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Compétitions

Mission impossible ?

Face à une Angleterre revenue au premier plan et largement favorite dans son antre de Twickenham, c’est un XV de France sans aucune certitude qui se voit proposer un immense défi.

Et si cette équipe de France venait à s’autodétruire dans quelques heures ? C’est certes excessif, et il faut dire qu’elle serait bien aidée par un adversaire cent fois supérieur sur le papier, mais reste qu’elle s’attaque aujourd’hui à une mission quasiment impossible : partir à la guerre sans les fusils, dans un Twickenham gonflé à bloc. Le rugby hexagonal, peut-être plus que tout autre sport, a beau historiquement cultiver sa légendaire imprévisibilité, la seule inconnue qui entoure les Bleus depuis plusieurs années se résume à la lourdeur de la chute qui les attend ou au nombre de bourdes qui précipiteront l’inéluctable. Qu’on l’accepte ou pas, le XV de France est bel et bien relégué en deuxième division mondiale.

La piteuse dixième place au classement World Rugby, venue doubler la peine d’un dramatique revers face aux Gallois, n’a fait que sanctionner sa médiocrité chronique. Et de l’autre côté de la Manche ? Franchement, il y avait de quoi se réjouir, en bons franchouillards que nous sommes, de voir un XV de la Rose fané au sortir d’un Tournoi des 6 Nations pitoyable voilà un an. Mais depuis ? Une victoire probante en Afrique du Sud en juin dernier puis un triomphe magistral sur le sol irlandais le week-end passé, et voilà nos meilleurs ennemis revenus sur un devant de scène qu’ils n’avaient finalement pas vraiment quitter. Le radical Eddie Jones, et ses méthodes militaires qui lui permettent de pointer à plus de 80 % de succès à la tête de sélection, et le génial Owen Farrell, détesté ici pour tout ce qu’ils nous est supérieur, nous saluent bien...

 

La faiblesse d’y croire comme unique vertu

Quand le réservoir français fait office de simple réserve comparé à celui anglais, quand le banc de touche adverse présente dix fois de capes, quand le technicien australien est fidèle à une stricte directrice alors que le sorcier gersois navigue à vue au gré de compositions d’équipe toujours plus illisibles, quand deux centres (Fickou et Penaud) jouent aux ailes et un ailier (Huget) à l’arrière, que peut-on espérer ? Y a-t-il seulement des raisons de le faire ? La faiblesse de le croire est peut-être l’unique vertu qu’il nous reste.

Alors, même si l’antre de Richmond est un cimetière à "Frenchies" depuis 2005 et même s’il existe trois classes d’écart en termes de talent pur, il convient désormais de rêver à une révolte majuscule des coéquipiers de Guilhem Guirado, à un vent de fraîcheur enfin vivifiant porté par les Bamba, Lambey, Ntamack, Ramos et Dupont, lequel, en laissant le costard et les mocassins aux vestiaires pour prendre place parmi les remplaçants, aura au moins une chance de mettre ses fulgurances au profit d’une formation plongée en plein doute. Forcez-vous un peu et imaginez, ce serait tellement jouissif à sept mois d’une Coupe du monde de toutes les peurs...     

Jérémy Fadat
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