelligence du joueur.

un Milieu scolaire déserté et une formation en mutation

Le train du milieu scolaire aussi semble avoir tracé sa route. Là où le judo, le basket… ont très vite occupé le terrain lorsqu’en 2015, l’éducation nationale a réaménagé les rythmes scolaires, le rugby est resté en marge laissant une fois encore les initiatives locales ou individuelles faire le travail de propagande à la place de l’institution. Note d’optimisme, ce train-là n’est peut-être pas complètement manqué. Jean-Louis Montalieu, dirigeant à Floirac et au CD de Gironde : "Les changements incessants de règles auxquels les éducateurs ont du mal à s’adapter, le jeu proposé par le Top 14, la triste actualité des commotions cérébrales, tout cela explique le phénomène. Maintenant, nous avons mis en place il y a deux ans, au niveau de la Gironde, une commission scolaire afin de mener des opérations avec l’éducation nationale. Nous avons eu il y a quelques jours une réunion avec la direction technique nationale de la FFR qui doit bientôt signer une convention avec le milieu scolaire. Reste que pour réaliser ses opérations, il faut du monde et qu’il est difficile de trouver des personnes disponibles pour cela." La cause n’est donc pas perdue pour peu que les écoles de rugby ne restent pas coincées dans la certitude que les enfants vont continuer à venir naturellement à elles. Jean-Luc Berthoet, président d’Arpajon : "à Arpajon, on part en campagne dès le mois d’avril. On organise des ramassages type scolaire pour les petits. C’est un travail de tous les jours."

Elle n’est pas perdue non plus si la réforme des formations lancée par la FFR il y a quelques années auprès des éducateurs porte ses fruits. Mais il faudra certainement quelques années encore pour regonfler les effectifs chez les plus jeunes et plus encore, chez les encadrants, ces bénévoles, ces éducateurs qui marquent le parcours sportif d’un gamin. Ils sont au centre de la problématique, tout à la fois la cause de tous les maux et sa solution…

Cédric Cathala
Réagir