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    IMPOSSIBLE EST-IL TOULOUSAIN ?
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Champions Cup

Impossible est-il Toulousain ?

Face au tenant du titre, favori à sa succession, la troupe d'Ugo Mola se sait contrainte à l'exploit pour y parvenir. Il faudra ajouter à l'audace une rigueur de tous les instants. Le salut passera par un match parfait. 

Ce dimanche, à 16 h 15, quand Wayne Barnes lancera les hostilités à l’Aviva Stadium, le Stade toulousain partira à l’assaut d’un des plus grands défis de son histoire moderne. Tout simplement. Sur sa route va se dresser un roc, un pic, une montagne : le Leinster, en son royaume, solidement ancré sur son trône de fer. Bienvenue en enfer, aux portes du paradis, paradoxalement. Jerome Kaino et ses partenaires vont à la fois se mesurer au XV du Trèfle bis, au joueur couronné roi du monde, à la meilleure équipe de la décennie avec quatre titres sur les dix dernières saisons, à une armada restant sur quatorze succès à domicile dans la compétition, à l’attaque numéro un en points comme en essais de toutes les poules de cette édition. Et on en passe… Au cours toutes ses campagnes continentales, le Stade toulousain a-t-il déjà réalisé pareil exploit ? Peut-être jamais, étonnamment. Les Rouge et Noir ont certes remporté deux demi-finales outre-Manche, à Leicester, en 2005, et à Reading, trois ans plus tard, face aux Irish, mais l’adversité paraissait moins redoutable, moins prestigieuse. Les plus belles lignes de sa légende sont surtout écrites à Ernest-Wallon ou lors d’affrontements franco-français fratricides. N’insultons pas le passé mais apprécions à sa juste valeur le challenge à venir. «Je ne sais pas si vous vous rendez compte de l’équipe chez qui nous allons jouer, c’est hallucinant, souffle Ugo Mola. On va jouer ce qui se fait de mieux en Europe. »

La valeur de l’adversaire situe la portée de la performance à accomplir : «S’il y a un moment pour réaliser une prestation parfaite, c’est sans doute maintenant. Un match parfait offensivement et défensivement, en effectuant un carton plein sur nos occasions et en se montrant intraitables. La discipline, je n’en parle même pas. C’est tout ce qu’il faudra pour enlever la cinquième étoile promise au Leinster. » Une bonne prestation ne suffira certainement pas : demandez aux derniers demi-finalistes du Stade, en 2011, défaits 32 à 23, sur cette même pelouse, au terme d’une bataille homérique. Pour changer le cours d’une histoire écrite à l’avance du côté de Dublin, les Rouge et Noir devront impérativement troubler la symphonie habituellement récitée par Jonathan Sexton et son orchestre. L’entraîneur principal prévient : «J’espère que l’on arrivera à mettre du désordre car si ça reste sur l’ordre établi, c’est le Leinster qui jouera la finale de la Coupe d’Europe. »

« Que peut-il nous arriver, maintenant ? »

Le décor ainsi planté, une question, un tantinet provocatrice, se pose : impossible est-il toulousain ? Mais la raison s’applique-t-elle encore à cette équipe imprévisible ? Combien de fois a-t-elle réalisé l’impensable, au fil de cette saison ? Qui, au soir d’une défaite si cruelle face au rival castrais, fin septembre, aurait pu lui prédire, dans la foulée, un record d’invincibilité en championnat ? Qui avait misé sur un printemps européen pour cette formation en construction quand le tirage au sort avait placé Dublin, Bath et Coventry sur son chemin ? Comment le match inaugural au Rec a-t-il pu tourner en sa faveur, entre le sauvetage Ave Maria de Médard et la pénalité on ne peut mieux placée renvoyée par le poteau ? Quelle probabilité mathématique lui restait-il de se qualifier, en quart, à l’Arena, quand elle s’est retrouvée en infériorité numérique, avec encore une heure à jouer ? Comment, aussi, aurait-on pu prévoir, l’été dernier, la résurrection de Sofiane Guitoune, devenu meilleur centre du Top14, ou encore les révélations des illustres inconnus Richie Arnold et Pita Ahki ? Dans l’adversité, les Toulousains se sont jusqu’à présent sublimés, se révélant rois des «surprises-parties. » Une particularité tel un avertissement pour la bande à Leo Cullen : avec ces gars-là, tout peut arriver. «Nous n’avons pas grand-chose à perdre, évoque Ugo Mola. Je vous rappelle la poule de laquelle nous sommes sortis, je vous rappelle notre quart au Racing à quatorze. Que peut-il nous arriver ? Que du positif, il y a zéro pression. » Un statut paradoxalement enviable. À condition de rester fidèle à soi-même, à ses principes : «Ce qui caractérise ce groupe, c’est son insouciance. Elle est parfois déconcertante. Les joueurs sont pleinement investis et aiment ce jeu. Ils sont convaincus de ce qu’ils ont envie de faire. Ils aiment provoquer et refusent d’abdiquer. Il faudra garder cette audace. »

« Envie que les gens soient fiers de nous »

Avant de vaincre la Blue Army, le Stade ne doit pas perdre, tout seul, la guerre des nerfs. La tension, allant crescendo ces derniers temps, doit être utilisée à bon escient. Jerome Kaino, en grand frère, y veille : « Je veux que le groupe soit heureux de jouer ensemble et soudé, qu’il joue libéré, qu’il ose malgré la pression. » François Cros croit en la dynamique collective: «La confiance générale se reflète sur chaque joueur et permet d’aller chercher un peu plus loin. » Jusqu’à Dublin et par-delà ? Les supporters rouge et noir, soudainement ressuscités, attendent avec la plus vive impatience de savoir jusqu’où les limites de leurs favoris peuvent être repoussées. Quoi qu’il arrive au cours de ce printemps, le Stade toulousain version 2018-2019 restera une magnifique raison d’aimer le rugby, un bonheur à regarder et un exemple à suivre pour ce sport. Mais à partir de dimanche, il peut basculer dans une autre dimension et s’inscrire dans la grande histoire. En gravissant un sommet. En décrochant une finale continentale. En marchant, ainsi, dans les pas de leurs glorieux aînés, ceux qui ont bercé l’enfance des Ntamack, Ramos et Dupont, ceux qui ont motivé, depuis la Nouvelle-Zélande, Faumuina et autres Kaino à débarquer dans la Ville rose.

L’avenir n’attend plus, comme le disait si bien Romain Ntamack, en octobre dernier, avant le lever de rideau de cette Coupe d’Europe: «Nous sommes fiers du passé mais, aujourd’hui, c’est notre génération, notre aventure. C’est un autre temps et c’est à nous d’écrire notre propre histoire. Ce qui s’est passé avant est beau mais on a aussi envie que les gens soient fiers de nous dans quelques années. » 

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