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Compétitions

La quête du passeport

L’info peut difficilement vous avoir échappé : ce mardi, Bernard Laporte va consulter les clubs afin de savoir s’il a leur aval pour entrer en négociations officielles avec un entraîneur/manager étranger auquel il confierait les rênes du XV de France. Sa mission : rendre les Bleus compétitifs d’ici au Mondial 2023. Ou comment transformer le plomb en or

Ne revenons pas sur ce principe au parfum de vieille stratégie politicienne un rien populiste qui mime de faire disparaître le dirigeant derrière la masse de son électorat. Le constat est limpide : dans l’histoire, le patron de la FFR a toujours été le taulier du XV de France et il n’y a pas de raison que cela change. C’est lui qui valide les projets, fait les carrières des entraîneurs et parfois des joueurs. Après avoir tranché la tête de Guy Novès, Laporte semble vouloir prendre ses distances avec la gestion des affaires tricolores mais cela ne durera pas. Sans quoi, en plus des mauvais résultats sportifs, ses opposants ne manqueront pas de lui reprocher d’avoir fui ses responsabilités.

Regrettons au plus juste le flou qui a cerné les Bleus depuis la fin du Tournoi. Le silence de tous, qui les enferme dans le vide. Et davantage encore la drôle d’idée que l’on tente d’ancrer dans nos esprits : nationalité et compétence seraient liées. Les deux notions semblent désormais confondues, puisque l’on demande simplement aux clubs de valider le principe de nomination d’un technicien venu d’ailleurs, laissant à supposer que sa supériorité est acquise. Comme si un passeport pouvait tout garantir et, surtout, nous prémunir de l’échec.

Si un regard différent, une exigence nouvelle et, somme toute, la liberté d’action portée par un homme n’étant lié à aucun club nous semblent à même de faire tomber bien des œillères qui nous empêchent de voir plus loin que notre petit monde, ce n’est en rien l’assurance d’une réussite à tous crins.

En agissant de la sorte, Laporte laisse entendre que les techniciens français n’ont pas l’étoffe du héros qu’il attend pour 2023. Drôle de désaveu. Mais sait-il déjà si tous les entraîneurs du monde sont « Top 14 compatibles » ? Et si Warren Gatland (son favori), Eddie Jones ou je-ne-sais-qui-encore venaient à refuser la main tendue parce qu’ils auraient trouvé mieux ailleurs au plan sportif ou financier, le président de la FFR se trouvera finalement coincé. Quasi contraint de creuser plus profond dans le vivier international avant de relancer les pistes françaises.

Enfin, que fera le président de la Fédération s’il se heurte à une majorité de « non » ? Sera-t-il prêt à remettre en cause la révolution de palais qu’il semblait déterminé à mener en dotant le XV de France d’un staff pléthorique avec un manager/sélectionneur étranger, des adjoints eux aussi étrangers (au moins deux) et des entraîneurs français pour les épauler et légitimer l’ensemble de la démarche ?

Sincèrement, on voit mal comment il pourrait faire machine arrière et choisir d’en rester à ce fichu bricolage qui prédomine autour des Bleus, quand toutes les autres nations mondiales se sont clairement inscrites dans des projets clairs, modernes et structurés. Ailleurs, on fédère la crème des compétences autour de la cause nationale, sans penser qu’un seul homme pouvait encore tout changer. Chez nous, en France, les choses s’écrivent toujours dans l’espace d’un contre-pied. Jusqu’à quand ?

Emmanuel Massicard
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