Lynchage inique

  • Sébastien Vahaamahina (France) sort après avoir reçu un carton rouge contre le Pays de Galles en quart de finale de Coupe du monde
    Sébastien Vahaamahina (France) sort après avoir reçu un carton rouge contre le Pays de Galles en quart de finale de Coupe du monde Actionplus / Icon Sport / Actionplus / Icon Sport / Actionplus / Icon Sport
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L'édito de Léo Faure... Il n’y aura jamais de débat autour du geste de Sébastien Vahaamahina. Il est violent, gratuit et en plein visage : carton rouge. Il est inexplicable et inutile, franchement, à un moment où les Bleus dominaient et, si proches de la ligne galloise, avaient une occasion en or d’assassiner ce match. Il est lourd de répercussions, bien sûr : si on connut des scénarios de victoire à 14 contre 15 (souvenez-vous, Racing — Toulon en finale 2016…), se mettre dans une telle difficulté en quart de finale de Coupe du monde ne peut pas rester sans conséquences. Le débat est clos. Vahaamahina est fautif.

C’est plutôt l’odeur nauséabonde du lynchage qui suivit qui fait mal à l’image de sport. Coupable, malheureux jusqu’au plus profond de son être, Vahaamahina paye triple peine.

Une peine sportive, bien sûr, quand son exclusion influe directement sur l’élimination des Bleus en Coupe du monde et que le Clermontois, qui passait ce jeudi en commission de discipline, pourrait franchement "charger" et impacter toute sa saison.

Une peine humaine, ensuite. Lundi matin, aux coéquipiers qu’il croisait dans le hall de l’hôtel des Bleus quittant le Japon, il demandait à chacun, tête basse, osant à peine les regarder : "Tu m’en veux, toi ?" Le Clermontois mettra un peu de temps à supporter le regard de ses coéquipiers. Il mettra beaucoup de temps, avec ceux qui n’hésiteront pas à lui exprimer de la défiance. Il y en aura, ne soyons pas dupes : la belle unanimité des Bleus au soutien de "Vahaa" ne durera pas. Demain, quelques (mauvaises) langues se délieront sur son dos. Camille Chat a déjà mis un premier coup de piolet dans la glace.

La troisième peine est certainement la plus gênante. Elle est populaire et franchement facile, proche du dégueulasse. Depuis dimanche, Vahaamahina est la cible d’un flot putride d’insultes. Où ça ? Sur les réseaux sociaux, pardi. Pas fous, les justiciers 2.0 se couvrent d’anonymat, quand ils seraient bien embarrassés d’aller traiter en face-à-face le mastodonte îlien "d’ordure". Oui, on a lu des choses comme ça. Mais ces gens-là, cachés, risquent bien moins qu’Aaron Wainwright, dont on se demande encore comment la tête est restée accrochée à son cou tant le coup fut violent.

Ces inepties ne sont pas le seul fait des anonymes de la grande toile. Depuis dimanche, des consultants, des anciens joueurs, des journalistes qualifient "d’impardonnable" ou "d’indéfendable" le geste de Vahaamahina. Pour information, la justice française accorde à tous le droit à la défense et, refusant la perpétuité réelle, elle donne dans ce pays une seconde chance aux plus abominables des criminels. Vahaamahina, qui n’aurait donc droit ni à la défense, ni au pardon, serait alors pire que ces gens ? Attention aux mots, ils pèsent lourd.

À des qualifications exactement similaires, pour son coup de pied à un supporter, Éric Cantona avait répondu, en direct TV en 1995 : "Les gens qui ont dit ça de moi, je leur pisse au cul !" Nous lui laisserons le choix des mots et de la plume. De notre côté, on se contentera d’affirmer que le Clermontois a commis un geste répréhensible et justement sanctionné. Sur le fil d’une agressivité qu’on lui a si souvent vantée, il a basculé du mauvais côté. Mais qu’il se rassure : s’il n’a pas celui des imbéciles, il aura droit à notre pardon.

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