Serin : « Le destin m’envoyait à Toulon »

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Arrivé à Toulon le jour de la finale de la Coupe du monde, Baptiste Serin (25 ans, 33 sélections) apprend à découvrir son nouveau club. Son départ de l’UBB, le mondial et ses objectifs avec le RCT, le demi de mêlée s’est longuement confié à Midi Olympique.

Baptiste, avant de démarrer, comment allez-vous ?

J’étais impatient d’arriver. On a vécu une fin de Coupe du monde compliquée, voire triste, et il nous tardait de retrouver notre club. Moi je savais que j’allais découvrir une nouvelle équipe, de nouveaux coéquipiers, donc j’étais encore plus pressé. Je suis excité d’être à Toulon.

La Coupe du monde est-elle définitivement derrière vous ?

Honnêtement, j’y pensais encore récemment. Tant que tu n’as pas retrouvé l’entraînement, rejoué, c’est difficile de l’oublier (entretien réalisé le 11 novembre, N.D.L.R.). J’ai ruminé sans cesse pendant deux semaines, parce que c’était tellement frustrant de finir comme ça.

À un point, en jouant plus de 20 minutes en infériorité numérique ?

Exactement… Si nous avions été surclassés par le pays de Galles, on se dirait "O.-K., on n’était pas invités". Mais là je pense qu’on méritait la victoire. En toute humilité, on les a surclassés. Même à 14 contre 15, c’était jouable. Et c’est d’autant plus frustrant quand tu vois la demi-finale contre l’Afrique du Sud. Stratégiquement je pense que les Gallois se sont trompés. J’aurais aimé voir ce qu’on valait face à une équipe comme les Springboks. Je pense qu’on aurait joué très différemment… Puis se dire que des mecs qui ont mangé le pain noir de cette génération pendant quatre ans arrêtaient sur ce match, ça attriste. Ils méritaient de voir le XV de France s’installer parmi les quatre meilleures nations du monde.

Que garderez-vous de ce Mondial ?

On a passé quatre mois ensemble, fait des stages, des soirées, et c’est ce qui nous a permis de resserrer les liens. On a également appris à découvrir le staff. Tu parles de tout, les langues se délient, et ça restera des moments inoubliables. D’ailleurs je vous promets que la première semaine post-Mondial, même si j’ai retrouvé ma famille, il y a certains moments où j’étais blasé, et je me disais "wahou, c’était tellement énorme". J’ai créé des liens avec les mecs, je ne l’oublierai jamais. C’était fantastique, même si ç’aurait mérité une meilleure fin.

Avez-vous eu quelques jours de vacances avant de rallier Toulon ?

Oui, je suis allé voir mes parents à Parentis, dans les Landes. J’ai également fait beaucoup de cartons pour mon déménagement (rires), et un peu de golf avec Alex Roumat, Lucas Meret, mes potes de Bègles, pour leur faire un petit au revoir avant de partir. J’ai rejoint Toulon en suivant. J’ai regardé la finale de la Coupe du monde avec le groupe, c’était sympa.

Comment se sont passés vos premiers jours toulonnais ?

À Bordeaux, je vivais en plein centre-ville et j’étais habitué à voir énormément de monde. Là je suis plus excentré, c’est différent, mais tout aussi agréable. La région est magnifique.

Connaissiez-vous le Var avant de vous engager au RCT ?

Pas précisément, mais je venais tous les ans en vacances dans le Sud-Est avec mes parents. Pour l’anecdote, j’étais à Mayol pour le premier match officiel de présidence de Mourad Boudjellal. C’était en Pro D2, contre Mont-de-Marsan (2 septembre 2006). Nous étions avec mes parents et mon meilleur pote. Sur le retour, on s’était arrêtés à Mayol.

Vous étiez pour Mont-de-Marsan, à l’époque ?

