• Assistant coach Karim Ghezal of Lyon during the Top 14 match between Agen and Lyon at Stade Armandie on April 27, 2019 in Agen, France. (Photo by Manuel Blondeau/Icon Sport)
    Assistant coach Karim Ghezal of Lyon during the Top 14 match between Agen and Lyon at Stade Armandie on April 27, 2019 in Agen, France. (Photo by Manuel Blondeau/Icon Sport) Icon Sport -
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Entretiens

Ghezal : « Hâte de voir le duel Cros-Vahaa dans les mauls »

Quelques jours après la demi-finale perdue face à clermont, l’entraineur des avants rhodaniens passe au crible chaque secteur de cette finale qui s’annonce aussi indécise qu’explosive : mêlée, mauls, touche, jeu au sol et charnière, tout y passe. Suivez le guide.

Quel regard portez-vous sur le jeu d’avants toulousain ?

Karim Ghezal : On parle souvent de leurs trois-quarts et de leur jeu, mais pour les avoir affrontés deux fois cette saison je peux vous dire qu’ils sont très difficiles à jouer devant. J’ai aussi remarqué que l’alignement toulousain prenait beaucoup de risques et n’hésite pas à faire monter deux blocs. La contrepartie, c’est que s’ils n’interceptent pas et que l’adversaire initie un ballon porté, ils ont tendance à se mettre à la faute. Toulouse est l’équipe la plus pénalisée du Top 14 sur les ballons portés avec 30 pénalités contre eux. À titre de comparaison, nous n’en avons pris que 15. Attention, cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas bons en la matière, car ils possèdent l’un des meilleurs défenseurs de ballons portés du championnat, François Cros. Sur sa demie, il récupère deux ballons sur des mauls rochelais. Il est aussi bon en l’air qu’au sol, il sait se faufiler et briser les liaisons entre les adversaires. Si l’on compare, les Toulousains ont initié 120 mauls contre seulement 69 pour les Clermontois. Les Auvergnats ont marqué de cette façon contre Montpellier mais ils ont aussi encaissé des essais sur mauls contre Perpignan, Montpellier, Toulon, le Racing, et nous. Vahaamahina et Timani vont avoir un gros boulot sur ce plan.

Quel type de touche privilégier face à ces deux équipes ?

K.G. : Les touches à cinq, car c’est la meilleure option pour initier des ballons portés contre elles. À six ou sept dans l’alignement, Toulouse et Clermont ont tendance à faire sauter deux blocs. Faire une touche à cinq contraindrait par exemple Clermont à faire sortir Lapandry, qui est un joueur particulièrement pénible et performant en touche et au sol pour garder Timani et Vahaamahina dans l’alignement. Mais dans tous les cas, il faut saluer le boulot effectué par Bernard Goutta et Régis Sonnes dans ce secteur des mauls, car les deux équipes marquent beaucoup sur cette phase.

Diriez-vous que les avants toulousains ont trouvé le bon équilibre entre rudesse et jeu ouvert ?

K.G. : Les joueurs récemment arrivés se sont imprégnés de cette culture, et certains comme Kaino et Arnold l’avaient déjà. Mais en même temps, ces gars-là et Elstadt ont apporté beaucoup d’agressivité au pack toulousain. Kaino est un joueur très rugueux, dur sur l’homme et toujours très serein. Pareil pour Elstadt, qui est le joueur qui plaque le plus souvent en avançant. Sans oublier François Cros, dont on parle moins mais qui est très précieux pour le Stade toulousain.D’ailleurs je l’aurais titularisé pour la demi-finale de Coupe d’Europe.

L’affrontement en mêlée promet d’être dantesque…

K.G. : C’est ça. Les Toulousains ont été très costauds tout au long de la saison, et ont validé leur travail en demie contre la Rochelle. Les remplaçants toulousains ont su garder leur assise en mêlée fermée tout en apportant leur énergie et leur mobilité dans le jeu courant. Et dire qu’ils ont perdu leur capitaine et talonneur numéro un (Julien Marchand, N.D.L.R.)… En face, Clermont est sacrément équipé aussi : l’ASM possède deux premières lignes complètes et de niveau équivalent. Slimani remplacé par Zirakashvili, imaginez…

Le style de jeu toulousain est-il risqué pour une finale ?

K.G. : Ils peuvent de toute façon s’appuyer aussi sur leur défense, qui leur a permis de gagner à la Rochelle par exemple. De l’autre côté, les Clermontois ont beaucoup progressé en conquête : ils ont beaucoup marqué sur des ballons portés, à l’image de leur finale européenne remportée contre la Rochelle où l’on vit des mauls avancer de vingt mètres. Ils se sont pris au jeu et on sent qu’ils se régalent comme ça. J’ai hâte de voir le duel entre Cros et Vahaamahina dans les mauls ! Il y a aussi Iturria et Lapandry, qui couvrent beaucoup de terrain et qui n’hésitent pas à prendre beaucoup de risques en touche en sautant près de leur ligne. On a réussi à marquer après touche contre eux, mais cela s’est joué à trois centimètres…

Les Clermontois brillent par la qualité de leurs lancements en première main…

K.G. : Derrière, ils ont des joueurs de grande qualité qui se connaissent bien comme Toeava, Penaud, Moala… Il faut souligner aussi le travail du staff, qui étudie très bien l’adversaire. En demie face à nous, leurs lancements étaient réalisés dans un timing parfait. Les Clermontois possèdent une plus grande variété de jeu après touche car ils peuvent attaquer au sol ou au large.En finale de Challenge ils ont alterné ballons portés et combinaisons avec Fritz Lee en pivot pour écarter. C’est plus complexe à analyser pour l’adversaire. Les Toulousains ont moins de variété mais sont plus efficaces dans le désordre.

Le jeu au sol va-t-il être déterminant pour les deux équipes, qui ont besoin de libérations rapides ?

K.G. : On l’a vu dans notre demie : dès qu’on a eu du mal sur nos libérations, on l’a payé. Les Clermontois ont des joueurs qui sont toujours à la limite, comme Fritz Lee qui est un élément essentiel. Il est rugueux comme Kaino mais encore plus agressif dans le jeu au sol. Contre nous, il a gratté un ballon très important à dix mètres de sa ligne.

Avez-vous un pronostic ?

K.G. : Au début, je ne voyais pas les Clermontois gagner parce qu’ils n’avaient que six jours pour récupérer de la demie dans laquelle ils ont perdu quelques joueurs. Cela me paraissait court. Et puis j’ai revu la demi-finale de Toulouse et je me dis qu’ils sont prenables. Toute la saison, on s’est dit qu’ils étaient intouchables. Mais quand même… Avant cet essai de Bezy à l’heure de jeu qui les a libérés, ils étaient très embêtés par les Rochelais, à l’image de ces trois ballons perdus en début de deuxième mi-temps. Et Clermont a les arguments pour les pousser dans les derniers retranchements.

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