Coville : "J'ai vraiment eu très peur. L'image, je l'ai encore en tête"

TOP 14 - Pour son retour en tant que titulaire après une blessure à un genou en septembre dernier, le capitaine des champions du monde des moins de 20 ans a été un joueur clé de la victoire face à Castres. L’occasion de revenir avec lui sur sa performance mais aussi sur sa longue absence.

Midi Olympique : Première titularisation depuis votre blessure à en septembre dernier, comment avez-vous vécu cette rencontre face à Castres ?

Arthur Coville : Rejouer a été la première étape, mais c’est vrai que pouvoir débuter enfin une rencontre, ça fait plaisir. J’étais très heureux quand Heyneke me l’a annoncé. En plus, j’ai le sentiment que nous avons réalisé un bon match. Sur le terrain, on a vraiment pris du plaisir en proposant du jeu, en tentant des coups. Et ça nous a souri.

Justement, vous aviez été beaucoup critiqué jusqu’ici pour la qualité du jeu produit…

A.C. : On ne peut pas nier jusque-là que nous avions parfois un jeu très pragmatique, un peu minimaliste. Aujourd’hui, avec la ligne de trois-quarts qu’on avait sur ce match, c’était difficile de ne pas jouer au rugby. Mais ce n’est pas sur un match qu’on juge une équipe. Il nous faut de la continuité.

La qualification, vous y croyez ?

A.C. : Oui, mais c’est loin d’être gagné ! Le calendrier qui nous attend pour cette fin de saison est quand même copieux. Le but, c’est de gagner tous les matchs qui restent parce que nous ne sommes pas assez bien placés pour faire des calculs.

Mais tu te fous de ma gueule ?

Vous étiez capitaine des moins de 20 ans en juin dernier, avez-vous le sentiment que cette génération a franchi un palier ces dernières semaines ?

A.C. : À la sortie de la Coupe du monde, nous avions tous qu’une seule envie, c’était de débuter le championnat dans nos clubs respectifs. On avait envie de se montrer. Certains l’ont fait, d’autres un peu moins. Personnellement, je me suis blessé très tôt dans la saison (23 septembre, à Pau), ce qui m’a forcément freiné. Paradoxalement, l’an passé, j’étais le joueur des moins de 20 ans qui avait le plus de temps de jeu en Top 14, cette année, je suis celui qui en a le moins. Mais effectivement, j’ai le sentiment que certains comme Pierre-Louis (Barassi) à Lyon, « Carbo » (Louis Carbonel) à Toulon, commencent vraiment à faire des gros matchs. Et puis, de voir Demba (Bamba) et Romain (Ntamack) avec le XV de France, ça fait vraiment plaisir. Il faut que ça continue.

Avez-vous eu peur avec l’arrivée d’Heyneke Meyer de ne pas trouver votre place au Stade français ?

A.C. : Dès le départ, Heyneke a été très clair avec moi, il m’a dit vouloir me protéger. Ça m’a fait bizarre, c’était la première fois, dans ma toute jeune carrière, qu’on voulait me protéger. Moi, j’avais envie juste de jouer, mais j’ai bien compris sa position et le fait qu’il ne veuille pas m’envoyer au feu chaque semaine. Franchement, je n’ai pas eu de doute particulier.

Les images de l’action qui amène votre blessure à Pau en septembre dernier étaient assez horribles. Dans les instants qui ont suivi, à quoi avez-vous pensé ?

A.C. : D’abord, j’ai vraiment eu très peur. L’image, je l’ai encore en tête. Avant de faire la radio à l’hôpital de Pau, tout avait été calé pour que je parte me faire opérer de la hanche le soir même en urgence à Toulouse. Et en fait, la radio n’a montré aucune fracture. Quand j’y repense aujourd’hui, le plus drôle, c’est que le doc ne pouvait même pas me manipuler la hanche. Je lui disais que j’avais mal, alors qu’il pouvait, paradoxalement, me toucher le genou sans problème. En fait, la peur de voir ma carrière handicapée à cause d’une fracture de la hanche a joué sur mon cerveau, ce n’est pas possible autrement (rires). Et quand le doc a eu les résultats de la radio de la hanche, il m’a regardé et m’a dit : "Mais tu te fous de ma gueule." En fait, c’est mon genou qui était pété (rires). J’ai eu beaucoup de chance !