A la mémoire d'André Lebas

En 2018 le Midi olympique aura vu la disparition de son plus vieux serviteur, André Lebas. Cheville ouvrière du rugby breton à tous les niveaux.

Au cours de cette année 2018, le Midi Olympique aura perdu une de ses figures majeures, Jacques Verdier. Mais, plus discrètement, il aura aussi perdu un de ses vieux serviteurs, âgé de 98 ans. Un homme assez exceptionnel même s'il n'était peut-être pas connu du grand public et de ceux qui suivent le très haut niveau. Mais le mérite d' André Lebas n'en fut que plus grand. Il fut pendant près de cinquante ans, un militant magnifique du rugby breton. L'un des facettes de cet engagement fut ce statut de correspondant de Midi Olympique pour couvrir l'actualité du rugby de sa région. Ce n'était pas une mince affaire car quand il avait découvert la région dans les années 60 (alors qu'il avait dépassé la quarantaine), très peu de joueurs maniaient le ballon ovale dans la péninsule.

Nous l'avions rencontré dans les années 2012-2013, homme âgé, certes, mais encore alerte. En face de nous se tenait l'un des derniers qui avaient pratiqué le rugby avant la deuxième guerre mondiale, il avait même affronté un certain Jacques Chaban-Delmas, futur premier-ministre (alors au CASG) dans les années 38-40. A 92 ans, il était venu découvrir à Toulouse la rédaction du journal qu'il avait représenté pendant si longtemps, accompagné d'un ami Pierre Torgler, ancien dirigeant du Rheu, originaire du Sud Ouest : « Nous avions passé une journée superbe, il était si heureux... »

En fait, André Lebas aura servi le rugby à tous les niveaux au cours de sa longue existence : joueur jusqu'à 62 ans, président, entraîneur, cheville ouvrière du Comité, et donc, journaliste , et pas que pour Midi Olympique. Il a aussi collaboré à Ouest-France et au Télégramme de Brest où il signa jusqu'à l'âge de 89 ans. Mais ce qui doit servir de repère majeur à son existence, c'est la création du SC Le Rheu en 1966. Ce club d'Ille et Vilaine, ce fut vraiment la grande œuvre de sa vie. « Oui c'était un homme assez exceptionnel. Il a tout fait, il fut président du Rheu pendant huit ans, de 67 à 75 il a même été secrétaire général du Comité de Bretagne pendant une vingtaine d'années », se souvient Jean-Claude Tilleul, son complice, ancien président et joueur du Rheu lui aussi. « Jusqu'à un an avant son décès, il a conservé une énergie débordante. Il avait joué à tous les postes des lignes arrières. Et quand j'allais le voir dans sa maison de retraite, il se plaignait que ses camarades ne connaissent rien au rugby. Jusqu'à ce que ce ne soit plus possible, il a tenu à venir au club ou au stade, en fauteuil électrique. »

Adversaire de… Jacques Chaban-Delmas

André Lebas n'était pas Breton, il était originaire de Vierzon dans le Cher. Il vint s'établir en Bretagne pour des raisons professionnelles, car le plus étonnant c'est qu'il ne consacrait pas la totalité de sa vie au rugby, on a de la peine à le croire vu le temps qu'il passa au service de sa passion. Il fut accessoirement chef d'entreprise : « Il dirigeait une société de plomberie chauffage à Rennes qui compta jusqu'à quatre-vingt dix employés. Mais sa vie avait été un roman. »

Lors de sa venue au Midi Olympique, il nous avait racontés que pour échapper au STO pendant la guerre, il changeait de club tous les ans. Et c'est ainsi qu'il s'était retrouvé à Mazamet alors en première division, et il avait côtoyé un jeune homme déjà très costaud nommé Lucien Mias.

« Pour diverses raisons, il avait été déclaré mineur de profession alors qu'il n'avait jamais mis les pieds dans une mine. Il avait vécu plein d'aventures. il avait aussi porté les couleurs de Bourges, de Clisson et du Stade Nantais. Sa passion pour le rugby avait impacté toute sa vie, aussi bien sur le plan professionnel que familial. Ses deux fils Christian et Jean-Pierre avaient formé la charnière du Rheu. », poursuit Jean-Claude Tilleul Pierre Torgler garde une image forte de son vieux compagnon : « En mai 81, il avait 61 ans et nous avions particpé à un tournoi de vétérans à Redon. Je le revois réussir une cuiller sur un adversaire à 5 mètres de la ligne, avec une grâce qui n'appartenait qu'à lui... »

André Lebas s'est éteint dans une maison de repos, un jour précis. Depuis son lit, il avait tenu à regarder la finale du Top 14. Quand le personnel soignant est passé en fin de soirée, il avait quitté ce monde, de frais souvenirs de rugby dans le cerveau.