• La nouvelle vie de Bryan
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La nouvelle vie de Bryan

PORTRAIT - L’ancien ailier star des Springboks, fraîchement retraité, homme de nombreux records et qui a quasiment tout gagné sur la planète rugby, garde toujours un pied dans le milieu. Bryan Habana se lance aussi à la conquête de nouveaux objectifs et fait une entrée fracassante dans le monde des affaires.

 

Pour lui, tout laisse à croire que rien n’a réellement changé. Bien sûr, Bryan Habana ne met plus d’adversaires dans le vent ni ne crochète plus avec autant de facilités qu’auparavant -encore que- mais marcher sur les traces de l’ancien ailier springbok dans sa nouvelle vie, c’est comme vouloir suivre un dragster qui n’est pas près de s’arrêter. Cela demande de l’endurance, de l’énergie à revendre et des sourires permanents qui ne se détachent vraiment jamais du visage du deuxième joueur le plus capé de l’histoire du rugby sud-africain derrière Victor Matfield. Si certains joueurs peuvent souffrir d’un syndrome de dépression post-carrière, rassurez-vous, pour Bryan Habana, il n’en est rien.
« Pour l’instant, je fais plein de choses différentes. Je ne suis pas là à me poser des questions permanentes sur ce qu’il faut faire, porter… En ce moment, j’organise ma vie après le rugby, j’avance pas à pas. Vous savez c’est sans doute le moment le plus angoissant, savoir ce qu’il y aura après, quand le jeu s’arrête. Vous voulez toujours avancer dans la vie donc je prends un peu plus le temps aussi pour m’occuper de ma famille et réfléchir à ma reconversion. Je profite tout simplement » nous délivrait-il il y a une dizaine de jours en banlieue toulousaine alors qu’il se voyait remettre un diplôme de Management de Business Unit au sein de la prestigieuse école de commerce, Toulouse Business School (TBS).
Celui qui a commencé le sport par le sprint mène plutôt bien sa barque, et n’est pas retombé dans un quelconque anonymat ni s’est terré au fond d’une grotte. À tel point qu’en début de semaine, le magazine Forbes Africa lui a consacré un long article sur son site internet. Où l’on a confirmation que l’ancien rugbyman reconverti en néo-businessman a notamment monté une agence de marking sportif, Retroactive, avec deux pointures du milieu, Mike Sharman qu’il connaissait depuis son lycée effectué à la King Edward VII School et Ben Karpinski. Basée à Johannesbourg, l’agence « se veut innovante dans le secteur du marketing digital du sport ». Elle compterait déjà une grosse dizaine de clients et partenaires dont l’équipe sud-africaine de cricket ou encore l’entreprise pharmaceutique Biogen.

« Where is Bryan ? »


Bryan Habana parcourt le globe en s’appuyant sur sa notoriété d’icône qui lui permet d’être la meilleure publicité de l’agence. « Mon but c’est de trouver des directions et de saisir aussi des opportunités dans le networking, d’agrandir mon réseau entrepreneurial, de comprendre comment fonctionne le monde du travail, le vrai monde. C’était un grand honneur d’être un joueur de rugby et d’accomplir de telles choses. Maintenant , il faut être capable  de rendre ce que le rugby m’a donné. C’est réellement excitant. » Il demeure aussi un représentant de luxe pour l’équipementier Adidas et la fondation Laureus, et reste un émissaire important du rugby mondial. Les supporters ont pu l’apercevoir sur des étapes du circuit mondial de Sevens où il officie comme ambassadeur pour HSBC à l’image d’un Brian O’Driscoll et d’un George Gregan. En septembre prochain au Japon, il sera avec Daniel Carter la tête d’affiche de Mastercard, un des principaux sponsors de la Coupe du monde. Preuve s’il en est qu’il n’a pas complètement coupé avec le rugby, depuis octobre 2018, il officie également sur la chaîne britannique Channel Four à l’occasion des matchs de Champions Cup. Ce samedi, il sera par exemple du côté de Murrayfield pour commenter le quart de finale Édimbourg - Munster.
Si l’homme a remisé les crampons contre les chaussures habillées, il a quand même gardé la forme, et sa silhouette d’athlète. Même s’il avoue taquin qu’il n’a plus rejoué au rugby depuis un moment. « J’ai eu besoin de souffler un peu et de couper avec ce qu’avait été mon quotidien de joueur de très haut niveau pendant plus de 15 ans. Je suis resté un athlète mais ma condition en ce moment n’est pas très bonne, il y a eu un peu du laisser-aller. Je ne m’entraîne plus comme avant, et cela est difficile pour moi avec toutes mes occupations de planifier ce genre de choses. J’ai entraîné une équipe du Cap lors d’un tournoi d’exhibition le Cape Town Tens en février… J’ai joué pendant trois minutes mais ce n’était plus moi. » Cela n’empêche pas le compétiteur acharné qu’il fut jadis de garder sa bonne humeur.

