Le chant des Coqs

  • Yoann Huget, Romain Ntamack et Maxime Médard, les 3 toulousains seront alignés ce dimanche contre les Gallois pour un quart qui s'annonce dantesque
    Yoann Huget, Romain Ntamack et Maxime Médard, les 3 toulousains seront alignés ce dimanche contre les Gallois pour un quart qui s'annonce dantesque Icon Sport / Icon Sport / Icon Sport
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À Oita, le XV de France aborde le match le plus important de son histoire contemporaine avec une sérénité somme toute surprenante, si l’on tient compte de ses derniers résultats face aux Gallois...

Convenez que tout ceci est ridicule. Après trois matchs, dont deux bouses face aux Etats-Unis et au Tonga, on en serait vraiment arrivé à considérer le pays de Galles comme un adversaire "abordable" ? Mais de quel droit, nom de Dieu ? Et d’où est donc venue l’idée folle et pourtant très répandue en France (chez les joueurs, les entraîneurs, les supporters ou les journalistes) que les Gallois, plutôt conquérants depuis deux ans, seraient tout à coup devenus inoffensifs ? Parle-t-on ici d’Aurillac, de Pouyastruc ou Bédarrides ? En tout état de cause, la sélection nationale a affronté huit fois le XV du Poireau depuis 2011 et s’est inclinée à sept reprises face aux coéquipiers d’Alun-Wyn Jones. Et si le dernier France-Galles (perdu sur le gong de façon stupide après que George North eut intercepté une brique de Sébastien Vahaamahina) peut laisser penser que l’écart entre les deux nations n’est pas gigantesque, la minuscule Principauté est aujourd’hui clairement supérieure aux Bleus de France, talonne les All Blacks au classement mondial et assoit sa réussite contemporaine sur le système défensif le plus abouti de la planète. Depuis Beppu, ce petit village de pêcheurs où il a cette semaine posé son imposant séant, Warren Gatland a bien du se gondoler en nous voyant, tous autant que nous sommes, jouer du col et décréter, en guenilles sur un champ de pierres, que le pays de Galles était probablement le meilleur des tirages en quarts de finale.

Il en va donc de ce XV de France comme il en était de ses prédécesseurs. Passé trois victoires poussives face à des Pumas lessivés, des Eagles bien médiocres et des Tongiens grassouillets, les Bleus bombent le torse et canardent tous ceux -consultants, journalistes ou supporters- qui les avaient plus ou moins justement massacrés il y a six mois. "On n’a peur de personne", disait Grégory Alldritt la semaine dernière. "Personne ne croyait en nous", ajoutait Damian Penaud au même moment. C’est de bonne guerre, après tout. Mais ce bel élan de gloriole est à ce point français qu’il nous ramène malgré nous en Angleterre, quatre ans plus tôt, à l’époque où le "Goret" Saint-André restait sur cinq victoires consécutives (Écosse, Angleterre, Italie, Roumanie, Canada) et s’en félicitait face à la presse, avant de prendre les branlées que l’on connaît (Irlande et Nouvelle-Zélande) comme autant de portes dans la gueule, passez-nous l’expression…

La comedia dell’arte

D’expérience, on sait donc que l’équilibre de cette équipe de France à la mêlée en charpie (78 % de réussite sur ses propres introductions, le plus bas ratio du Mondial) est bien plus fragile qu’il n’y paraît, bien plus friable que tous les discours de façade ou les postures des uns et des autres veulent bien le dire. À ce titre, les révélations du Midol sur le mal-être de Guilhem Guirado n’ont fait que mettre en lumière les difficultés d’une cohabitation longue de quatre mois et qui n’aura fait que creuser le fossé entre le capitaine tricolore et Fabien Galthié. Ici, on ne sait pas vraiment si "l’adjoint comme les autres" souhaite à présent faire payer à Guirado leur funeste collaboration toulonnaise ou si Galthié, comme quelques-uns de ses compatriotes, estime simplement que Camille Chat a aujourd’hui un Guirado dans chaque jambe. C’est son droit, après tout. Mais vous conviendrez avec nous que dans ce cas, laisser le brassard de capitaine à Guirado était une attitude irresponsable au moment de quitter Paris, tant cette bombe à retardement accoucherait tôt ou tard d’un mélodrame au sein du groupe France, d’une fracture irréparable entre un staff solidaire et un leader soutenu contre vents et marées par ses coéquipiers. Globalement, ce premier soubresaut sentimental confirme donc ce que l’on savait déjà de Fabien Galthié, à savoir qu’il est un foutu technicien (quoi qu’on en pense, les progrès du XV de France sont réels depuis deux mois) mais que son rapport à l’autre nourrira toujours légendes et fantasmes, dans le milieu. Quant au sujet Guirado, il est à ce point sensible qu’il nous fût même récemment soumis un étrange pacte avec le diable, au moment où un membre du staff tricolore proposa aux envoyés spéciaux du Midol une interview du capitaine avant qu’elle soit relue et validée, une bafouille visiblement téléguidée ayant pour but d’atténuer la vérité brute des relations entre le capitaine et le staff, et, par ricochets, de prendre nos lecteurs pour des moules à gaufres. A-t-on mal interprété ? Pendant ce temps, les Gallois observent la comedia dell’arte tricolore avec circonspection, sachant pertinemment qu’un tel foutoir peut accoucher, chez nous, des plus beaux exploits.

Ian McGeechan : "Chez les Français, c’est la pagaille"

En réalité, tout porte même à croire que ce joyeux capharnaüm (affaire Ramos, dossier Guirado…) rend les barbouzes de Jacques Brunel bien plus dangereux qu’on aurait pu le penser en début de compétition, alors qu’on louait la petite vie tranquille d’une famille assagie. Et lorsque Ian McGeechan, l’ancien Supremo des Lions britanniques et irlandais, en rajoute une couche pour sabrer les Bleus, on en vient même à se persuader que le XV de France, si mal à l’aise dans le confort ouaté des louanges, a bel et bien un coup à jouer samedi : "Ce quart de finale est le moins incertain de tous, écrivait donc l’Ecossais dans le Daily Telegraph. Le pays de Galles mène un train d’enfer depuis le début de la compétition et s’assoit sur le meilleur système défensif au monde. Chez les Français ? C’est la pagaille. Cette équipe ne sait pas encore si elle doit user de la force ou revenir au french flair." Vous n’avez certainement pas tout à fait tort, Sir Ian. Néanmoins, vous ne nous empêcherez pas de penser qu’à l’automne 2019, au moment où il s’avance aux côtés des sept meilleures équipes de la planète, ce XV de France en guenilles laissera ses tripes pour vous faire taire et, dans le meilleur des cas, effacer sept ans d’infamie. Come on, guys !*

* Allez, les gars !

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