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Compétitions

Le prix du danger

Il faut du caractère pour se relever d’un échec, plus encore lorsque le néant et la résignation menacent, ne cessant jamais de vous aspirer toujours plus bas, défaite après défaite. Guilhem Guirado n’en manque pas, de caractère. Il lui en faudra dans les semaines à venir, pour aider le XV de France à remonter la pente. Et encore davantage pour relancer le RC Toulonnais, son club, qui ne gagne plus et navigue désormais dans les eaux ultra-mouvementées du bas de classement.

Non, vous ne rêvez pas : Toulon est bel et bien treizième du Top 14, juste derrière Agen. À quelques longueurs encore devant Perpignan qui se déplacera à Mayol samedi prochain dans ce qui ressemble au match de la peur pour les Varois privés de leurs internationaux et « tauliers », Bastareaud et Guirado… On fait difficilement plus inconfortable, vous en conviendrez. Et on ne fait pas plus fort en symbole : le talonneur catalan avait quitté l’Usap en 2014 sur une relégation ; avant de partir vers Montpellier en juin prochain, il est désormais contraint de se battre pour laisser le RCT en Top 14.

Qu’importe qu’il soit capitaine en tricolore ou simple soldat au service de la galère toulonnaise, la valeur d’un Guilhem Guirado nous paraît être décuplée dans ces situations d’urgence où l’on s’accroche au combat et à la solidarité collective comme à des bouées de sauvetage. Dans ce « rugby melting-pot » où les effectifs se construisent d’une année sur l’autre souvent sans jamais parvenir à percer les secrets de la culture des clubs, un tel engagement doit encore avoir valeur d’exemple.

Sa légende s’écrira donc sur ce trait de fracture(s), toujours dans le combat et le don de soi. Parce que Guirado est un engagé. Et plus encore, un enragé. C’est la marque des grands talonneurs et, il nous semble véritablement, des vrais leaders qui parviennent à transcender leurs partenaires.

Toulon n’a pas besoin d’autre chose dans son opération maintien. Le XV de France non plus, qui devra batailler contre blessures, vents et marées pour se relancer sportivement d’ici au Mondial. Pour déjouer, enfin, tous les pronostics lors des matchs de poule au Japon en septembre prochain, face à l’Argentine et l’Angleterre. Il s’agira très certainement du dernier défi international de Guilhem Guirado, le plus grand de toute sa carrière, porté par la force d’une évidence : lui sait, mieux que quiconque, la part de risque qu’il peut y avoir à ne pas regarder le danger en face.

Par la richesse ancestrale d’un rugby français qui a régulièrement construit ses plus belles épopées sur les cendres de ses plus cuisants échecs, nous savons bien que rien n’est écrit d’avance. Pour peu que les hommes partagent un brin de confiance et plus encore de convictions.

Emmanuel Massicard
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