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XV de France

Coups de canif

C’était une promesse de l’aube, transmise en décembre 2016 aux premiers jours de son mandat, quand Bernard Laporte voguait encore, en mode conquérant, sur l’air léger de la campagne. « Un signal fort adressé à la fédération française et à nos jeunes », arguait-il à l’instant d’éclairer sa décision de ne plus sélectionner de joueurs étrangers en équipe de France…

Du petit-lait pour bon nombre de nations qui, à force d’être pillées, regardaient la France avec méfiance. Et du miel pour la Ligue qui se débattait jusqu’alors seule contre tous, afin d’imposer le dispositif Jiff.

Moins de deux ans plus tard, l’engagement du président de la FFR pour la défense de notre formation semble voler en éclats. Après Alivereti Raka (ailier de Clermont), c’est au tour du colosse de Montpellier, Paul Willemse, de voir son nom figurer sur les tablettes de l’équipe de France. Mercredi, tous les deux devraient être convoqués par Jacques Brunel dans le groupe des 31. Et qu’importe s’ils n’ont pas encore de passeport français, condition longtemps exigée par Laporte.

L’ancien sélectionneur a donc changé d’avis. C’est évidemment son droit le plus absolu, légitimé par l’urgence sportive : à moins d’un an du Mondial japonais et des confrontations décisives avec l’Argentine et l’Angleterre dès les matchs de poule, le XV de France est en difficulté comme rarement il l’a été dans son histoire. Au point de relancer Louis Picamoles, banni depuis la nuit sinistre d’Edimbourg…

Ce choix par défaut en dit long sur les difficultés de Jacques Brunel à construire un groupe compétitif sur la durée quand blessures, suspensions et autres écarts de conduite réduisent le champ des possibles. Pour lui, comme pour Laporte, une élimination au premier tour de la Coupe du monde constituerait un échec cuisant… Pour lui, comme pour Laporte, il n’est plus temps de calculer et cette double sélection en forme de coups de canif dans le contrat de confiance équivaut finalement à un baroud d’honneur. 

C’est aussi l’expression du risque de lancer dès aujourd’hui la grande opération « France 2023 », qui sonnera la mobilisation générale autour de nos jeunes espoirs. En associant les Bleuets au présent de ce XV de France, la FFR aurait plus à perdre qu’à gagner si les échecs s’enchaînaient. Laporte le sait, lui qui n’a jamais caché son désir de conquêtes immédiates. L’avenir attendra, et seule la victoire doit venir légitimer sa volte-face.

Pour autant, le président de la fédération ne peut ignorer le poids du message envoyé aux jeunes espoirs français qui verront, en novembre, Paul Willemse s’installer en deuxième ligne avec le maillot tricolore sur ses larges épaules. La quête de puissance -mamelle du rugby prôné par Laporte- ne masquera pas la réalité : ce n’est pas à ce poste où le rugby français est le plus en souffrance. Avec Lambey, Rebbadj, Verhaeghe, Iturria ou Le Roux, pour ne citer qu’eux, les solutions sont même nombreuses.

Il faut croire que cela n’est pas suffisant pour que Laporte maintienne dur comme fer ses convictions premières… Au rythme où vont les choses, il ne manquerait plus que le patron revienne sur l’abandon du projet de Grand Stade… Sans rire.

Emmanuel Massicard
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