• Faut-il être maso…
    Faut-il être maso…
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Tournoi des 6 nations

Faut-il être maso…

Dans trois matchs, le Mondial. Enfin ! Quitte à passer pour de sacrés masochistes, réjouissons-nous pour de bon. Oui, il faut être un brin maso pour galoper ainsi, sabre au clair, vers la « poule de la mort » qui nous attend au Japon, dès le 21 septembre. Il faut donc aimer un tant soit peu la souffrance et goûter l’humiliation pour filer en chantant vers la tempête promise dès le début de compétition, face à l’Argentine et l’Angleterre. 

Le XV de France termine quatrième du Tournoi 2019. Sans certitude et si peu de repères, avec un rugby en totale décrépitude et des doutes plein la tête malgré une ultime victoire à la Pyrrhus remportée contre une Italie dominatrice mais trop imprécise pour mater les Bleus. Vaste tristesse. Notre monde, nous l’avons déjà dit, s’inscrit désormais loin des meilleurs. En deuxième division. Mais, bon, réjouissons-nous puisqu’une autre compétition va débuter en septembre prochain, au terme d’une préparation commando. Jacques Brunel lui-même s’accroche à l’espoir, en mode auto persuasion : « La Coupe du monde, c’est totalement différent. L’histoire nous l’a montré plusieurs fois. Le contexte sera différent avec une compétition réduite sur quatre matchs décisifs. On aura du temps pour se préparer… » L’enfer est devant mais l’espoir nous porte encore, maso que nous sommes. Au petit jeu de la vérité, si un léger rayon de soleil semble poindre dans la grisaille c’est bien, justement et paradoxalement, parce que le Tournoi est terminé. Ne tombez pas dans le panneau de la communication positive qui vous est servie sur un plateau : la Coupe du monde ne sera pas sportivement plus abordable que les joutes parfois échevelées du Vieux Continent. Sur le papier au moins, elle n’offrira pas aux Bleus un rugby taillé à leur mesure, encore moins de seconde chance. Le moindre faux pas sera sanctionné par un billet retour anticipé. Fin d’aventure…

Tout juste devons-nous espérer que la prise de conscience assumée dans ce journal par Bernard Laporte, qui prend la parole pour poser un mea culpa et affirmer son désir de renforcer le staff du XV de France, va sonner le début d’une nouvelle ère tricolore. Difficile de rattraper le temps perdu, depuis un an. L’heure est pourtant venue d’acter le changement en donnant la priorité au rugby pour donner des armes nouvelles aux Bleus trop souvent démunis sur le terrain face aux repères et à la maîtrise de tous leurs adversaires.

Après avoir remercié Novès l’an dernier, Laporte n’a pas le choix : il ne peut plus appuyer sur le bouton de l’arme nucléaire mais il est parfaitement légitime pour porter l’idée d’une quête de compétences pour gommer les limites de ce staff hétéroclite, construit à la hâte et brutalisé par l’échec. Dans l’urgence, le nom de Fabien Galthié revient depuis plus d’un mois. Si le vœu présidentiel venait à se concrétiser (entendez par là, validé par Brunel), il pourrait être le déclic tant espéré. Celui qui viendrait rassurer des joueurs, poser un cadre, porter une exigence et donner du sens à la démarche collective pour peu que l’on parle plus de rugby que de wattbikes (remember en 2015) pendant les deux mois de préparation au prochain Mondial.

Les Bleus et leur réservoir de talents individuels n’ont besoin de rien d’autre qu’un encadrement technique à la hauteur de leurs attentes. Il n’est d’ailleurs pas anodin de constater que certains des plus grands techniciens de ce jeu approchés par Bernard Laporte sont largement à l’écoute des sollicitations de la FFR, notamment Warren Gatland qui vient d’offrir un nouveau Grand Chelem aux Gallois.

Comme si le XV de France, malgré des années de disette, n’avait rien perdu de son pouvoir d’attraction. Comme si le Top 14 restait un support de référence. Comme si enfin le rugby français restait une forme de modèle en termes de potentiel et de réservoir. Profitons de l’aubaine, avec ou sans manager étranger à la tête du futur XV de France, pour lancer sans attendre le plus grand défi du rugby français : celui d’être champion du monde en 2023. L’aventure commence demain, pour sortir enfin de la grisaille, du néant, et retrouver un coin de ciel bleu

Emmanuel Massicard
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