• Vainqueurs du Rugby Championship 2019, les Boks font office de favoris pour le Mondial au Japon
    Vainqueurs du Rugby Championship 2019, les Boks font office de favoris pour le Mondial au Japon Dave Lintott / Icon Sport - Dave Lintott / Icon Sport
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Edito

Les Boks, eux, ne bluffent pas

L'édito d'Emmanuel Massicard... Que n’a-t-on pas dit ou écrit à propos des sélectionneurs français, coupables selon les époques d’avoir vendangé un Tournoi des 6 Nations au profit de la Coupe du monde. Philippe Saint-André et Marc Lièvremont, par exemple, s’y sont brûlé les ailes. PSA a même payé cher sa franchise : « Le mandat d’un sélectionneur est jugé à l’aune de la Coupe du monde. » En s’accrochant aux branches pour réinventer l’histoire du rugby français, il s’est salement vautré. Pan sur le bec et retour à l’envoyeur, qui porte encore sur ses épaules le poids du Mondial 2015 totalement raté.

Lièvremont, lui, a flirté avec la consécration mondiale après avoir estimé le Tournoi à un vulgaire rendez-vous de deuxième division… Sa vérité pose une drôle de part d’ombre sur le grand chelem de ses troupes, en 2010 ; et elle interpelle sur son juste prix même si ce titre reste le dernier fait d’armes du XV de France qui se démène pour exister sur la scène mondiale sans référence et avec si peu de repères à ce jour.

Que n’a-t-on pas dit des sélectionneurs français et, pourtant, soyons honnêtes : ils ne sont pas les seuls à « snober » une compétition internationale pour mieux préparer la Coupe du monde. Les All Blacks, si souvent cités en exemple pour leur régularité dans la performance et pour leur professionnalisme, ont traversé le Rugby Championship 2019 sans jamais entrer véritablement dans la compétition. Résultat, ils terminent à une troisième place peu glorieuse, ne dévoilant rien de leurs atouts et laissant apparaître quelques failles inquiétantes.

En fait, tout s’est passé comme si les doubles champions du monde en titre cherchaient à cacher leur jeu aux yeux de leurs concurrents directs. Comme s’ils profitaient de la compétition phare de l’hémisphère Sud pour effectuer une ultime revue d’effectif. On ne fait pas mieux pour brouiller les pistes mais difficile d’y voir clair en l’état : certains hurleront au génie si les Blacks réalisent le triplé, eux qui nous avaient déjà fait le coup de la panne en 2011 et 2015 ; d’autres y auront vu les prémices de l’échec annoncé si les hommes de Steve Hansen échouent au Japon.

Permettez-nous d’attendre les prochains matchs, face à l’Australie (Bledisloe Cup) avant de juger ces Blacks. Et de savoir s’ils sont effectivement dans le dur ou s’ils bluffent une énième fois, au risque de ridiculiser l’ensemble de leurs adversaires et plus encore ceux qui auront tout sacrifié pour le trophée Webb-Ellis. En vain…

À un mois et demi du Mondial, et à tout juste une semaine du premier galop d’essai tricolore (samedi prochain à Nice contre l’Écosse), la performance de l’été est à mettre au crédit de l’Afrique du Sud qui remporte son premier Rugby Championship après un ultime succès glané en Argentine. Même si les Blacks n’ont pas tout montré, les Springboks, eux, ont prouvé qu’il faudrait compter avec eux lors de la Coupe du monde japonaise.

Et dire qu’il y a deux ans, ces mêmes Sud-Af’ apparaissaient largués, battus d’avance et tellement loin des meilleurs que nos Bleus étaient persuadés de réaliser un triplé victorieux lors de leur tournée d’été 2017. Au lieu de quoi ils ont encaissé trois cinglantes défaites, avant de rentrer au pays les fesses rouges et la morgue au nez.

Depuis ? Les Boks ont confirmé leurs promesses, accrochés aux principes d’un rugby revisité sans jamais rien renier des racines du jeu sud-africain. Depuis ? Les Bleus se cherchent encore et les Blacks, eux, mènent la danse…

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