Mon père a joué à Dax, j’ai alors toujours été plutôt "cul rouge" (sourire). Donc non, pour moi c’était surtout l’occasion de voir Toulon et je peux même vous dire que j’avais le maillot du RCT sur les épaules ! J’ai souvenir d’une ambiance dingue. Puis il y avait eu une petite bagarre, ça avait chauffé tout le monde dans le public (rires).

Revenons-en à votre actualité. Après dix saisons passées à Bordeaux, vous rejoignez le RCT.

Je suis vraiment excité. Il me tardait de rencontrer tout le monde, de retrouver le terrain. J’étais toujours sur la frustration de la Coupe du monde et arriver dans un nouveau club, ça aide à avancer. À mon arrivée, j’ai reçu un bel accueil. Je suis en train de m’imprégner du plan de jeu, des annonces.

Comment appréhendez-vous le fameux "contexte toulonnais" ?

Honnêtement, je le laisse de côté. Ce que je veux, c’est créer des liens avec mes coéquipiers, apporter mes compétences au groupe. L’appellation "tout est différent" ne me rend pas bon ou mauvais sur le terrain. En revanche j’aime bien jouer dans des stades bouillants, alors Mayol… Mais pour l’instant j’essaye de faire abstraction de l’ambiance qui règne autour du club.

En fin de contrat avec Bordeaux, vous étiez extrêmement sollicité. Pourquoi avoir choisi Toulon ?

Pour Mourad (Boudjellal) et Patrice (Collazo). Tout simplement. Ils m’ont convaincu. Parfois, une nouvelle direction t’appelle, te propose un poste et tu sens que c’est fait pour toi. C’était aussi le moment pour moi de partir de Bordeaux. De sortir de mon confort. J’avais la possibilité de prolonger, mais je voulais voir autre chose. C’était mon choix. J’y ai réfléchi plusieurs mois… Le discours du RCT a fini de me convaincre. Il y a un projet à court, moyen et long terme. Du solide, avec un nouveau centre d’entraînement notamment. Puis il y a des joueurs redoutables. À nous de faire en sorte que la mayonnaise prenne.

Aviez-vous le sentiment de tourner en rond à l’UBB ?

Pas de tourner en rond, mais quand tu passes cinq ans avec le groupe pro sans voir évoluer les objectifs… Au début, on avait une équipe pour jouer le maintien. Ensuite, on se rapprochait du top 6, sans ne jamais l’atteindre. Donc j’avais besoin de me mettre en danger, d’aller chercher un nouveau challenge. Lors des trois dernières saisons, on a changé trois fois de coach. Il n’y avait pas de stabilité et j’en avais besoin. Je ne me sentais pas de prolonger l’aventure. C’était le moment de partir. La dernière saison a été un échec à mon goût. On avait la qualité pour finir dans les six, et finalement au bout de quatre mois on change de coach. Il y a eu trop de mouvements, de blessés et la saison était extrêmement frustrante. C’était le moment pour moi de quitter le navire.

Que garderez-vous de vos dix années bordelaises ?

Je viens de Parentis, une ville de 5 000 habitants, et quand j’ai signé à Bordeaux, je ne connaissais personne. J’étais jeune, j’avais énormément d’appréhension. Partir, quitter mes potes d’enfance… Je leur ai dit "je pars un an à Bordeaux pour le rugby, si ça ne marche pas je reviens". Finalement ça l’a fait (rires). Mais c’est vrai qu’à l’UBB je suis devenu un adulte et j’ai rencontré des potes pour la vie. Et pouvoir jouer en pro avec mon club formateur, c’était un rêve. Ça restera toujours en moi. Puis j’ai côtoyé des légendes du club…

À qui pensez-vous ?