La France au cœur et en affaire


Tête d’affiche de la deuxième promotion de TBS à obtenir le précieux sésame, l’ancienne terreur des défenses ne tenait pour rien au monde à louper l’événement de la remise de diplôme. Pour le plus grand bonheur de ses camarades de promotion, dont une importante colonie sud-africaine présente à ses côtés.
Même à des dizaines de milliers de kilomètres de la France qu’il a quittée avec sa famille en décembre dernier pour un retour chez lui au Cap, « Pour beaucoup d’entre nous, l’Afrique du Sud vit un temps très  intéressant, sur le plan économique et politique » analyse t-il, Bryan Habana garde un attachement particulier envers la patrie de la baguette. Après tout, c’est là qu’il fut sacré sur le toit du monde avec ses camarades de jeu springboks un soir d’octobre 2007 à Saint-Denis.Et c’est aussi là qu’il y a enrichi considérablement son palmarès et son histoire personnelle. De ses cinq saisons à Toulon, il y eut bien sûr les joies immenses accompagnées de trophées à foison, la naissance de son deuxième enfant mais aussi les peines, les défaites et une fin d’aventure terminée non sans regret, comme il l’avait avoué en avril 2018 au crépuscule de sa carrière. Quasiment un an après, son discours n’a pas changé d’un iota sur ce point. « Je suis toujours déçu de comment ça s’est terminé. L’an dernier cela a été dur et frustrant pour moi de revenir après une grosse blessure (au genou gauche) et de voir que je n’étais pas dans les plans de Fabien Galthié alors que l’avis médical était favorable. J’ai joué zéro match, je n’ai pas vraiment compris. Tous les joueurs veulent choisir leur sortie. Richie McCaw l’a fait après un deuxième titre de champion du monde, Jonny Wilkinson est parti sur un doublé en 2014… Je n’oublie pas tout ce que ma carrière m’a permis d’avoir mais c’était vraiment décevant de finir ainsi. Et ça le sera pour toujours » nous souffle-t-il. Avant de se reprendre : « Je n’aurais pas aimé vivre différemment que ce soit à travers les bons et les mauvais moments. Je ne me plains pas du tout, parfois je me pince quand j’y pense et je me dis que j’étais extrêmement chanceux de pouvoir vivre tout ce que j’ai vécu… »


Avec ou sans état d’âme, le champion n’aura pas mis longtemps à penser son après-carrière. À vrai dire, il l’avait même anticipé. En suivant le cursus mis en place par Provale et la TBS durant neuf mois à partir de février 2018 avec notamment des cours de marketing, de management ou encore de comptabilité, mais aussi en mettant plus qu’un orteil dans le monde des affaires lorsqu’il était encore joueur. À Toulon, au contact de ses partenaires et compatriotes Juandre Kruger et Duane Vermeulen, Bryan Habana s’est lancé dans le commerce de biltong, un apéritif typiquement sud-africain à base de viande séchée. Les trois comparses qui avaient flairé la bonne affaire en se rendant compte de son véritable pouvoir d’attraction auprès de l’imposante communauté sud-af qui garnit les contingents de Pro D2 et de Top 14 ont donc décidé de s’associer avec l’entrepreneur et homme d’affaires Paul Binisti, président de l’entreprise de viande Lescure. Ainsi est née Biltong Power. Depuis, le succès ne se dément pas et même s’il demeure physiquement loin du Var désormais, l’ancien ailier n’oublie pas de suivre avec attention le business. Le mercredi matin qui avait suivi la remise de diplôme, il prenait aux aurores la direction de Toulon. Itinéraire d’un homme malgré tout pressé, prêt à foncer dans sa nouvelle vie.

 

Par Enzo DIAZ

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