En pensant à Guilhem...

  • Guilhem Guirado
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L'édito d'Emmanuel Massicard... C’est donc raté. L’équipe de France n’ira pas en demi-finale. Elle bloque en quarts, comme en 2015. Et demeure la seule des cinq nations majeures de ce jeu à n’avoir jamais remporté la Coupe du monde depuis sa création, en 1987. C’est dur. Cruel. Mais, avouons-le tellement fidèle à la réalité sportive…

Si les hommes de Guilhem Guirado auraient largement mérité de l’emporter face aux Gallois, s’ils étaient meilleurs -sur ce match- que les vainqueurs du Grand Chelem 2019, cette élimination n’est hélas que le reflet d’une implacable réalité pour le rugby français, au plus bas depuis deux ans. Tellement peu habitué à gagner qu’il ne parvient à maîtriser ses émotions jusqu’au bout et, surtout, qui finit par laisser filer un match qui lui tendait les bras.

C’est une drôle d’habitude, vous en conviendrez. Une spécialité française et la preuve d’un savoir-faire qui n’est pas totalement maîtrisé, du moins pas assez pour affirmer la légitimité de notre présence dans le dernier carré du Mondial. Non, les Bleus ne sont pas encore dignes des meilleurs, à la hauteur des Anglais, Blacks ou Sud-Africains, qui se sont tous préparés au long cours. Tout juste s’en sont-ils rapprochés depuis quatre mois, en retrouvant le sens de leur rugby. Mais, faute de temps, ils ne sont pas parvenus à tout contrôler et ont prématurément touché leurs limites.

Car cette foutue défaite ne saurait être résumée par la seule expulsion de Sébastien Vahaamahina, l’unique coup du sort. Aussi stupide soit-il, le geste du deuxième ligne n’est qu’une "péripétie" parmi tant d’autres. Un des faits de match qui ont mené les Bleus à la défaite (souvenez-vous de la pénalité non tentée quelques minutes avant, le drop dans un fauteuil oublié par Lopez, le coaching approximatif, l’absence de patron après la sortie de Guirado et enfin la mêlée du match poussée à sept joueurs seulement, etc.). C’est enfin un témoin supplémentaire du manque de maturité de ce groupe bercé par des airs de rap et dressé sur ses ergots à grands coups de "Je s’appelle Groot".

On fait évidemment mieux en termes de manifeste à l’instant de partir au feu. Sur le pré les révoltés du "Toka" se sont heurtés à cette triste réalité : malgré l’indéniable talent de ses pépites, le XV de France manquait de ressources sur le banc de touche pour rivaliser jusqu’au bout avec les Gallois.

C’est assez, disons-le, pour relativiser la légitime déception des Bleus qui garderont le regret de n’avoir pas su saisir la formidable opportunité du jour, contrairement aux générations 1999, 2007 ou 2011 sorties du néant à l’heure de la phase finale. Ceux du Japon en sont restés au stade des promesses et la génération Picamoles quitte la scène internationale avec un bilan largement déficitaire. Il faudra comprendre pourquoi, avant de tirer les leçons d’un tel gâchis.

Pourtant, aussi paradoxal que cela puisse paraître un soir d’élimination, le rugby français n’a pas tout perdu avec ce quart de finale. Cette fois, il ne pourra pas balayer du revers de la main toutes les insuffisances qui nous ont handicapés ces dernières années et qui nous laissent encore loin des meilleurs en termes de préparation physique, d’expérience des matchs à très haute intensité, de maîtrise collective et d’exigence individuelle. Il n’y a pas de hasard, le jeu tricolore qui s’est exprimé en mode du courant alternatif pendant toute la Coupe du monde témoigne parfaitement de telles carences.

Surtout, ce drôle de XV de France porte en lui nos légitimes raisons de croire en l’avenir. Avec cette jeune génération dorée qui prendra les commandes dès le prochain Tournoi autour de Dupont, Ntamack, Alldritt, Penaud, Fickou, Ollivon et autres Lambey, Bamba, Cros ou Marchand, Fabien Galthié aura de quoi nourrir l’ambition d’être champion du monde en 2023. Il s’agira là de son nouveau défi, après avoir offert une sortie honorable à Jacques Brunel… Dès demain, il devra assumer tout cet héritage.

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