Juju Rey, Félix Le Bouhris, Olei Avei… Et surtout Heini Adams. Il fait partie des mecs qui ont déclenché ma carrière. C’était le papa du club, il m’a beaucoup conseillé et m’a permis de découvrir son monde, son fonctionnement et j’ai essayé de suivre ses traces. Mon objectif, quand j’ai démarré, c’était d’être aussi performant et fluide que lui, sans perdre mes mecs. C’était dur (sourire). J’avais 18 ans, lui presque la trentaine, et j’avais besoin de lui. Ici, à Toulon, il y a Parisse, Messam, Savea, qui ont connu le top niveau, et je pense que ce sont des joueurs sur lesquels nous, les jeunes, devons nous appuyer.

Désormais bien loin de Bordeaux : Toulon. Que représente le RCT à vos yeux ?

Depuis tout petit, je regarde les matchs du RCT. Puis j’étais un fan immense de Jonny Wilkinson. À l’époque, j’étais proche de jouer en première avec l’UBB, et je me disais : "pu**** si j’arrive à jouer contre Toulon et qu’il y a Wilkinson…"

Et finalement ?

Je ne l’ai jamais rencontré, j’étais fou ! J’ai beaucoup joué l’année où Bordeaux gagne 41 à 0 contre le RCT (2012-2013), mais je venais de partir avec les moins de 20 ans. Une autre fois il était hors groupe. C’est une succession de rendez-vous manqués. Mais c’est un club que j’ai toujours suivi. Et quand ils faisaient des épopées, notamment européennes, c’était incroyable. De vous à moi, en finale j’étais toujours pour Toulon (sourire).

Vous étiez déjà proche de signer, à l’été 2017…

En effet, mais je m’étais rétracté, par honnêteté envers Laurent Marti. J’ai préféré rester jusqu’à la fin de mon contrat. Et quand ce jour est arrivé, je sentais que mon histoire devait s’écrire à un moment ou un autre avec le RCT… À ma signature, j’ai dit à Laurent Emmanuelli que je pensais que le destin m’envoyait à Toulon. Il y a le contexte, le club, son histoire magnifique, mais maintenant je suis venu ici pour en écrire une nouvelle. Ce groupe veut accomplir de grandes choses, et c’est pour ça que j’ai rejoint Toulon.

Où vous serez en concurrence avec Rhys Webb.

Si j’ai signé à Toulon, c’est également pour me challenger. J’ai toujours aimé fonctionner avec de la concurrence et ici, il y a Rhys. Être au contact d’un joueur comme lui, ça fait grandir. Il fait partie du gratin mondial. Le côtoyer, m’entraîner à ses côtés et échanger, ça ne pourra que me faire grandir. D’ailleurs ç’a été l’un des premiers à venir vers moi. Il m’a parlé du plan de jeu, des attentes autour du numéro 9, et j’ai beaucoup apprécié sa démarche.

À Bordeaux comme en sélection, vous avez toujours fait partie des leaders. Aspirez-vous à retrouver ce rôle à Toulon ?

Ce n’est pas quelque chose que l’on décide. Mais c’est drôle, il y a deux-trois mecs qui sont venus me voir pour me dire "on m’a dit que t’avais du caractère, que tu étais un peu "grinch" (grincheux)", alors j’ai répondu que c’était mon surnom à Bordeaux. Pour l’instant j’essaye de le masquer (rires). Mais c’est vrai que quand quelque chose m’embête je le dis. J’essaye de faire en sorte que ce soit toujours à bon escient. Pas gueuler pour gueuler. J’aime être dans la parole constante, l’échange et c’est comme ça que j’ai toujours fonctionné. Alors, je ne sais pas si je serai un "leader", mais quand tu l’as été un jour, tu aspires à le redevenir. Mais à Toulon, j’ai tout à prouver, tout à faire. Je ne veux pas arriver et que les gars se disent "ouais, il a été en équipe de France et patati". Moi j’arrive comme quand j’avais 18 ans à Bordeaux, et j’ai tout à faire. Je suis nouveau et je n’ai pas de nom.

Pierrick Ilic-Ruffinatti
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