• Les Bleus de Guirado donnent surtout l'image d'une équipe habituée à perdre.
    Les Bleus de Guirado donnent surtout l'image d'une équipe habituée à perdre.
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Compétitions

La grande névrose

Auteurs de si belles choses en première période, les Bleus se sont éteints en seconde. Un scénario tout sauf nouveau et qui pose la question des dispositions mentales de cette équipe, si prompte à se saborder. « Nous sommes devant un cas remarquable de névrose de l’échec », répond le psychiatre Marcel Rufo. Puis il développe.

Ils ont parfois raison, ces Bleus. Quand ils disent qu’il y a eu de belles choses, en première période. Il y en a même eu de superbes. La construction du premier essai, la finition du second. La capacité à gagner nos duels, derrière, la touche bien en place ou le drop somptueux claqué, juste avant la pause, par Camille Lopez. Tout ceci, ce sont effectivement les attributs d’une équipe de premier plan mondial. Mais les Bleus perdent, presque toujours. Et le plus souvent en se sabordant. Un manque de chance récurrent ? Ils avancent cette excuse, bien pratique. Avec cette idée, pour seul remède proposé, que « cela va bien finir par s’arrêter » (Jacques Brunel).

À l’évocation de cette sortie, le psychiatre toulonnais Marcel Rufo bondit : « J’ai lu qu’il avait dit cela. Mais c’est sidérant ! Quand j’entends cela, je m’inquiète de ce qu’il a pu dire à ses joueurs à la mi-temps, pour qu’on perde à ce point le fil du match ! » Rufo analyse les discours d’après-match.Dans son domaine, celui de la psychologie et de la psychiatrie, il trouve bien d’autres maux, beaucoup plus concrets, pour expliquer les actes manqués de ces Bleus. « Nous sommes devant un cas remarquable de névrose de l’échec. » Autrement dit, pour la définition officielle, « une recherche intentionnelle inconsciente et répétitive de l’échec aussi bien dans la vie professionnelle que sociale, sans rapport avec l’effet de l’incapacité ou de la malchance ».

Les Bleus, donc, sont bel et bien responsables de leur sort. « ça aussi, ça m’a fait bondir. Ils disent, après le match : « Nous sommes maffrés. » Croire au destin, dans de pareilles activités, c’est du domaine du délirant ! En optant pour cette posture, ils poursuivent leur dénégation et se déresponsabilisent de leur échec. Pourtant, ils en sont bien les entiers responsables. Cette équipe transpire l’inquiétude de gagner. Leur processus psychologique fait que les joueurs se confortent dans la défaite. Cela leur évite de se confronter à leurs difficultés, à leurs peurs. » Rufo poursuit, virulent : « Encore une fois, j’ai entendu le sélectionneur dire : « J’ai la certitude que ce match, c’est nous qui l’avons plus perdu que les Gallois qui l’ont gagné. » Mais c’est un skipper qui a dématé, ne maîtrise plus rien et dérive. C’est la dénégation des mérites de l’adversaire. Les Gallois, à 0-16, ils ne se sont pas affolés. Ils sont restés sûrs de leur force, ont construit leur deuxième mi-temps. Justement parce qu’ils ne souffrent pas de notre névrose de l’échec. Nous, dans une situation similaire, on aurait fini le match avec 60 points au compteur, comme lors du dernier quart de finale de Coupe du monde ! »

Marcel Rufo : « Qu’on accepte enfin les préparateurs mentaux à Marcoussis ! »

Passé le constat, aussi violent soit-il, Rufo avance des possibilités d’évolution. « Le premier temps de la guérison, c’est d’admettre sa maladie et de l’énoncer, de façon claire. Aujourd’hui, nous en sommes loin. Ensuite, je respatialiserai le XV de France dans un stade plus petit, plus intimiste que ce Stade de France glacial, que les Bleus associent désormais à leurs échecs. Enfin, je donnerai les pleins pouvoirs aux joueurs. On veut qu’ils soient capables de prendre leurs responsabilités en match ? Mais qu’ils commencent à le faire aux entraînements ! Qu’ils resserrent leur groupe, décident eux-mêmes des compositions d’équipe et prennent toute la responsabilité de leurs actes. »

Vaste programme. Une dernière chose ? « Oui : qu’on accepte enfin les préparateurs mentaux individuels à Marcoussis. Les All Blacks en utilisent depuis bien longtemps. Sont-ils des cons ? Je ne crois vraiment pas. Qu’il y ait des groupes de parole qui se forment, pour ceux qui le souhaitent, où chacun accepte de parler de ses peurs. Pour les autres, qu’on accepte leur recours à un préparateur mental individuel, avec le respect du secret de ce qui est échangé en séance. C’est primordial. Mais tout cela, c’est Bernard Laporte qui doit l’admettre et le mettre en place. Jusqu’à preuve du contraire, il est le vrai et le seul patron de cette équipe, non ? »

Léo Faure
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