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Ils ont tué le père

Pour leurs retrouvailles avec Patrice Collazo, les Rochelais nageaient en plein complexe d’Œdipe. Lequel est désormais bel et bien résolu, à deux semaines de l’arrivée de Jono Gibbes…

S’il ne s’agit pas du plus vieux conte du monde, le mythe n’en est pas moins un des plus riches en symboles de l’histoire de l’humanité, que toutes les générations se sont réappropriées. De la sanglante histoire d’Œdipe et Laïos aux états d’âme d’Indiana Jones, en passant par la relation trouble entre Dark Vador et Luke Skywalker, la théorie de Freud n’en finit plus de trouver des échos : il s’agit de tuer son père, sous peine d’être condamné à ne jamais grandir. Désolé pour la brièveté et les quelques raccourcis utilisés pour résumer ce qui tient en plusieurs volumes de psychanalyse appliquée, mais si vous souhaitez plus de détails, on craint que vous vous soyez trompé de lecture… Ce préambule pourquoi, au juste ? Vous l’avez bien compris : pour les Rochelais dont il s’agissait des premières retrouvailles avec Patrice Collazo, cheville ouvrière du projet maritime depuis sept ans, on nageait en plein complexe d’Oedipe. Du staff aux joueurs, tout ramenait en effet à cette idée selon laquelle ce déplacement à Toulon devait constituer un tournant dans la saison, à savoir l’affranchissement définitif de leur ancien mentor (et au passage leur premier succès à l’extérieur de la saison) à deux semaines de l’arrivée de Jonno Gibbes, ou la grande désillusion. La preuve ? Pour ce déplacement à Toulon où ils l’avaient déjà emporté la saison dernière, les Maritimes avaient décidé de se déplacer en avion au matin de la rencontre. Exactement comme ils l’avaient fait sur l’initiative de vous-savez-qui, voilà quelques mois…

Alors certes, on crut longtemps qu’à l’instant de commettre le symbolique parricide, les Rochelais allaient laisser passer leur chance. Parce qu’en première période, ces derniers laissèrent par manque de soutien proche plusieurs grosses occasions en route, tandis que Uini Atonio écopait d’un carton jaune évitable, en forme d’acte manqué. « On se retrouve à 10-6 à la pause après avoir franchi plusieurs fois, se remémorait le demi de mêlée Alexi Balès… On n’a pas douté, mais on s’est dit que cela pouvait coûter cher de se montrer si peu réaliste à l’extérieur… Heureusement, on n’a rien lâché et je pense que c’est un gros point positif pour la suite de la saison : on sait qu’on est capable de faire ce genre de match pendant 80 minutes. » 

Le mur de l’Atlantique

L’histoire retiendra que les Rochelais ont mené leur caravelle à la perfection, au point d’effectuer la course en tête tout le match. Et cela au prix d’une défense dantesque, véritable mur de l’Atlantique, qui surprit jusqu’au staff lui-même. En effet, l’état-major rochelais redoutait comme la peste la pluie varoise, partant du principe que celle-ci allait contraindre les Toulonnais à réduire leurs ambitions dans le petit périmètre, où la défense maritime avait jusqu’alors la fâcheuse tendance de craquer dans les bras de fer. Les coéquipiers de Victor Vito ont à ce titre apporté un démenti cinglant à leurs entraîneurs, plaquant à tour de bras à hauteur de genoux face aux gros gabarits toulonnais. «On sortait de quinze jours européens où on s’est régalé sur le plan offensif, mais qui nous ont vu encaisser des essais bêtes par manque d’agressivité, rappelait Balès. Là, on s’y est filé tout le match. À l’extérieur, pas de secret : il faut être discipliné. On ne l’a pas toujours été en première mi-temps mais on s’est bien accroché, on est bien resté en ligne face à leurs joueurs très denses, qui aiment porter le ballon. On a bien répondu présent. » Au final ? Derrière un Dany Priso omniprésent dans le jeu au sol (trois pénalités récoltées sur contest), les hommes de l’Atlantique se sont avérés infranchissables, jusqu’à écœurer ces Toulonnais qui jouaient leur peau. Un état d’esprit remarquable, dont il serait injuste de ne pas remettre les lauriers à celui qui le fonda pendant sept longues années. Sauf que celui-ci se trouvait dimanche soir dans le mauvais camp et qu’à partir du 9 novembre, c’est un autre qui en profitera. Drôle d’histoire, pas vrai…

Nicolas Zanardi
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