•  Jerome Garces, arbitre international français
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Edito

Amor l’arbitre

L'édito de Léo Faure... Il y a tant de choses à dire, sur cette finale dont le rugby rêvait pour sa promotion, qu’on en a fait 16 pages. Les deux meilleures équipes de la saison, les deux plus offensives et spectaculaires. Les deux écuries qui ont sorti le plus grand nombre de jeunes internationaux français, depuis 20 ans, et les deux clubs qui bénéficient du soutien populaire le plus large. Toulouse-Clermont, avouez franchement que ça a de la gueule.

En déroulant ce journal, vous trouverez des duels, qui pourraient être quinze superbes au coup d’envoi et dont nous avons sélectionné quatre emblématiques. Vous trouverez le grand récit de cette finale et le décryptage, par quelques-uns de nos meilleurs techniciens, des points de tension stratégiques. Vous trouverez des histoires d’hommes qui s’évadent et d’autres qui se serrent. L’histoire de leurs performances et de leurs passions. Des histoires de vestiaires et de la concurrence folle qui y préside, souvent cordiale, parfois frustrante.

C’est riche forcément. C’est une finale, et la plus belle qui soit. Pourtant, c’est à un temps plus rare que reviendront ces quelques lignes d’Éditorial. Dans les pages qui suivent, vous en trouverez deux sur celui dont on ne parle jamais, alors qu’il est au centre de tout : l’arbitre. Jérôme Garcès dirigera, samedi, sa troisième finale de Top 14. Avant ça, cette année, il était au sifflet de la finale de Coupe d’Europe. Après ça, cette année, il pourrait être au sifflet de la finale de Coupe du monde. Personne ne fera mieux. Même pas lui, qui arrêtera sa carrière au Japon, en novembre prochain.

Quand l’idée est venue de le solliciter pour une interview, immédiatement, elle fut suivie de cette remarque : « la veille d’une finale, aucune chance qu’il accepte ». L’invitation est tout de même partie. Et Garcès a accepté le jeu de l’entretien long, intime, où l’on parle de souvenirs, de famille, de communication et, forcément, d’arbitrage du rugby. Il répond à tout sans jamais se mettre en avant. Cow-boy, lui ? Pas pour un sou. Sans s’en donner l’air, Garcès transmet surtout son humilité et sa mesure.

Il en faut, remarquez. Qui, d’emblée, postulerait à un métier si passionnant mais dont la pratique se fait sous un flot d’insultes hebdomadaires ? Il faut du calme, de la patience, de la mesure et une sacrée dose d’acceptation.

Reviennent alors ces mots, il y a quatre ans dans un amphithéâtre accroché à flancs de Pyrénées. En stage de pré-saison, les arbitres professionnels assistaient à la conférence de Pierre Dantin, universitaire marseillais brillant, au parcours riche comme trois vies. Et nous assistions, aussi, à cette conférence pour préparer un sujet sur les arbitres. Dantin, dans cet accent de garrigue, leur promettait alors cette provocation : « vous avez fait ce métier pour être détestés. C’est votre rôle, puisque vous serez toujours le coupable de tous. Si vous avez fait ce métier pour être aimés, alors fuyez vite. »

Une fois pour toutes, qu’ils le sachent alors : on aime nos arbitres. Ils ont toujours raison, même quand ils ont tort. On les admire quand ils ont raison et on les comprend quand ils ont tort. Parce que sans eux, le rugby ne serait rien qu’un combat de rue moyenâgeux. Parce que sans eux, le rugby ne serait rien.

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