• Les raisons d'une prise de conscience
    Les raisons d'une prise de conscience
Publié le / Modifié le
Champions Cup

Les raisons d'une prise de conscience

En faisant plier le champion d’Angleterre 2017 au terme d’un match complètement fou qu’il a disputé à quatorze pendant quarante-cinq minutes, le CO a montré sa toute nouvelle et farouche volonté à bien figurer sur la scène européenne.

Cela ne se voit peut-être pas, mais une révolution est à l’œuvre en ce moment au Castres olympique. Une révolution de velours, sans dommages ni fracas, mais qui change des habitudes jusque-là profondément ancrées dans les inconscients. Ces habitudes, c’étaient celles relatives à la Champions Cup qui, historiquement, n’a jamais figuré en tête de liste des objectifs du CO comme cela pouvait être le cas ailleurs en France tel qu’à Clermont, au Racing ou, en d’autres temps à Toulouse ou à Toulon. Cette année, les choses ont changé. Après l’avoir annoncé en début de saison, les champions de France en titre ont tenu parole sur le terrain. Après deux journées de compétition, on peut clairement affirmer que Castres veut se qualifier en Coupe d’Europe. Le constat peut vous paraître banal… mais dans le contexte castrais, il est tout sauf anodin. Alors, comment en est-on arrivé là ? Comment le staff s’y est-il pris pour réveiller l’appétit des joueurs pour cette compétition ?

Au sortir de la sublime victoire contre Exeter, Christophe Urios racontait le long chemin parcouru : "J’ai senti, au fil des années, que le groupe s’intéressait de plus en plus à cette compétition. Ce n’était pas franc et direct, car nous avions encore ces démons qui nous disaient qu’il ne fallait pas y perdre trop d’énergie. C’était notamment le cas l’année où nous sommes revenus en Champions Cup. L’année suivante, de plus en plus de joueurs voulaient y participer même si quelques historiques mettaient le frein à main, ce que je peux comprendre… Mais cette année, les choses ont changé. Quand nous avons fait le stage "vision" au cours duquel on a défini les objectifs du club, j’ai senti que tous les joueurs voulaient la jouer et c’était la première fois."

Le coup de gueule de Romain Teulet

À qui ou à quoi doit-on ce réveil ? "Ce n’est pas moi qui les ai pas réveillé. Les jeunes ont eu envie de la jouer et les recrues ont également changé notre vision de cette compétition. Je pense aux Clermontois, qui avaient l’habitude d’en faire une priorité. À son arrivée au club, je me souviens que Loïc Jacquet m’avait dit "Mais comment peut-on se poser la question de jouer la Coupe d’Europe ? Il faut la jouer, point !" Il ne comprenait pas. Je me souviens aussi la prise de parole de Romain Teulet, lors du stage vision de cette année. Romain Teulet, ce n’est pas n’importe qui ici. Il a exprimé son ras-le-bol par rapport au fait que nous manquions toujours la qualification de peu. Il a dit au groupe que s’il voulait marquer l’histoire du club, il fallait jouer des quarts de finale. De là, les choses sont montées crescendo. Et puis les résultats nous ont donné raison : sur les deux dernières années, nous n’étions jamais bien loin de la qualification et certains résultats contre les cadors que sont le Leinster et le Munster à domicile nous ont montré qu’on était au niveau. Aujourd’hui, le groupe veut disputer cette compétition. Cette semaine, à l’annonce de l’équipe, c’est la première fois que j’ai vu des mecs très déçus de ne pas jouer un match de Champions Cup. Et ça, cela n’arrivait pas avant."

Le staff a aussi eu une vraie prise de conscience : "Cela faisait trois semaines que nous préparions ces deux matchs contre Gloucester et Exeter, racontait Urios, donc les mecs étaient conditionnés, préparés. Avant on avait, moi le premier, tendance à se réveiller le dimanche d’avant et à se dire "Merde, la semaine prochaine y’a Coupe d’Europe !" J’exagère un peu mais c’était ça. Maintenant ce n’est plus le cas." Ce réveil n’est pas celui d’un homme, mais bien d’un club dans son ensemble. Et au sortir de ce premier épisode européen réussi, le CO est regonflé de confiance et est plus ambitieux que jamais. Tant mieux.

Simon Valzer
Réagir