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Champions Cup

Époque renaissance

Audacieux par instants, malmenés à d’autres, les Stadistes sont parvenus à mettre les ingrédients nécessaires pour s’offrir une entrée victorieuse. S’il est prématuré de parler de retour aux premières loges, surtout avant d’affronter le Leinster, l’acte peut s’avérer fondateur.

Il a fallu quatre ans pour que le Stade toulousain retrouve le chemin de la victoire pour son entrée en Coupe d’Europe. La dernière fois ? Le demi de mêlée Sébastien Bezy veut éclairer : « On avait aussi gagné à Bath mais il n’y avait pas eu de qualification au bout… Cela ne veut donc rien dire. » L’histoire est coriace : en 2014, il y avait bien eu ce succès au même endroit, et déjà par deux points d’écart (21-19). Mais il s’agissait alors de la deuxième journée, les Rouge et Noir ayant battu Montpellier la semaine précédente à domicile, avant de sombrer lors de la phase retour et de laisser filer leur billet pour les quarts. S’il n’est pas question de contredire Bezy, reste que Toulouse est sur la bonne voie. La semaine passée, et à raison, joueurs et entraîneurs ont répété à quel point, malgré le palmarès du club dans la compétition, le cru 2018-2019 se présentait en « petit » de sa poule selon les mots de Julien Marchand. La raison ? L’absence dans le dernier carré européen depuis 2011, le renouvellement opéré ces dernières années ou le passage par la case Challenge Cup la saison passée. Ce Toulouse-là est en apprentissage. Mais il fut accéléré sur la pelouse de Bath. À en croire Cheslin Kolbe, revenu de sélection sud-africaine pour préparer ce déplacement, le retour du parfum européen a d’ailleurs ravivé les appétits sur le bord de la Garonne : « On savait que venir ici ne serait pas chose aisée et que le simple fait de se lancer dans une telle compétition réclamait beaucoup d’efforts. Après être parti plus d’un mois, je n’ai rejoint mes coéquipiers que lundi mais j’ai tout de suite senti une énergie dans le groupe. »

Laquelle s’est matérialisée sur la pelouse du Recreation Ground. Toujours séduisante et enthousiasmante par moments, l’équipe de Régis Sonnes et Ugo Mola a aussi été malmenée par une formation anglaise capable de tenir le ballon sur d’interminables séquences. Si elle a craqué à deux reprises, elle a également su faire preuve de générosité et de solidarité pour s’en sortir. « Nous sommes bien sûr satisfaits du résultat et du contenu, malgré quelques décisions difficiles qui nous ont surpris, explique William Servat. C’est la Coupe d’Europe, un ton au-dessus, une autre manière d’arbitrer et il faut prendre la mesure de ce niveau. On a vu des séquences défensives où nos joueurs ont été largement à la hauteur. C’est aussi ce qui justifie la victoire. » Ce que confirme Kolbe : « Nous n’avons fait que respecter ce que les coachs nous avaient demandé mais je crois qu’on peut être fiers de notre défense, notamment dans les dernières minutes. »

Servat : « Cela met du baume au cœur »

Le scénario indécis, les rebondissements, tout était fou samedi à Bath. Mais n’est-ce pas la condition idéale pour favoriser une belle aventure ? « Je le pense, note Médard. On dit que Toulouse est une équipe jeune. Mais nos jeunes prennent de l’expérience et débuter par une victoire en Coupe d’Europe est bénéfique. » De là à y avoir un acte fondateur, Bezy se veut prudent : « Je ne sais pas. Surtout quand tu reçois derrière le Leinster qui a mis cinquante-deux points aux Wasps. » La démonstration des champions d’Europe en titre a effectivement de quoi refroidir les ardeurs pour la suite. Alors il serait incongru de clamer que le Stade toulousain est de retour sur le devant de la scène européenne mais ce succès lui délivre des perspectives de lendemains qui chantent, à commencer par dimanche à Ernest-Wallon, comme l’indique Servat : « En cas de défaite à Bath, nous étions quasiment éliminés. Même finir meilleur deuxième avec la concurrence dans notre poule paraît délicat. Aujourd’hui, nous sommes toujours en course en ayant malgré tout conscience des nombreuses choses à régler si on veut exister contre le Leinster. Cela met du piment et du baume au cœur mais, à la vue des effectifs et de là où on vient, il faudra un exploit. »

Et ne pas craquer après l’heure de jeu, comme c’était trop souvent le cas depuis le début de saison. À Bath, Toulouse est même parvenu à revenir au score et à s’accrocher sur la fin. « On a trouvé sur ce match les ressources, détaille Servat. On a discuté, essayé de mettre des choses en place pour y répondre. » Malgré la montagne qui les attend, les Stadistes ont au moins obtenu leur permis de rêver.

Jérémy Fadat
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