• Bastareaud en 2015 au Stade de France
    Bastareaud en 2015 au Stade de France Icon Sport / Icon Sport
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Edito

Soyons insolents !

L'édito de Léo Faure... Ce sera donc sans Bastareaud. Qu’on adule ou qu’on n’apprécie guère ses charges de rhinocéros, "Basta" restera un personnage à part dans l’histoire du rugby français. Un de ses joueurs les plus clivants, médiatique et pourtant mystérieux, réclamé sans jamais être installé, regretté quand il n’était pas là, décrié quand il était là. Est-ce que Bastareaud pouvait faire jouer autour de lui ou, en retournant le prisme, est-ce que les autres auraient pu bénéficier de ses secousses de buffle pour s’ouvrir des espaces ? La question, qui a animé les techniciens pendant dix ans, ne se posera plus. Comme annoncé dès dimanche soir, Bastareaud ne verra pas le Japon. Trois jours plus tard, il sifflait même la fin de sa carrière internationale.

Ni victimes ni coupables, "Basta" comme Morgan Parra, dont le sort était acté depuis le Tournoi et qu’importe sa blessure, ont seulement pris plein fer une triste logique : ce XV de France ne gagne plus et depuis trop longtemps. Il se retrouvera dans les prochains jours, pour commencer sa préparation à Marcoussis, en partant d’une nouvelle page blanche. Et trois mois seulement pour se présenter compétitif au Japon.

Le parti pris d’une équipe plus légère et moins expérimentée pour relever ce défi d’urgence est-il le bon ? Il a au moins le mérite d’exister, et d’ouvrir une voie d’espoir là où les Bleus semblent pour l’instant dans une impasse. À une condition : pour que cela vaille, pour que l’effet osé ait une influence sur nos lendemains, il faut aller au bout de la logique. Faire démarrer ces mômes, quitte à y voir un risque. Construire autour de leur fraîcheur et de leur insouciance. Avec Poirot, Bamba et Lambey dans le cinq de devant. Avec Alldritt en 8 entouré d’Iturria et Cros. Avec Dupont et Ntamack à la charnière, Fickou au centre, Penaud à l’aile et Ramos à l’arrière.

Pris un par un, ils ne sont peut-être pas les plus complémentaires ou les plus rompus aux joutes mondiales. Il leur manquera forcément quelques kilos et un esprit tactique aguerri. Ce qui semble une gageure peut justement être leur force. À condition que leur management leur laisse cet espace de respiration. Au Japon, ces gamins français n’auront rien à perdre et devront se comporter comme tel. Oser une relance qui ne s’impose pas, jouer quand il faudrait taper, ouvrir quand il faudrait fermer. Leur histoire ne sera belle que si elle se nourrit de cette spontanéité.

Et tant pis un Mondial répond habituellement à d’autres schémas — ceux de l’expérience et de la justesse tactique. Tant pis si on n’a jamais vu une équipe de mômes insolents devenir championne du monde. Que nos Bleuets tout juste Bleus partent l’esprit léger : on n’a jamais vu, non plus, une équipe huitième au classement World Rugby s’asseoir subitement sur le toit du monde. C’est pourtant le défi qui les attend. Alors, définitivement, il n’y a plus rien à perdre. Et tout à oser.

Léo FAURE
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