• Les All Blacks, précurseurs du sprint
    Les All Blacks, précurseurs du sprint
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Compétitions

Les All Blacks, précurseurs du sprint

La Nouvelle-Zélande a progressivement modifié les codes du rugby en misant à fond sur un rugby de vitesse et des joueurs vifs. Depuis, la plupart des autres nations ont suivi le mouvement.

«Je pense que la différence s’est produite sur la vitesse du triangle d’arrière. Ce qui est remarquable, c’est qu’ils accélèrent au contact au lieu de ralentir. C’est quelque chose qu’il nous faut transposer dans l’hémisphère Nord. Nous devons être plus dynamiques et arriver avec davantage d’entrain sur les zones d’affrontement. » Nouvelle-Zélande, juin 2016 : à l’heure de dresser le bilan de la tournée du XV du Poireau au pays du long nuage blanc, Warren Gatland était parvenu à cette conclusion, telle une révélation.

Deux ans après, la prophétie s’est réalisée : à l’échelle mondiale, le rapport de force se joue de plus en plus sur la rapidité, au niveau des jambes comme de l’exécution. L’été dernier, Anthony Belleau avait pu le constater à son tour : « Quand les Blacks décident d’accélérer, ce n’est pas qu’un seul joueur qui démarre, il y en a trois qui se lancent aussi, hallucinait l’ouvreur. Il y a tellement d’options, ce qui permet au mouvement de rebondir facilement. Il faut les empêcher de mettre en place ce jeu rapide. » Au sein des lignes arrière néo-zélandaises, la primeur est désormais donnée aux feux follets et autres voltigeurs, dotés, en plus de leurs qualités physiques, d’une dextérité rare. Résultat : avec 5,5 essais inscrits par rencontre, le feu d’artifice est garanti. Beauden Barrett, l’ouvreur le plus vif de tous les temps peut-être, incarne à merveille cette tendance. Jetez donc un coup d’œil aux mensurations des joueurs au cœur du système : 91 kg pour le demi d’ouverture, estimé à moins de 11 secondes aux 100 mètres, 94 kg pour Ryan Crotty, la référence mondiale au poste de centre, 96 kg pour Anton Lienert-Brown et 103 kg pour Ngani Laumape ou encore Rieko Ioane. Sonny Bill Williams, avec ses 111 kg, se retrouve sur la sellette, nombre d’observateurs allant jusqu’à réclamer son déclassement. Et devant, les Ardie Savea et autres Codie Taylor se déplacent comme des arrières.

Les Fidji et le Japon en profitent

Les temps changent, les profils aussi. Stuart Barnes, éditorialiste du Times, a résumé en ces mots la mini-révolution en cours : « Il y a, évidemment, de nombreuses manières de pratiquer ce jeu mais les performances de la Nouvelle-Zélande donnent le ton. En mettant constamment de la vitesse, elle définit le jeu moderne, à l’inverse de ceux qui chérissent tant la collision. Les All Blacks de 2015 étaient, et de loin, la meilleure équipe jamais vue jusqu’alors mais la nouvelle génération est en train de casser les codes. Avoir un rythme aussi effréné ne fait pas partie des aspects traditionnels de ce sport. Et ça nous offre un spectacle jamais vu. »

Dans le sillage des hommes de Steve Hansen, la concurrence s’est lancée dans cette quête. Le pays de Galles, notamment, jusqu’alors aux antipodes de cette vision. Warren Gatland, adepte de la prise du centre du terrain à coups de grandes percussions, a radicalement changé d’optique. Le « Warrenball » appartient au passé : « Nous avons changé notre manière de jouer depuis 2016, évoquait, fin 2017, le sélectionneur gallois. La clé, maintenant, est d’être en mesure de tenir le ballon sur de longues séquences de jeu, en ayant un maximum de rythme et en étant capable de jouer dans la défense adverse. » Joe Schmidt, autre coach néo-zélandais en harcge de l’équipe d’Irlande, et Gregor Townsend, sélectionneur de l’Ecosse, dans la continuité de Vern Cotter, misent de plus en plus sur des joueurs, et tout particulièrement des lignes arrière mobiles. Le Japon et les Fidji, aussi, parviennent à bousculer la hiérarchie grâce à un rugby dynamique et alerte. Leurs récentes confrontations face au XV de France peuvent en témoigner…

Et les Bleus, dans tout ça, justement ? Après avoir tenté de promouvoir un rugby minimaliste à la Coupe du monde 2015, ils peinent encore à s’inscrire complètement dans la nouvelle dynamique, avec un centre du terrain encore musclé et une troisième ligne dont la vitesse ne constitue pas le point fort. Sans surprise, les adversaires finissent trop souvent par les doubler.

Vincent Bissonnet
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