• Et c’est parti pour le show !
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Champions Cup

Et c’est parti pour le show !

Les deux derniers représentants du Top 14 s’affrontent, ce dimanche, en quart de finale. De l’enjeu, deux équipes tournées vers l’offensive et du suspense, probablement : ça promet !

L’Arena aime tant s’offrir en spectacle : cette saison, les spectateurs y sont venus déguisés pour une terrifiante soirée Halloween, se sont vus offrir un joli bonnet pour célébrer Noël en famille, ont chaussé les patins pour une session après-ski et se sont prélassés sur des transats ensablés à l’occasion de la fête de la pleine lune, dimanche dernier. « C’est une salle de spectacle, pas un stade », avait annoncé Jacky Lorenzetti lors de l’inauguration. Parole tenue ! N’en déplaise à l’emblématique président du Racing 92, l’exhibition la plus croustillante de l’année reste sans nul doute le match de rugby programmé ce dimanche. Tout simplement.

Oublié le Tournoi piteux, la campagne de qualification tout aussi décevante et les débats sur le niveau présumé du Top 14, place à une confrontation excitante entre les deux derniers représentants de la France dans la reine des compétitions européennes. Racing 92 - Stade toulousain : le rugby français ne peut, à l’heure actuelle, espérer plus belle affiche. Tout est réuni pour passer un grand moment. Le décor, tout d’abord. Merci Jacky, au passage : la même rencontre, à Colombes, aurait paru moins clinquante et le synthétique, s’il froissera éternellement les amoureux de la boue, se révèle être un formidable terrain d’expression. La distribution des rôles, aussi, émoustille les sens, avec des joueurs frissons dans toutes les lignes : des vedettes internationales (Russell, Zebo, Kolbe, Kaino), des fiertés tricolores (Thomas, Machenaud, Dupont, Ntamack) et même les deux meilleurs centres sélectionnables en Bleu, Sofiane Guitoune et Virimi Vakatawa. En somme, un bonheur pour les amateurs et les sélectionneurs. Le scénario attendu, enfin, attise le plus vif des enthousiasmes avec des chiffres annonciateurs d’une superproduction offensive : les Ciel et Blanc ont déjà inscrit quatre-vingt-dix-huit essais en sept mois de compétition quand le jeu de main toulousain n’en finit plus d’enflammer la toile. Alors, préparez les magnétoscopes.

« Quand il y a des promesses, on est souvent déçu »

C’est parti pour le show, donc ! C’est parti, aussi et surtout, pour les choses sérieuses : « J’espère que l’enjeu ne va pas prendre le pas sur le jeu », avance Sofiane Guitoune. « Prévoir à quoi va ressembler un match de phases finales, c’est dur, tempère Ugo Mola. Quand il y a des promesses, on est souvent déçu. En tout cas, on ne va pas se renier. » Antoine Dupont conclut : « Gagner sans être flamboyant, ça m’ira très bien aussi. » Avec les rencontres couperet, tout ce petit monde bascule soudainement dans une autre réalité : les uns vont poursuivre leur rêve quand les autres vont voir une de leurs deux conquêtes prendre fin. « Ça y est, on entre dans le vif du sujet, reprend le centre. Nous en avons parlé au sein du groupe : notre série est belle mais si l’équipe se prend les pieds dans le tapis maintenant, tout ça n’aura servi à rien. » À commencer par le succès en championnat, à l’Arena, en février (29-34), au terme duquel Laurent Travers avait déclaré, en vue de ces retrouvailles : « C’est sûr que nous ne partirons pas favoris. » Sofiane Guitoune relativise : « Ils avaient été surpris mais nous avaient pris un peu de haut sur ce match. Notre XV était remanié, ils n’étaient pas préparés au mieux. C’est anecdotique. » Pas totalement vu des Hauts-de-Seine : « Oui, Maxime Machenaud a aussi dit, dimanche dernier, que l’on était les favoris, reprend le trois-quarts. Bon, c’est bien… »

« Je ne vois pas des mecs transis de peur »

Si la dynamique de la saison augure d’une confrontation indécise, les deux candidats ne s’avancent pas vers cette échéance avec le même statut ni la même pression : d’un côté, le Racing 92, avec l’expérience de ses deux finales et son armada quatre étoiles, de l’autre, le Stade toulousain, en reconquête après sept ans sans ligne au palmarès et parvenu, à sa propre surprise, à ce stade de la compétition. Ugo Mola dessine : « Dans sa construction comme dans sa préparation, le Racing est programmé pour aller loin dans cette compétition. Pour moi, c’était le favori de la saison passée et c’est l’effectif le plus équilibré et dense du Top 14. Il est clair que notre équipe réalise un bon début de saison mais nous savons très bien qu’elle est à la croisée des chemins avec un groupe en progression. Le leur est établi pour gagner la Coupe d’Europe. » Un but clamé haut et fort par Henry Chavancy, en décembre : « Nous avons évidemment pour objectif de remporter cette Champions Cup. »

Un succès en quart les rapprocherait à deux marches de ce Graal, avec, en perspective, une demi-finale à domicile face au Leinster. En cas de malheur, en revanche, le beau projet sur papier glacé serait méchamment écorné. À l’opposé, les Rouge et Noir se déplacent avec un soupçon d’insouciance. Avec tout à gagner et si peu à perdre : « Nous ne cherchons pas un statut de favori ou d’outsider, on s’en fout, tranche Ugo Mola. On y va pour jouer notre rugby. À l’entraînement, je ne vois pas des mecs transis de peur mais des gars déterminés. Notre jeune génération a besoin de s’éprouver, de se tester sur ce genre de match. Quoi qu’il arrive, on ne perdra pas notre temps dimanche. » Les spectateurs et téléspectateurs non plus.

Vincent Bissonnet
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