• Kolbe : l’électron très libre
    Kolbe : l’électron très libre
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Champions Cup

Cheslin Kolbe : l’électron très libre du Stade toulousain

Les superlatifs ne suffisent pas. Cheslin Kolbe est juste un phénomène, que la France a découvert il y a un an et demi. Rencontre.

Si Ugo Mola et Pierre-Henry Broncan avaient insisté auprès de leurs dirigeants (dont certains étaient sceptiques vu le gabarit du bonhomme) pour obtenir sa signature, le Sud-Africain débarquait en Top 14 pour s’éloigner des débats éternels sur son physique dans son pays, qui lui barrait la route des Boks. Même le sélectionneur d’alors, Allister Coetzee, lors d’un camp d’entraînement de la sélection auquel il avait été convié, lui avait conseillé : « Pourquoi tu ne deviens pas demi de mêlée ? » L’incompréhension de trop, comme Kolbe nous le confiait en septembre 2017 : « Je lui ai répondu : « Je suis parvenu là en jouant arrière et ailier. Pourquoi je devrais changer maintenant ? » Ce fut mon dernier stage. […] Sur mon cas, il y a toujours eu des pour et des contre. On m’a dit que j’étais trop léger pour les Springboks. Je n’ai pas écouté et j’ai travaillé plus que les autres. Peu importe que tu mesures 1,50 m ou pèses moins de 50 kg. En match, nous sommes tous des êtres humains, entre les quatre mêmes lignes blanches. »

Sur le terrain justement, le feu follet donne le tournis à ses adversaires et survole aussi bien le championnat de France que la Coupe d’Europe. La preuve par les chiffres. En Champions Cup, il est le joueur qui a battu le plus de défenseurs adverses (41, soit 7 par match). En Top 14, il compte 22 franchissements, (plus de 2 par rencontre). Statistiques ahurissantes qui ne reflètent pourtant pas assez son influence sur le jeu toulousain. S’il n’a inscrit que quatre essais en 2018-2019, il est l’homme le plus décisif de l’effectif. Son facteur X, qui crée d’innombrables brèches dans lesquelles il place ses partenaires grâce à son intelligence et son sens du collectif. « Cheslin, c’est l’antinomie du rugby qu’on nous a vendu pendant des années, juge, admiratif, son entraîneur Ugo Mola. Il mesure 1,71 m et pèse 75 kg tout mouillé mais il a une telle capacité à gagner ses duels, à franchir et à être un redoutable défenseur, ce qu’on oublie souvent. Il ne laisse personne indifférent et c’est une merveilleuse nouvelle pour le rugby international et français, un exemple à montrer dans les écoles. Puis c’est un des joueurs les plus faciles à entraîner que j’ai connu. Tout lui va bien, il n’a jamais raté une séance cette saison. »

L’attraction arrière

Au-delà, sa faculté à toujours surprendre est édifiante. « Quand on fait du « un contre un » dans la semaine, personne ne veut se mettre en face de lui car il peut vite t’humilier, se marre Maxime Médard. Il est si dur à attraper et imprévisible. Il peut te passer sous les bras ou entre les jambes. » Ce que confirme Antoine Dupont : « Cheslin est un joueur incroyable, capable d’inventer un truc à chaque match ou chaque entraînement. Tu te dis : « Non, il ne peut pas faire ça. » Et il le fait. » Son adaptation permanente détonne aussi. Sur le terrain, comme dans la vie. « Humainement, il s’est vite fondu dans le groupe car il est gentil, respectueux, toujours à 100 % », précise Dupont. Véritable électron libre dans le système audacieux de Mola, il a carte blanche pour dézoner quand il est placé sur une aile. Mais, ces dernières semaines, c’est à l’arrière qu’il s’est illustré. « Il est déterminant dès que beaucoup de ballons passent par ses mains », note le technicien.

Et, avec le numéro 15 dans le dos, il en touche d’autant plus. Surtout, il a même livré des récitals dans l’occupation au pied, là où il n’est pas vraiment le plus attendu. Récemment, lors du succès contre Montpellier, il avait trouvé des touches dantesques et soulagé son équipe dans les ultimes instants en repoussant François Steyn jusque dans ses 22 mètres… Avant d’être le premier sur son dos. « C’est un garçon hyper complet et talentueux, appréciait Régis Sonnes après le match. C’est fantastique de compter sur un mec qui peut vous débloquer des situations offensives et vous sortir des coups de pied pareils. » À tel point que son intérim a prouvé qu’il était davantage qu’un recours à l‘arrière et qu’il pouvait redistribuer les cartes. Surtout sur terrain synthétique. Mola en rigole : « Quand nous l’avons récupéré, il avait dépanné quatre fois à l’ouverture et butait avec les Stormers. Méfiez-vous que je ne le mette pas à un endroit que vous n’avez même pas imaginé ! »

Jérémy Fadat
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