• Décès de Pierre Lacroix : Un seigneur s’en est allé
    Décès de Pierre Lacroix : Un seigneur s’en est allé
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Compétitions

Décès de Pierre Lacroix : Un seigneur s’en est allé

L’ancien demi de mêlée d’Agen et de l’équipe de France des années 60 Pierre Lacroix nous a quittés. Il était un neuvième avant qui répondait toujours présent dans les grands matchs.

L’annonce de son départ, on a repensé spontanément à la finale 1962, Agen-Béziers (14-11), le match de sa vie. Pierrot Lacroix dit « Potiolo » avait porté la rencontre à incandescence dans les vingt dernières minutes, jusqu’à l’essai final de Méricq, au terme d’un flirt avec la ligne blanche. La beauté de la rencontre avait été saluée jusque dans la presse...anglaise. Le numéro 9 y avait joué un rôle magistral, il soulèverait deux autres boucliers avec Agen en 1965 et 1966 et même un Du-Manoir en 1963.

C’était un demi de mêlée costaud et râblé qu’on qualifiait de « neuvième avant ». Il était puissant, c’est vrai et redoutable par ses départs au ras : « Un bouledogue, un gros plaqueur aussi. Je me souviens de la tournée 1961 quand il avait fallu résister aux déferlantes des assaillants néo-zélandais. Le cinq de devant était submergé, avec Crauste et Moncla, il avait été énorme en défense au ras du sol. Il plaquait très bas, en se mettant presque en boule », détaille Denis Lalanne. « Je l’avais découvert lors de la tournée 1960. Il était gai, coquin. Les Argentins l’avaient surnommé « El Conejo », le lapin, à cause de ses dents. »

Pierre Lacroix, ce fut aussi le demi de mêlée des Bleus à 27 reprises, le temps de gagner trois tournois. Il fut aussi un acteur du « match des matchs », le fameux 0-0 face aux Springboks de 1961, la partie la plus fantasmée de tous les temps. « Il avait aussi fait la tournée de 1958 et il avait été très marqué par les méthodes de Lucien Mias, le fameux demi-tour contact. Nos mauls avançaient les fesses en avant et Pierre Lacroix adorait commander ces phases », poursuit Pierre Albaladéjo, son grand complice. « Nous avions joué vingt matchs ensemble, il y a eu peu de demis aussi souvent associés. On le qualifiait de neuvième avant car il faisait corps avec son pack, il restait collé à la troisième ligne. Mais ça me donnait beaucoup de champ, grâce à lui, je jouais dans un fauteuil, en smoking même. Parce que sa passe était rapide. à notre époque, les demis jouaient les ballons plus vite qu’aujourd’hui. »

La finale 1962 fut son triomphe

On l’opposait à son concurrent Pierre Danos, plus fin, plus délié. Un peu plus sûr techniquement avec sa passe plus pure. Pierre Lacroix n’évita pas quelques bordées de critiques. On le voyait comme le protégé de Guy Basquet, déjà sélectionneur. C’était le début du pouvoir agenais « Oui, on peut le dire, il ne fut pas toujours ménagé. à la moindre faute, on entendait des sifflets et des réflexions. On voulait me faire dire que je recevais le ballon dans de mauvaises conditions. Ce n’était pas vrai, grâce à sa vivacité, j’avais tellement de temps que je pouvais tout récupérer. »

Pierre Lacroix avait forcément souffert de tout ça, il avait « balancé » au micro de Roger Couderc, juste après la finale de 1962. Une déclaration revancharde alors que les supporteurs le portaient en triomphe… Pierre Lacroix était originaire de Houeillès en Lot-et-Garonne, il avait aussi porté les maillots de Marmande et de Mont-de-Marsan avec qui il avait joué la finale de 1959 face au Racing. Mais son nom restera attaché à Agen, capitale improbable de ce rugby français triomphant. 

Il y jouissait d’une popularité étonnante, on donna d’ailleurs son nom de son vivant à l’une des tribunes d’Armandie. Il avait aussi longtemps tenu un magasin de sport en plein centre-ville, une institution. Nous gardons en mémoire son sourire éclatant et le récit de vieux supporteurs qui mettaient au-dessus de tout la demi-finale 1965 face à la Voulte. Pierre Lacroix jouait blessé, sous infiltration. Après une première période catastrophique, on croyait le SUA perdu, après la pause, il avait trouvé les ressources pour orchestrer le plus beau renversement des années 60 : de 0-14 à 21-14. Parce qu’on avait oublié de vous dire : le grand atout de Pierrot Lacroix, c’était de toujours répondre présent dans les matchs décisifs.

Jérôme Prévot
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