• Un XV d'attaque
    Un XV d'attaque
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Top 14

Un XV d'attaque

C’est toujours drôle à faire, ces XV de l’année. Et ça se passe toujours pareil : les journalistes se sont réunis lundi matin, en conférence de rédaction. Le sujet a été posé sur la table et validé en quelques secondes, dans l’enthousiasme. Chacun a balancé ses premiers noms, gonflé de sa vérité. Mais soudain, du fond de la salle, une voix est venue fendre cette jactance collective. « On fait un XV Mondial ou un XV du Top 14 ? »

Boudiou*! Celle-là, je ne l’avais pas vu venir. Le summum, c’est l’orgasme planétaire, évidemment ! On veut de la star, du mec à dix franchissements et vingt plaquages par match ! Il faut du requin, pas du fretin d’eau douce !

Oui mais voilà : aucun de nos Bleus n’y figurerait. Pour être franc, aucun Français ne ferait même acte de candidature. On trouvera toujours un Irlandais, deux Néo-zélandais et, en vrac, un Gallois, un Anglais ou un Sud-Af’ qui ont fait mieux que le meilleur de nos Bleus, en 2018.

Ça la fout mal. Pour cette année laisse donc tomber pour le « XV mondial ». En tout cas, pas en ouverture de ce journal. Approbation générale de la rédaction. Promis, le gratin de la planète rugby vous sera servi - sans Bleu - dès lundi dans vos pages internationales. En attendant, on se penche sur « le XV du Top 14 ». Ce qui permettra de glisser quelques-uns de nos jeunes.

Lesquels, d’ailleurs ? Et faut-il vraiment les mettre, ces mômes qui enthousiasment sans avoir encore rien prouvé ? Ouverture des hostilités. Sans sommation. « Tu mets Dupont ? Mais il n’a joué que deux mois en 2018, c’est ridicule ! » « Et alors ? Toi tu mets Machenaud qui n’en a joué que trois ! » Quatre mois, en fait, pour Machenaud. Autant être précis. Et je préfère ces quatre mois-là aux douze mois de quelques autres, frappés du sceau de l’indifférence. Mais qu’importe : Parra est bien parti pour régler tout le monde, en Bleu. « Celui qui ignore Cheslin Kolbe, c’est direction la compta ». Là-dessus, au moins, tout le monde est d’accord. Kolbe est un extraterrestre, beau et bon à la fois. Aussi vrai que, pour Mathieu Bastareaud, le débat entre « indispensable » et « impensable » ne trouvera jamais sa vérité. Elle est certainement plus mesurée que ces deux assertions emportées par la fougue.

Ce XV Mondial, donc, le voici finalement. Version Midol. Avec six Français seulement pour neuf étrangers. Tant pis, c’est le reflet de ce championnat où les joueurs majeurs, dominants, ceux qui font gagner leur équipe, sont bien souvent importés de pays meilleurs formateurs.

Deux Castrais, aussi. C’est peu, évidemment, une année de Brennus. Cela reflète pourtant assez bien les douze derniers mois du CO. D’emblée, qu’on soit clair : les Tarnais n’ont pas volé un gramme de leur titre, arraché d’une admirable abnégation. Mais il faut bien reconnaître que ce même CO a bouclé sa première affaire, la phase régulière, en sixième position. Qu’il n’est pas sorti des poules de Coupe d’Europe et que sa première partie de saison 2018-2019, sans être catastrophique, est tout juste correcte. Ce « XV de l’année » dit aussi cela.

In fine, ce qu’il faut retenir, c’est que ce XV-là a bien de la gueule. Qu’il semble particulièrement porté vers l’offensive et ce beau rugby de mouvement, de vitesse et qui nous manque parfois. Un message ? Une envie, plutôt. Parce qu’ici, tout est subjectif. Arbitraire, même. Comment un tel exercice pourrait être autrement ? Devant l’abondance des biens, il faut trancher. C’est fait.

Léo Faure
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