• "Il n'y aura jamais de pardon"
    "Il n'y aura jamais de pardon"
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Compétitions

"Il n'y aura jamais de pardon"

L'ancien sélectionneur du XV de France nous a reçus chez lui, samedi, deux jours après son passage devant le conseil de Prud’hommes. « J’ai vraiment eu besoin de ces deux journées pour me reposer. Jeudi soir, j’étais exténué. C’était éprouvant. » Novès, pourtant, ne lâche rien. Sa rancœur est toujours là, immense. Premier volet d'un entretien exclusif en trois parties.

Depuis quatorze mois, vous aviez fixé ce passage devant le conseil de prud’hommes comme votre unique objectif. Soulagé que ce soit passé ?

Soulagé, c’est difficile à affirmer. L’audience est passée, ce n’était pas un moment plaisant. Nous sommes désormais en attente du résultat. Cette attente va être terrible pour moi. Tout le monde me dit qu’on présente un dossier exceptionnel, nourri de témoignages venant de partout. Mais alors, pourquoi doit-on encore attendre deux mois ? Ce temps d’attente fait que le soulagement attendra. 

La plaidoirie de Maître Aguera, défenseur de la FFR, a été dure à votre encontre.

J’avais reçu tellement de textos, en amont, me souhaitant « bon courage » que je me doutais que ça allait être dur ! (il sourit) L’avocat de la FFR était dans son rôle, j’imagine. Mais les propos employés à mon égard m’ont énormément touché. Ils étaient mensongers. Je ne m’attendais pas à tant de violence. Je pensais que ces gens auraient, à mon égard, un minimum de classe. C’était des attaques personnelles. À les écouter, ma vie ne vaut rien. 

Écouter sans réagir, c’est assez contraire à votre nature…

Quand il y a un feu rouge, je m’arrête. Je suis respectueux de la hiérarchie et de la loi. Ça faisait partie des moments que j’avais à vivre, je l’ai fait. On m’avait dit de ne pas bouger et je n’ai pas bougé. J’ai écouté, j’ai entendu, j’ai attendu que cela passe. Pendant une heure et pas 45 minutes, comme cela lui avait été demandé mais que, bizarrement, il n’a pas respecté, Maître Aguera m’a sali, en me présentant notamment comme quelqu’un à l’orgueil démesuré. 

Est-ce faux ?

Mon orgueil, c’est d’être respecté par les gens qui ont travaillé avec moi. Je suis sur cette terre depuis 65 ans. Depuis le collège où j’enseignais, jusqu’au Stade toulousain où j’ai été entraîneur puis manager, et plus tard en équipe de France, ceux qui m’ont côtoyé savent que je suis tout sauf ça. Je suis orgueilleux, oui, dans le sens où je veux toujours gagner. Mais pas dans le sens négatif dans lequel on m’a présenté. 

Le camp de la FFR vous reproche un premier contrat de quatre mois comme « conseiller du président » Pierre Camou, avant de prendre vos fonctions de sélectionneur. Est-ce vrai ?

J’ai signé un contrat avec la FFR qui démarrait début juillet, c’est vrai. Et c’était clair entre toutes les parties. De la même manière, on sait aujourd’hui que Jacques Brunel sera en contrat avec la FFR bien après la Coupe du monde. Est-ce que cela pose problème ? Tout est clair pour lui aussi.

Quelles actions avez-vous menées, durant cette période ?

Mon rôle à l’époque a été clairement défini par Pierre Camou, par courrier signé et qui figure dans mon dossier. Mon travail était de préparer la future équipe de France. J’ai reçu une par une toutes les personnes qui allaient constituer mon staff, exception faite de Yannick Bru qui était pris par la Coupe du monde 2015. J’ai également reçu chez moi des personnes satellites de mon staff et avec lesquelles j’allais collaborer, comme Lionel Rossigneux (attaché de presse du XV de France, N.D.L.R.). Nous avons mis en place nos stratégies de communication, les éléments de notre projet de jeu. Nous avons énormément travaillé sur ce dernier point. Enfin, j’ai débuté la supervision des joueurs, pour établir une liste de profils avec lesquels je souhaitais travailler et qui allaient s’inscrire dans notre projet.

La défense de la FFR induit l’idée d’un emploi fictif. Ce qui, vu de l’extérieur, peut s’entendre…

Il faut arrêter avec ça. Ce contrat, ce n’est pas Guy Novès qui l’a rédigé. C’est la Fédération ! Aujourd’hui, l’avocat de la FFR tape sur un point qui a été mis en place par son client. Qu’ils se débrouillent entre eux.

C’est un point tout de même important, pour justifier ou non de la motivation de votre rupture de contrat pour « faute grave »…

La faute grave, ils ont admis par courrier qu’ils y avaient eu recours pour aller vite et accélérer le processus. Ils ont violé la loi en toute conscience. Depuis, ils sont en train de chercher quelle faute grave j’aurais bien pu commettre. Autre exemple : aujourd’hui, leur avocat dit « Laporte a appelé Guy Novès pour le prévenir de la future rupture de contrat et que ce serait motivé par une faute grave. » C’est entièrement faux ! J’étais chez moi, avec mon épouse, quand Bernard Laporte m’a appelé. Il m’a dit : « je suis désolé Guy, nous ne pouvons pas faire autrement. Mais nous ne serons pas dans une démarche d’économies. Nous voulons que les choses se passent bien. » Jamais de la vie il ne m’a prévenu que, le lendemain, j’allais découvrir au courrier une lettre indiquant la « faute grave » comme motif à la rupture de contrat.

Vous demandez également une forte somme au titre d’heures supplémentaires. Persistez-vous ?

Tous les entraîneurs de monde font des heures supplémentaires, je ne suis pas le seul. Je lis partout qu’Eddie Jones se lève à 5 heures du matin. C’est normal et chez lui, c’est du travail. Pour moi, quand j’analyse des matchs à la télé, ce ne serait pas du travail ? Quand leur avocat m’explique qu’on voit mieux au stade que dans son canapé, je m’étonne de sa connaissance du métier d’entraîneur. Je me permets de lui dire que c’est faux. À la vidéo, je voyais quatre matchs en une journée et je ne faisais que ça. Dans un stade, il faut serrer des mains, poser pour des photos, répondre aux sollicitations.

Regarder les matchs, c’est tout de même un minimum pour un sélectionneur…

Le métier d’entraîneur est excessivement prenant. C’est une passion et on ne compte pas ses heures, c’est vrai. Moi, je n’avais jamais perçu cela comme des heures supplémentaires et je comprends que ma demande puisse interpeller. Mes conseils m’ont alerté sur ce point. Je suis un justiciable comme les autres. C’est leur avocat, Maître Aguera, qui l’a dit. Comme quoi, il a aussi dit des choses bien. Comme tout justiciable, j’ai donc des droits face au travail. J’ai décidé de faire valoir ces droits.

Est-ce l’envie de les faire condamner au maximum qui vous anime, plutôt que la quête financière ?

Quand les All Blacks peuvent marquer 100 points, ils le font. Je n’ai pas de cadeau à faire à des gens qui m’ont tapé dessus. Je ne suis pas masochiste. J’utilise toutes les ouvertures de droit qui se présentent à moi. Je n’ai pas voulu prendre le chèque qu’ils me balançaient en même temps qu’ils me foutaient dehors. Ils ont bafoué mon travail et mon honneur. Ils m’ont fait mal, ils ont fait du mal à mes proches. Je veux qu’ils le comprennent. Le droit du travail m’en donne la possibilité.

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Léo Faure
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