• Rachid Ghezal et Pierre Mignoni
    Rachid Ghezal et Pierre Mignoni Icon Sport / Icon Sport
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Edito

Roulez français

L'édito de Léo Faure... Nous voilà de retour à Bordeaux, quatre ans après les dernières demi-finales dans ce même Matmut Atlantique. C’était annoncé de longue date. La bonne surprise, c’est que nous trouverons sur la pelouse les équipes les plus enjouées du Top 14 et les supporters les plus fervents, en tribunes. Le destin fait bien les choses. Le soleil est annoncé chaud, la bière fraîche et la foule folle. La promesse de fête est grande.

Ce n’est peut-être qu’une conjoncture, une friandise du hasard et qui vient nous gâter en ce mois de juin hésitant, mais un autre augure nous a frappés, cette semaine : ces demi-finales, ce n’est pas accessoire, mettront aux prises quatre clubs emmenés par des staffs en grande majorité français. Ils sont français et toulousains sont les ordres d’Ugo Mola, dans la grande tradition maison et la réussite que l’on sait. Ils sont français et pressés à Lyon, où Mignoni a refusé le XV de France que Karim Ghezal a accepté, quelques années seulement après avoir débuté le métier d’entraîneur. Ils sont français et plusieurs fois titrés à Clermont, où Azéma et Goutta touchaient déjà du bois ensemble, il y a dix ans sous les couleurs de leur chère Usap. Ils sont français, encore, sous les ordres de Jono Gibbes à La Rochelle. Le duo Garbajosa-Patat a remis la bélandre des Maritimes à flot, les trois premiers mois de cette saison après un été de tempête. « Garba » sera même tête d’affiche l’an prochain à Montpellier, dans une des écuries majeures du Top 14. Le travail est toujours récompensé et valorisé, chez soi ou en exil.

Derrière ce tableau tricolore dressé, un nationalisme bête et méchant ? Certainement pas. On ne plaint rien aux techniciens du monde entier qui réussissent dans notre Top 14, tant qu’ils en respectent l’histoire et la génétique. Ils en sont aussi une richesse, le sel du partage et de l’ouverture que notre championnat doit tenir en majesté. Mais cette réussite de nos techniciens faits maison est la preuve, simple et par l’exemple, que notre rugby peut aussi produire de belles choses et de beaux destins, qu’ils soient hommes à poigne, des bâtisseurs, des managers ou des techniciens.

L’autre aspect qui lie tous ces hommes est générationnel. Tous ceux cités plus haut sont dans leur quarantaine. Cinquante ans au plus, si l’on ouvre le prisme aux deux Laurent du Racing qui, absents cette année des demi-finales, comptent aussi parmi les techniciens les plus réguliers à haut niveau depuis dix ans.

C’est une génération qui se lève, en France. Des techniciens rompus aux préceptes modernes, leurs technologies et leur quête infinie de précision, dans chaque pas qui accompagne les équipes et les individus. Des entraîneurs ouverts sur le monde, moins sûr de notre autosuffisance et demandeurs sans cesse d’apprendre de ce qui se fait de mieux ailleurs. Le rugby est un sport en mouvement et la France s’est trop attardée à se regarder le nombril. La génération qui vient trouve aujourd’hui sa place et son couronnement dans les plus grands clubs de France, dans les plus grands matchs de fin de saison. Demain, cette génération s’installera en Bleu. Pour le grand espoir de tous.

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