• Fallait pas énerver Urdapilleta !
    Fallait pas énerver Urdapilleta !
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Top 14

Fallait pas énerver Urdapilleta !

À l'image de son équipe, le maître à jouer du CO Benjamin Urdapilleta à réussi à contrôler un match pourtant âpre et chargé de rancoeur pour s'imposer face à un adversaire direct.

L’oreille ensanglantée, le visage marqué de griffures, une main sur son torse pour tenter de soulager un gros coup reçu au niveau de l’insertion de la clavicule mais avec un grand sourire qui fendait son visage : voilà comment l’on vit débarquer Benjamin Urdapilleta en conférence de presse : « Des fois, je me dis que je ne joue pas à l’ouverture mais plutôt en troisième ligne, à la pile ou en deuxième ligne… », plaisantait l’ouvreur argentin du CO. Il portait les stigmates d’un match âpre, chargé de rancœurs venues du passif qui, saisons après saisons, s’accumule entre Rochelais et Castrais.

Souvenez-vous : la saison dernière, c’est en s’imposant à Deflandre que les Castrais se sont relancés dans la course à la qualification. Pour se venger, les Rochelais leur ont donc administré en retour leur plus lourde défaite de l’exercice 2018-2019 (53-27). Ces deux-là avaient envie d’en découdre, donc. Et cela s’est rapidement vu. Tant dans l’engagement sur les phases de combat que dans les attitudes qui ponctuaient les « entre-jeu ». Soyons clairs : les Castrais, qui se revendiquent comme les « pénibles du Top 14 » sont plutôt doués dans l’exercice. Mais cette fois, ils ont trouvé chez les Rochelais de sacrés concurrents pour la palme du chambrage ! « C’était déjà comme ça lors du match aller à La Rochelle, se souvenait Urdapilleta, je crois que c’est une équipe qui parle beaucoup en fait. J’avais lu dans la semaine que leur talonneur (Pierre Bourgarit, N.D.L.R.) avait dit qu’on chambrait beaucoup… Si c’est le cas, il est prêt à signer chez nous alors ! (rires) Il ne m’a pas lâché de tout le match. Après, c’est resté correct et cela fait partie du rugby, et ce n’est pas grave. »

Rien de méchant donc, vous l’aurez compris. Quelques phrases, des tirages de maillots, des petites claques sur la nuque, un ou deux croche-pieds, ou une main qui traîne sur un visage… Il n’empêche qu’il y a quelques années, il est fort probable que l’ouvreur des Pumas n’aurait pas pris la chose avec autant de distance. Tempérament latin oblige, « Benja » n’a pas toujours été du genre à jouer les philosophes : « Je suis un mec avec beaucoup de caractère. Je crie beaucoup, je m’exprime souvent, j’ai tout un tas d’expressions avec mon visage… Par contre je ne fais pas de provocation. Mais si on m’en fait, c’est vrai que je réponds direct. Seulement j’ai travaillé sur moi pour apprendre à passer vite à autre chose. Ne pas me déconcentrer. J’ai appris à mes dépens que si le 10 d’une équipe sort de son match, la rencontre devient tout de suite plus compliquée. Quand j’étais plus jeune, je m’énervais et je sortais de mon match. Aujourd’hui je me sens tranquille. Je suis capable de passer à autre chose. »

Un sang-froid apprécié de son manager Christophe Urios : « Il a 32 ans, encore heureux qu’il arrive à tenir ses nerfs !", s’exclamait le boss du CO. Avant de reprendre : « Non, c’est vrai qu’il a progressé sur ce plan. Car tous les week-ends, il est visé. Les mecs savent qu’il a le sang chaud, qu’il peut dégoupiller. Seulement, c’est de moins en moins le cas. Aujourd’hui, c’est la victoire de la maîtrise, notamment en deuxième mi-temps. Et « Benja » a été dans cette maîtrise. »

Premier drop à domicile de la saison

Une maîtrise parfaitement illustrée par son drop magistral passé peu après l’heure de jeu, à un moment clé du match : « Ce drop s’imposait à ce moment. Cela faisait 15 ou 20 minutes que nous campions dans le camp de la Rochelle sans marquer. C’était un moment important car il fallait que l’on passe à plus de sept points d’écart. Je me suis dit qu’il fallait le faire, alors j’ai tenté ! » Sans même savoir qu’il venait de passer là le tout premier drop à domicile du Top 14 2018-2019 ! « Ah oui vraiment ? C’est le premier après 21 journées ? C’est une sorte de record alors ! » Un geste qui montre aussi que l’ouvreur champion de France est, comme son équipe, définitivement passé en mode phases finales : « Ça y est, on est dans le dernier sprint là. Chaque erreur se paie deux fois plus cher. C’est vrai que l’on tape moins de drops qu’avant… Mais maintenant que nous allons entrer dans les matchs décisifs, je vous parie que les équipes vont retenter des drops ! » Qu’on se le dise, le goleador du Castres olympique est prêt à dégainer…

Simon Valzer
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