• C’est tout un peuple qui a pu exulté au coup de sifflet final ! Les Corréziens de Jan Uys ont préservé leur invincibilité à domicile et sont en finale de Pro D2. Photo Diarmid Courrèges
    C’est tout un peuple qui a pu exulté au coup de sifflet final ! Les Corréziens de Jan Uys ont préservé leur invincibilité à domicile et sont en finale de Pro D2. Photo Diarmid Courrèges Diarmid Courrèges -
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Brive : la loi du plus fort

Bien que surpris dans un premier temps par la fougue vannetaise, les Brivistes ont su s’appuyer sur leur expérience des grands rendez-vous pour s’offrir une finale face à Bayonne. La logique sportive est respectée.

Le rugby est décidément capable de produire de sublimes histoires. Celle que les Bayonnais avaient écrite à la veille au soir de cette deuxième demi-finale en fait partie. Pour un peu, on s’était cru en phase finale de Ligue des Champions. Cela valait bien la création d’un néologisme, issu de l’imagination fertile et facétieuse de nos amis basques : la "Jamón-tada", résultat de la contraction de "jamón" (jambon en espagnol) et remontada. Celle du RC Vannes 2018-2019 n’aura pas connu le même épilogue, et s’est donc arrêtée à hauteur du dernier carré. Mais elle restera aussi à jamais gravée dans l’histoire du club breton. Pour sa deuxième saison dans l’élite, les joueurs du manager Jean-Noël Spitzer ont su faire honneur à tous ceux qui avaient cru en eux pour les aider à bâtir le huitième budget de Pro D2 et de se battre à armes égales avec les cadors de ce championnat voire de les martyriser, à l’image des Montois balayés en barrage. Mais le rugby se veut aussi logique, et pragmatique. La loi du plus fort y préside. Le 22 février dernier, les Brivistes avaient déjà fait la démonstration de leur supériorité (61-14) face à ces Bretons décomplexés. Dimanche, l’histoire se répéta au Stadium de Brive. Certes, le match fut beaucoup plus équilibré. Presque périlleux même, au vu de l’excellente première mi-temps des Vannetais. Seulement, la pièce finit par tomber du côté des Corréziens. Après tout, comment aurait-il pu en être autrement ? Comment les dieux du rugby ne pouvaient-ils pas récompenser la seule équipe de ce championnat capable de rester invaincue à domicile en seize matchs ? Comment auraient-ils refusé une finale à l’équipe qui a terminé première place de la phase régulière ?

Comme on le disait plus haut, les Brivistes n’ont pas mis la main d’emblée sur le match. Même si Marques profitait du coup d’envoi mal capté par Tuohy et repris en avant par Kamikamika pour inscrire les premiers points brivistes alors que le match n’en était pas à sa première minute, les Bretons ont aussitôt répliqué avec leur arme spéciale : la mêlée fermée, grâce à laquelle ils ont concassé la plupart des packs du rugueux championnat de Pro D2 cette saison. Cette demi-finale n’a pas dérogé à la règle, tant le trio Neparidze-Blanchard-Tafili domina la première ligne Devisme-Da Ros-Bamba du CAB. Hilsenbeck passait la pénalité, et plantait en même temps le décor : ces deux prétendants à la finale et à un aller simple vers le Top 14 allaient se rendre coup pour coup.

Davidson : "On a su garder confiance"

Audacieux et mobiles comme à leur habitude, les Bretons ont donné le tournis à des Brivistes qui ont failli commettre l’erreur de tomber dans un rugby expansif qui n’est pas le leur : "On connaissait le potentiel offensif de cette équipe de Vannes, concédait le manager briviste Jeremy Davidson en conférence de presse, mais on a su garder confiance. Même quand on n’avait pas le ballon ou que nous avons été en infériorité numérique." Le technicien irlandais fait ici référence au premier essai de la partie, marqué par le centre breton Alexandre Mourot qui profita d’une percée de son talonneur Blanchard bien relayé par son pilier Neparidze, et du carton jaune donné à son ailier Alex Muller après la demi-heure de jeu alors que son équipe était menée (9-10). Des vrais coups durs qui auraient fait flancher plus d’une équipe. Mais pas Brive, qui a su tirer les leçons du passé, comme l’explique ci-contre l’ailier Franck Romanet. "Personne n’a paniqué, et on a simplement resserré le jeu autour de nos avants, avec plus d’intensité." Et au jeu du plus fort, c’est le CAB qui s’imposa, sans que le manager vannetais Jean-Noël Spitzer n’y voit la moindre objection : "Brive a trop dominé les phases de collisions offensives et défensives pour que l’on dise que sa victoire n’est pas méritée."

Et maintenant…

Heureux de leur saison, les Vannetais ont quitté la Corrèze avec le sentiment du devoir accompli, ou presque : "Nous avons des regrets sur ce match mais pas sur la saison, posait le centre Mourot. Cette demi-finale se situait déjà bien au-delà de nos espoirs en début de saison." Tous ne partageaient pas ce point de vue toutefois, à commencer par Hugh Chalmers : "Nous avons une équipe jeune, qui peut être fière de ce qu’elle a fait. Mais j’ai aussi dit aux jeunes joueurs que l’on venait de passer à côté de quelque chose de grand. J’ai vécu ces moments, j’ai vécu ces montées, et ils ne réalisent pas à quel point ils peuvent changer leur vie…" Le flanker de 35 ans ne manquera pas de rappeler ce message à la reprise de la saison prochaine. En attendant, le boss du RCV espérait que le beau parcours de ses hommes allait susciter quelques vocations : "On prend la réalité dans la gueule aujourd’hui mais il n’y a rien à dire. J’espère juste que notre aventure attirera des gamins dans les écoles de rugby de la région."

Les gamins brivistes, eux, vont pouvoir continuer à rêver de Top 14. Le week-end prochain, leurs héros noir et blanc descendront à Pau pour disputer une finale de Pro D2 contre un adversaire qui jouera quasiment à domicile. Bayonne-Brive, donc. Cela ne vous rappelle rien ? Bien sûr que si… C’était le choc de la première journée du championnat, qui tourna en la faveur des Basques (30-17). L’histoire se répétera-t-elle encore ? On l’ignore… "Les deux équipes ont beaucoup évolué depuis le début de la saison", prévenait précautionneusement Jeremy Davidson. En tout cas, on a hâte de voir le Hameau envahi et chauffé à blanc par des colonies de supporters basques et corréziens. Histoire de donner à ce Pro D2 la finale qu’elle mérite.

VALZER Simon
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