• Ce duel impitoyable
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XV de France

Ce duel impitoyable

Comme attendu, l’audience du Conseil des Prud’hommes a été tendue entre lesavocats. Personne ne s’est fait de cadeau et on s’est rendu coup sur coup.

Quel combat, quelle corrida. Il y avait 120 personnes dans la salle du Conseil des Prud’hommes de Toulouse, plutôt habituée aux joutes feutrées. Cette fois, rien n’était feutré. Des photographes ont mitraillé les deux parties, surtout le clan Novès : sa fille Julie bien sûr, son épouse, Claude Hélias l’ami fidèle, quelques proches. Et bien sûr l’ex-patron du XV de France, impeccable dans son costume. L’autre partie se résumait à une seule personne : Maître Aguerra, avocat de la FFR. En dehors de Sébastien Conchy, le directeur général de la Fédération assis au deuxième rang, aucun des grands patrons de Marcoussis ne s’était déplacé.

On avait peur de discussions byzantines sur le droit du travail. Il n’en a rien été : les débats ont été certes un peu techniques, mais finalement accessibles au commun des mortels. Les connaisseurs du rugby n’en ont jamais perdu le fil. Le défenseur de Guy Novès, Maître Nougarolis, a parlé le premier pendant 45 minutes avec un débit très rapide. 

Il avait demandé une heure mais le premier Conseiller ne lui avait donné que 45 minutes. Il avait tellement de choses à dire, comme le prouvait son volumineux dossier... Alors, il a très vite multiplié les piques à l’encontre des patrons de la FFR, qui avaient estimé que Guy Novès s’était rendu coupable d’une faute grave. 

Les arguments de cet avocat toulousain sont restés sur le terrain juridique pour l’essentiel et dans le registre factuel. Cette fameuse faute grave, elle n’a existé selon lui que dans la volonté de Serge Simon et de Bernard Laporte, ennemis déclarés de son client et bien décidés, dès l’élection de décembre 2016, à s’en séparer. Maître Nougarolis a donné des coups de harpons vers la personne de Serge Simon qui aurait perturbé la préparation de la tournée estivale des Bleus, en juin 2017, par un séjour indésirable à Mayotte et par un soutien demandé aux joueurs dans l’affaire de la fusion avortée des deux clubs parisiens, en plein Tournoi des 6 Nations 2017. « On leur a demandé de porter un brassard rose… »

Laporte et Simon attaqués

Nougarolis a ensuite décrit un Laporte recourant à la faute grave pour « aller vite » et « par choix politique ». Il a argumenté sur les SMS sans réponse de Novès vers un Simon silencieux. Et puis, évidemment, il a évoqué ce fameux audit dont on a jamais vu la trace. Son estocade : l’absence d’entretien préalable de licenciement : « Mon client n’a pas pu se défendre. » Il a décrit longuement les soutiens apportés à son client par des personnalités du rugby. Il a réfuté des articles de presse citant des joueurs soi-disant critiques à l’endroit du management de Novès. On a dit c’est vrai dans les médias que le coach était dur et inhibait les joueurs : « Une déclaration d’un joueur indéfini et celles d’un joueur connu, Nans Ducuing qui s’est ensuite fendu d’une lettre à son ancien entraîneur expliquant que l’auteur de l’article avait déformé ses propos. » 

Il a aussi cité Baptiste Serin expliquant que c’est sous Guy Novès qu’il avait joué son meilleur rugby. Pour lui, on ne trouve donc aucun grief sérieux à l’encontre de son client qui, jusqu’à l’été 2017, a présenté un bilan honorable. 

Derrière chacun de ses arguments se profilaient des embuscades tendues par le duo Serge Simon-Bernard Laporte, prêt à tout pour se séparer de celui qui n’était pas de leur monde. Il a donc égrainé tous les préjudices subis par Guy Novès pour atteindre les 2,9 millions d’euros.

Quand maître Aguerra prend Novès de front

Maître Aguerra, le défenseur de la FFR, a ensuite pris la parole avec une voix de stentor, un ton plus posé que son prédécesseur. Son propos fut juridique bien sûr, puisqu’il voulait démontrer que les deux contrats CDD successifs de Guy Novès (juillet-novembre 2015 et novembre 2015-décembre 2019) n’en formaient qu’un : un CDI selon lui, ce qui changeait beaucoup de choses du point de vue du droit du travail et des indemnités qui devaient en découler (surtout avec la nouvelle loi Macron).

Mais derrière ces débats forcément techniques, cet avocat fut très dur avec Guy Novès : accusé d’être « orgueilleux » de se croire « unique », de désobéir à la hiérarchie. Il l’a dépeint en homme âpre au gain et surtout un brin désinvolte, se contentant de travailler dans son canapé pour visionner des matchs de Top 14. Il fut parfois ironique : « Pour qui on se prend ? Dans vos deux heures de visionnage, vous auriez pu nous faire grâce du quart d’heure de la mi-temps ! » 

Maître Aguerra avait décidé de prendre de front l’icône du rugby toulousain, comme pour surprendre. Presque une stratégie de rupture. Une série de coups que l’ancien patron de Toulouse et des Bleus a accusée sans broncher. 

On se doutait qu’en son for intérieur, il bouillait. Jusqu’au bout, l’assistance a espéré la surprise promise par la FFR. Nous l’attendons toujours. Aucun Deus Ex-Machina n’a surgi de nulle part, pour un coup de théâtre comme en fit un jour Maître Moro-Giafferi, l’avocat de Landru. Mais c’était une autre histoire et un tout autre contexte.

Quand Maître Aguerra termina sa plaidoirie, un homme assis au fond de la salle, le hua bruyamment, accompagné par un murmure. À Toulouse, la FFR jouait clairement à l’extérieur. Premier jugement, le 8 avril.

Jérôme Prévot
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