• Pied et points liés
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Féminines

Pied et points liés

Face à la meilleure équipe du monde, les Bleues ont dominé en première période dans le sillage d’une mêlée dévastatrice. Sauf que ces dernières n’ont pas su en tirer profit, la faute (une nouvelle fois) à une qualité de jeu au pied insuffisante au très haut niveau.

Et une immense averse s’abattit sur le Vieux-Port. Il était 19 h 30, et les joueuses de l’équipe de France venaient tout juste de franchir la traditionnelle haie d’honneur de Mayol, lorsque leurs visages se crispèrent aussitôt, stoppant nette la sacro-sainte reconnaissance du terrain. Car si jusqu’alors, le crachin qui mouillait Toulon ne semblait pas un frein total aux envolées, les Bleues comprirent bien vite qu’il leur faudrait ranger toutes ambitions de jeu au vestiaire. Au vu des conditions météorologiques bien sûr, mais également d’une pelouse indigne du Top 14 et transformée illico en bourbier, à laquelle quelques poignées de terre déversées en toute urgence dans le couloir des cinq mètres devant la tribune Lafontan ne pouvaient pas grand-chose. De fait, il n’y avait nul besoin d’être grand clerc pour comprendre que ce match allait être livré au triptyque indispensable des soirées d’hiver : conquête, défense, jeu au pied. Le truc ? C’est que si les Tricolores savent pouvoir répondre présentes face à n’importe quelle formation dans les deux premiers aspects du jeu (et plus que jamais après cette rencontre face aux références mondiales), pour ce qui est du troisième, en revanche… « Le jeu au pied n’est pas un de nos points forts, on le sait depuis quelque temps, soufflait après coup la manager Annick Hayraud. J’ajoute que par rapport à ce match, il y avait peut-être un surplus d’appréhension, de stress. C’est toujours impressionnant de jouer les Néo-Zélandaises la première fois, et je crois que certaines erreurs peuvent être mises sur ce compte. D’ailleurs, la plupart de nos erreurs ont été commises en première période. »

« Les points, ils étaient là… »

Certes. Sauf que cette première période fut justement le théâtre de l’ultra-domination des Françaises, notamment dans le secteur de la mêlée fermée. Et que la trop piètre qualité du jeu au pied des Bleues ne leur permit jamais de faire fructifier leur supériorité. « Les points, ils étaient là, déplorait Hayraud. Mais on n’a pas su les saisir, et c’est ce qui fait la différence au très haut niveau. » On en veut pour preuve cette pénalité loupée des 22 mètres face aux poteaux par Montserrat Amédée, bien sûr. Mais aussi de ces trois pénaltouches non trouvées ou de ces autres qui ne gagnèrent qu’un terrain minuscule, sans parler de ces immenses espaces dans le dos de la défense néo-zélandaise que Caroline Boujard ne cessa d’appeler en vain pendant 79 minutes, faute de partenaire susceptible d’y déposer le ballon… Et on dit bien 79 minutes puisque précisément, c’est à la 80e que Pauline Bourdon, déplacée à l’ouverture, eut enfin l’idée d’adresser une diagonale au pied. Pour un essai refusé certes à Boujard, mais un essai quand même. La preuve, en tout cas, que la solution pour les Bleues passait par le jeu au pied et qu’à ce titre, elles ont cruellement souffert de la comparaison avec la charnière néo-zélandaise, d’une sobriété sans faille dans l’occupation du terrain. Une analyse partagée par l’expérimenté Safi N’Diaye. « Contrairement aux Néo-Zélandaises, nous avons eu beaucoup de mal à sortir de notre camp, et cela nous a coûté cher en deuxième période. » Le résultat ? Deux essais concédés à l’usure et une troisième fanny sur les cinq matchs disputés face aux Black Ferns, avec le 109-0 de 1996 et le 30-0 de 2002. Une preuve, quand même, que l’écart se rapproche plus que jamais. Un delta que les Bleues nous semblent, avec de meilleures conditions météorologiques et un soutien du public encore plus massif, tout à fait en mesure de définitivement combler dès samedi à Grenoble.

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