• T’as le bonjour de monsieur muscle !
    T’as le bonjour de monsieur muscle !
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T’as le bonjour de monsieur muscle !

Racing 92 - Au fil des matchs, Finn Russell et son gabarit d’homme lambda prennent de plus en plus de place dans le système de jeu du Racing 92.

C’était dimanche soir, quelques heures après la fin du dernier derby francilien. À Jean-Bouin, Finn Russell venait de signer son meilleur match depuis le début de saison. Une performance illuminée d’un passage de bras magnifique vers Henry Chavancy mais, surtout, d’une conduite du jeu quasi parfaite et enfin débarrassée des scories qui avaient jusqu’ici entaché ses premiers pas au Racing. Porte d’Auteuil, Laurent Labit nous confiait alors : "C’est parfois difficile de dire à Finn de jouer au pied. Car ce n’est jamais la première option qu’il privilégie. Mais ce joueur a quelque chose d’unique. Toutes les semaines, je répète à mes ailiers : "Tournez autour de lui ! Entrez dans sa zone ! Proposez-vous ! Vous allez vous régaler !"" L’international écossais a des mains d’argent et sent le jeu comme peu d’autres attaquants du vieux continent ne l’appréhendent. Sa technique de offload ? Il l’a d’ailleurs bossée comme un damné, au bout du monde. "Il y a six ans, explique-t-il, j’ai passé quelques mois à Christchurch, dans le Sud de la Nouvelle-Zélande. Là-bas, mon coach insistait beaucoup sur les passes dans le plaquage. Il m’a fait remarquer que je ne les jouais qu’avec le bras droit. Alors, il m’a fait exclusivement bosser avec le gauche : je me jetais au sol, je soulevais la balle, je me relevais et on recommençait. Le offload, j’adore ça. Mais le maître en la matière, c’est Leone (Nakarawa)."

Au-delà de ses qualités d’attaquant, Finn Russell a également surpris par la régularité de son pied droit. Avec 88 % de réussite dans ses tirs au but, l’ancien meneur des Glasgow Warriors est ainsi le canonnier le plus "successfull" du championnat, juste devant Morne Steyn (83 %). Il poursuit : "J’avais à peu près les mêmes standards en Ligue celte. Le tir au but est quelque chose que je bosse de façon quotidienne après les entraînements. Parfois, j’en tape quatre. Parfois, j’en tape trente. Tout dépend du feeling, en fait". Et quel était son "feeling", au juste, au soir où après avoir offert deux passes décisives à Simon Zebo, il frappa directement deux coups d’envoi en touche ? "Oh merde… Quand j’ai manqué le premier, je m’en suis terriblement voulu. Et puis, quand j’ai raté le second, j’ai presque eu envie de rire parce que même si j’avais voulu le faire, je n’y serais pas parvenu. C’était décevant, hein ? En tout cas, les avants étaient sacrément agacés…"

"On m’avait surnommé "the muscle""  

Face au Lou, Finn Russell -63 points marqués sous le maillot ciel et blanc- sera titulaire pour la sixième fois en sept matchs. De plus en plus à l’aise dans le système du Racing, et proche des performances qu’il avait pu livrer ces deux dernières années avec l’équipe d’écosse, sa success story a néanmoins de quoi dérouter. Comme le dit si bien Simon Zebo, l’ouvreur du Chardon ressemble en effet davantage à "un champion de fléchettes qu’à un joueur de rugby". À ses mots, l’intéressé se marre : "à Glasgow, on m’avait surnommé "The Muscle". C’est vrai que je suis petit et pas bien épais (1,82 m et 82 kg). En réalité, je fais de la musculation mais je n’ai jamais été fan de l’exercice. Et franchement, je me sens bien dans mon corps tel qu’il est aujourd’hui. J’ai d’ailleurs perdu cinq kilos depuis que je suis arrivé au Racing." Il marque une pause, soupire, conclut dans un haussement d’épaules : "Chacun son truc, après tout. Certains joueurs ont besoin de se sentir plein avant de disputer un match. Moi, non. Je me débrouille avec ce que la nature m’a donné. […] Parfois, les gens ne me croient pas quand je leur dis que je suis rugbyman professionnel. Parce que tout le monde s’attend à ce qu’un joueur de rugby pèse 100 kg et mesure 2 mètres. Mais à la charnière, les mecs n’ont ni besoin de pousser fort ni de prendre des ballons en touche. Pour plaquer ? Je vise les chevilles et en général, ça fonctionne…"

Marc Duzan
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