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Bâtisseur en chantier

Un éditorial sur Patrice Collazo. Un deuxième, en quelques mois. Que d’honneur ! L’entraîneur de Toulon déteste pourtant cela. Il goûte très peu la chose médiatique, qu’il épie dans chacun de ses mouvements, comme on garde un ennemi sous surveillance, un œil dans le viseur. Ironie de l’histoire, plus il se méfie des médias, plus il devient un personnage d’aspérités qui suscite leur intérêt. Que voulez-vous : Collazo clive le corps des observateurs, à l’extérieur, autant qu’il a pu agacer par ses obstinations, ses empêchements à l’empathie et ses explosions, à l’intérieur de sa vie de club.

Les deux aspects lui auront coûté une fin d’idylle violente, soudaine et brutale, à La Rochelle. Il fut, in fine, la victime du système qu’il avait lui-même construit, du rôle qu’il s’était lui-même attribué et dans lequel il s’est trouvé emprisonné : omnipotent, omniscient et parfois tyrannique. Est-il vraiment tout cela ? Pas si sûr. C’est le rôle qu’il avait choisi de jouer, auto-convaincu de son bien-fondé managérial. Une posture qui a lassé, usé jusqu’à lever contre lui tout un club qu’il avait conduit en haut de l’affiche.

On a tous droit à la seconde chance. Collazo comme les autres. Et son aventure toulonnaise, commencée cet été, a pris un autre accent. Plus souple, moins autocratique et ouverte par une soirée déguisée à laquelle il participa, au milieu des joueurs. Immédiatement, Collazo a refusé le piédestal sur lequel il s’était brûlé dans la Charente-Maritime.

Quand les premières défaites sont venues, les joueurs du RCT sont pourtant arrivés en marche arrière, aux entraînements du lendemain. Tête et épaules basses, mâchoires serrées. « On s’attendait à charger, à se faire défoncer », confiera l’un d’entre eux. Les joueurs se connaissent et se parlent, d’un club à l’autre. La réputation colérique de Collazo l’avait précédé, de La Rochelle vers Toulon. Et puis ? Rien. Ou plutôt, rien d’excessif.

Collazo apprend de ses erreurs. Il maintient aujourd’hui un discours positif, depuis le début de cette saison à l’entame franchement ratée. Loin des saillies au sulfate qu’il répandait, lors de la moindre défaite de son époque rochelaise. Pour l’instant, Mourad Boudjellal lui laisse le temps. Et c’est justement, tout le cœur de l’équation toulonnaise.

Historiquement, le temps du Stade rochelais n’est pas celui du RCT. Sur l’Altlantique, Collazo a bénéficié d’une patience et d’une discrétion présidentielle suffisantes, pour construire son projet pas à pas. Ce temps long aura-t-il un espace de vie similaire sur la côte méditerranéenne, sans résultats immédiats ? À voir. Mourad Boudjellal martèle cette envie. Le président du RCT, pas plus bête qu’un autre, constate bien que ses changements incessants d’entraîneurs ont brûlé ses dernières saisons. Dans le même temps, il voit ses concurrents directs (Clermont, Toulouse, Racing, Castres…) maintenir leurs entraîneurs en place, y compris dans les périodes plus négatives. Avec réussite.

C’est désormais tout le défi du président toulonnais. Combattre cette impulsivité qui l’a un temps fait gagner, qui le plombe aujourd’hui. En choisissant Collazo, il s’est attaché les services d’un bâtisseur. Mais le chantier est immense.

Léo Faure
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