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XV de France

L’intérêt supérieur

Réjouissons-nous pour de bon. L’équipe de France a retrouvé le chemin de la victoire face à l’Ecosse, avec sa jeunesse en culottes courtes qui décomplexa l’ensemble de la troupe aux abois. 

Pourtant, vu l’état de la mer déchaînée qui entoure la sélection depuis près d’un an, il aurait été franchement plus prudent d’équiper ces gamins de bouées ou de brassards à l’instant de leur apprendre à nager dans le grand bain international. Histoire de limiter les risques, et les pertes par la même occasion. Finalement, foin de sacrifices. Mieux, ce sont eux, les Ntamack, Ramos, Dupont, Penaud et autres Lambey, qui ont sauvé de la noyade la génération des Picamoles et compagnie. La symbolique est forte et on en redemande tout de go, même si tout cela mérite confirmation. D’abord parce que samedi l’Ecosse, sans Russell et Hogg, n’avait rien d’un adversaire invincible. Enfin, ne soyons pas dupes : l’intensité de la rencontre fut loin d’atteindre les sommets du GallesAngleterre qui nous fut offert en suivant.

Il y a comme un gouffre béant entre ces deux mondes, une bonne division d’écart. On sait tout ça et il ne saurait être question de se voiler la face avant de terminer le Tournoi par deux déplacements à risques : en Irlande et en Italie. Tout juste serait-on tenté de croire Brunel lorsqu’il affirme, moustache frétillante, sentir quelque chose se dessiner devant lui. Alors, frère Jacques, que voyez-vous venir ? Le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie sous les pas des gamins qui semblent taillés pour ce rugby international fait de mouvements incessants, de rebonds et de relances ? Nous aussi. Clairement.

Oui, il y a matière à espérer avec ce retour à l’audace et à la prise d’initiative mais ne rêvons pas. Si la mission sauvetage offre du répit au président Bernard Laporte sifflé par le Stade de France (rien à voir quand même avec la bronca d’AiméGiral), à son vice-président Serge Simon (qui twitta comme pour voler au soutien de la victoire après avoir été longtemps silencieux) et au staff des Bleus, cela ne saurait suffire sur le long terme. Depuis samedi, la nouvelle vague tricolore semble faire l’unanimité. Tendez l’oreille autour de vous : elle incarnerait même l’intérêt supérieur du rugby français. Mais ces belles paroles -en l’air- ne serviront jamais à rien si, demain, ces jeunes ne sont pas accompagnés sur les chemins de la réussite et s’ils ne trouvent pas le temps de jeu nécessaire à leur épanouissement en Top 14.

Un exemple, si vous permettez : qu’en sera-t-il de Romain Ntamack, présenté comme l’ouvreur de demain mais qui ne fait jamais que « dépanner » à ce poste en club où Ugo Mola l’aligne plus régulièrement au centre ? Pourrat-il évoluer, revoir ses plans et se mettre quelque part en danger au nom de la grande cause tricolore ? Rien n’est moins sûr si Jacques Brunel ne reprend pas son bâton de pèlerin pour battre la campagne et partager ses ambitions. Rien n’est moins sûr, encore, si Bernard Laporte lui-même ne monte pas au front autrement que pour pousser une magistrale gueulante (après l’Angleterre), couper des têtes et les langues qui dépassent (Parra, Lopez, Fofana) ou préparer la future bataille électorale.

Rien n’est moins sûr, enfin, en l’état de la convention signée entre la Ligue et la Fédération. On parle pourtant bien de l’intérêt supérieur du rugby français. Notre monde formidable qui, ce week-end, a mis en concurrence télévisuelle les Bleuets, les filles et les garçons du XV de France avec le rugby des clubs professionnels, de ProD2 ou de Top 14… Il y a encore du pain sur la planche avant de valider la réhabilitation de la « Cocotte ». Sur le terrain autant qu’en coulisses.

Emmanuel Massicard
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