Yoshida n’a pas oublié Colomiers

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Nous avons retrouvé, le temps d’un match visionné au club France de Tokyo, le premier rugbyman japonais qui a évolué dans un club professionnel français. depuis son passage à Colomiers en 2000, il est devenu une star de la télévision nipponne.

De là où l’on se trouve, on se demande si les supporters columérins se souviennent de lui. Mais lui, en tout cas, il ne les a pas oubliés. "Lui", c’est Yoshihito Yoshida, l’ancien ailier international du Japon aux 31 sélections et aux 97 points marqués entre 1988 et 1997 qui a fait un bref mais mémorable crochet par la France. Un pays à part qu’il suit toujours d’ailleurs puisqu’on l’a rencontré dans les salons du Club France, dans le quartier d’affaires de Nihombashi en plein cœur de Tokyo où il était venu avec son épouse et son fils pour visionner France — USA : "Depuis tout petit, je rêvais de jouer en France. J’étais absolument fan du jeu à la française", nous confiait l’intéressé des étoiles plein les yeux en marge du match. Une fois sa carrière internationale terminée, Yoshida a donc cherché à réaliser son rêve. Avec plus de 30 sélections et quelques superbes essais inscrits à actif (contre l’Écosse en 1989, l’Irlande en 1991 ou contre les All Blacks en 1992 avec la sélection mondiale), l’ailier de poche possède de sérieux arguments, mais pas de réseau : "À l’époque, le rugby était exclusivement amateur au Japon. J’ai eu envie de découvrir le monde professionnel. J’ai fait la connaissance de Robert Verdier, un Français installé au Japon qui a sollicité ses contacts en France. Olivier Nier m’a aussi beaucoup aidé à mon arrivée. Et c’est ainsi que je suis arrivé à Colomiers en 2000. C’était à l’époque de la grande guerre avec Toulouse. Les clubs avaient un niveau comparable, et possédaient chacun de grands joueurs. Cette adversité me fascinait. Je me suis retrouvé au milieu de Fabien Galthié, Jean-Luc Sadourny, Francis Ntamack, Marc Dal Maso… Je n’arrivais pas à y croire."

Malgré son passé international, il avoue volontiers que le choc avec le niveau français, déjà professionnel à l’époque, fut rude : "J’ai dû énormément progresser sur le mental. Il y avait tellement de différence entre le niveau amateur japonais et les pros en France qu’il a fallu que je sois très solide mentalement." Il n’aura finalement disputé qu’un match avec l’équipe fanion, mais contre un club de légende. "Biarritz !" s’exclame-t-il en levant les bras au ciel au milieu du Club France.

Pourquoi il a appelé son chien "Petipa"

Son plus grand regret ? Ne pas avoir marqué d’essai en France : "J’aurais aimé pourtant ! Les défenseurs français étaient très bons. Dans les tribunes, je n’avais jamais vu une telle passion pour le rugby. Les gens étaient comme possédés au stade, ils hurlaient tout le temps, c’était génial. Et le rugby français était très amusant." Il sortit toutefois grandi de ce voyage : à son retour, il devint le premier joueur professionnel au Japon.

Aujourd’hui, Yoshida est devenu président de la Japan Sport Education Academy, et fait partie des comités d’organisation de la Coupe du monde et des prochains jeux Olympiques. On le voit aussi très souvent en tant que consultant rugby dans les émissions sportives. Il a toutefois ramené un petit morceau de France au Japon : il a appelé son chien "Petipa". Vous trouvez que cela ne sonne pas japonais ? Vous avez raison : "Quand j’ai joué à Colomiers, c’est Serge Milhas qui entraînait les avants. Depuis mon aile, je le voyais toujours se précipiter sur les avants dès que ceux-ci faisaient un maul après une touche en leur hurlant : "Petits pas ! Petits pas ! Petits pas !" Et il les promenait comme ça pendant des dizaines de mètres, comme s’il promenait un animal de compagnie. Alors à mon retour, j’ai décidé d’appeler mon chien "Petipa"."

VALZER Simon
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