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Champions Cup

La taxe d'apprentissage

Une fois n’est pas coutume, c’est le genre de référendum qui pourrait valoir un « Oui » franc et massif. Sans aucun débat possible. Après avoir été longtemps décriée, la Coupe d’Europe a confirmé son standing international. Digne de nos attentes. Digne, surtout, de celles des joueurs sudistes qui rejoignent le Vieux Continent pour vivre l’expérience de la Champions Cup, trop habitués qu’ils sont à concentrer leurs efforts sur les joutes mondiales à défaut de trouver un véritable intérêt dans leurs championnats domestiques. Chacun ses rêves...

Ce dimanche, malgré l’ampleur de l’échec des Rouge et Noir d’Antoine Dupont, la deuxième demi-finale a donc livré un nouveau verdict sans appel, ni débat. Encore une fois. La vitesse, l’impact physique et la précision d’action des Leinstermen de Sexton nous a rappelé combien leur statut de favori était mérité depuis deux ans. Autant que les Saracens, leur futur adversaire en finale le 11 mai à Newcastle, ont aujourd’hui des allures d’épouvantails.

En fait, la Coupe d’Europe version 2018-2019 nous livre des résultats en totale cohérence avec le classement mondial : l’Irlande et l’Angleterre devancent la France, qui doit se satisfaire d’une finale franco-française en Challenge Cup. Dans l’anti-chambre du pouvoir, et dans l’ombre des meilleurs qui sont aujourd’hui le Leinster, Munster ou les Saracens. Rien à dire. Malgré ses formidables élans de générosité, la classe biberon toulousaine s’est cassé les dents sur la rigueur impavide et froide des Irlandais.

Les Toulousains ont vu Dublin et ils peuvent donc rougir. Non pas de honte. Tout juste de la comparaison avec les « Blues » du Trèfle qui ont l’étoile européenne tatouée au cœur et qui, eux aussi concentrent tous leurs efforts sur cette seule compétition. à l’inverse de nos clubs qui, à l’image de Toulouse et Clermont, ferraillaient encore dimanche dernier pour nous offrir une rencontre de première classe. C’était sans doute trop, à huit jours d’une demi-finale de Champions Cup pour une équipe rouge et noir en pleine progression, manquant d’expérience et de repères. Face aux métronomes du Leinster, les paris du staff d’Ugo Mola, en troisième ligne et à la charnière, se sont finalement révélés insurmontables. Ils ont payé cash leur taxe d’apprentissage.

Pour autant, ne boudons pas notre plaisir. Ce Stade toulousain est bien loin d’avoir tout dit de son potentiel. Nous serions prêts à parier que l’avenir lui appartient, pour peu que sa classe biberon poursuive sur sa lancée sans renier ce rugby qui fait aujourd’hui sa force et la rend aussi séduisante.

Il y a une forme de logique à voir Toulouse figurer dans le dernier carré d’une compétition européenne qui fait la part belle à l’intensité et la précision d’éxécution plutôt que de s’en remettre, peureux comme pas deux, aux vertus d’un rugby de tranchées. Ce jeu d’hier qui ne gagne plus et nous laisse le regret d’avoir perdu beaucoup trop de temps à tenter de le parodier...

Il y a une forme de logique, encore, à voir le Stade rochelais et Clermont poursuivre leur route jusqu’à la finale de Challenge Cup, où ils s’affronteront la veille du clash métallique, entre Leinster et Saracens. Comme Toulouse, ces deux formations portent en elles la promesse d’une ambition clairement assumée, avec l’élan de leur jeunesse. C’est un grand coup de jaune qui nous est offert avant l’emballage final du Top 14, laissant planer, à l’horizon, le songe d’un doublé -clermontois ou rochelais- quand les Toulousains, eux, rêveront de revanche... Le meilleur est encore à venir !

Emmanuel Massicard
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