Le Mondial 2023 ? C’est demain...

Rien ne va plus. C’est le bazar au sommet du rugby français depuis la défaite concédée au formidable talent des Fidjiens l’autre samedi à Saint-Denis, dans un stade de France qui sonnait désespérément creux. Le grand bazar, même…

À tel point que l’on ne sache plus vraiment ce qui est la pire des choses : l’échec sportif qui nous renvoie au plus bas et donne des airs d’une incroyable suffisance aux ambitions de conquête fédérale ; ou l’indifférence des spectateurs boudant une discipline qui ne partage plus son habituel flot d’émotions positives malgré les performances remarquables des filles et des Bleuets.

Ce n’est pas neutre, vous en conviendrez volontiers, pour un sport confronté à la domination exclusive d’un football français porté par sa -double- bonne étoile. Ce n’est pas neutre, non plus, au cœur d’une société ballotée de toutes parts, au gré des affaires et des conflits, confrontée à un nombrilisme toujours plus féroce. 

Alors, où va-t-on ? Et, surtout, qu’avons-nous à brandir pour redorer le blason ? Deux ans après la prise de pouvoir de Bernard Laporte ces questions méritent franchement d’être posées au milieu du flou général qui nous encercle.

Imaginez donc : alors que les clubs professionnels sont soumis à un règlement des Jiff toujours plus drastique, Jacques Brunel pourrait lui faire appel à Raka et Willemse, passeports en poche, pour débuter le Tournoi ; alors que la FFR termine l’année 2018 avec plus de 7 millions d’euros de déficit, elle est obligée de revoir dans l’urgence la rémunération de son vice-président, Serge Simon, qui dépasse le plafond autorisé par la loi ; alors qu’un sélectionneur succède à un sélectionneur viré, il finit par présenter un bilan encore plus sombre ; alors que la génération Bleuets porte l’espoir d’un renouveau en vue du Mondial 2023, le présent inquiète comme jamais. N’en jetez plus, ça déborde…

Face à l’échec sportif, il appartient plus que jamais au président de la FFR de tracer un cap précis, éclairé, que les clubs pourront aisément décrypter et suivre au lieu d’avoir à godiller de difficulté en difficulté. La perspective d’accueillir le monde entier, en 2023, lui offre même une occasion rêvée de marquer positivement son mandat, pour peu qu’il incarne le changement. Enfin adossé à l’union sacrée qui s’est dessinée entre Ligue et Fédé, le patron doit profiter de l’aubaine pour relancer le rugby sur une pente ascendante. Plus que jamais, avec tant de voyants passés au rouge, on attend de lui des actes forts pour les deux prochaines années de sa présidence.

À cet instant de notre histoire, 2023 ressemble donc à un cadeau royal offert à Laporte et à l’ensemble du rugby français. Ce pourrait être la dernière chance de relancer notre discipline, et de lui rendre un ancrage très fort au cœur de ce public qui ne demande jamais qu’à s’enflammer, porté par la passion et le plaisir.

Pour cela, il n’y a plus de temps à perdre : le XV de France doit retrouver le chemin de la victoire en même que le Fédération doit accompagner la prise de pouvoir des Dupont, Penaud, Bamba, Carbonnel, Marchand, Ntamack et autres Joseph, ces gamins qui ont tout pour devenir nos ambassadeurs et incarner l’image des Bleus qui gagnent... C’est à ce prix que se dégagera l’horizon et que la Coupe du monde 2023 sera un succès -populaire, sportif et financier- pour l’ensemble du rugby français.