• Paul Goze, président de la LNR.
    Paul Goze, président de la LNR. Icon sport / Icon sport
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Edito

Gagnant-gagnant, vraiment ?

L'édito d'Emmanuel Massicard... Jusqu’ici tout allait bien. Ou presque… Jusqu’à mercredi, le rugby français promenait sa bonne humeur sur le très large front de l’actualité tricolore. Depuis la Coupe du monde, il était question d’union sacrée entre les clubs et le staff de Galthié, de promesses partagées autour d’un avenir commun. La divine idylle n’a pas duré. Depuis mercredi, la Ligue et la Fédé sont à nouveau dressés sur leurs ergots. Comme si nous avions besoin de ça, franchement… En cause, le nombre de joueurs mobilisés par les Bleus à chaque rassemblement. 31 hier, 42 demain selon la volonté de Fabien Galthié que s’est empressé d’entériner Raphaël Ibanez ce fameux mercredi, en annonçant la première liste pour le 8 janvier… avec 42 joueurs ! N’allez pas croire que l’ancien talonneur devenu manager a pris ses rêves pour une réalité.

Tout juste a-t-il omis l’emploi du conditionnel, alors que rien n’était encore officiel. Sans doute a-til cru, également, que l’intérêt et le bon sens sportifs feraient tomber les ultimes barrières, qu’elles soient politiques ou financières. Le retour du bâton n’a pas tardé. Et Paul Goze, le président de la Ligue, est sorti de sa réserve pour rappeler que rien n’était acté malgré les bonnes volontés communes. Comme souvent, il s’agit d’une affaire de sous. En clair, les clubs pros, qui mettent déjà lourdement la main au portefeuille pour aider les Bleus (53 millions d’euros sur quatre ans), attendent un geste fédéral. Un million d’euros peu ou prou, histoire d’atténuer le poids des absents. Et Goze de trancher : « Je ne vois pas la FFR ne pas soutenir le projet de son staff en assurant une part de la contribution financière. » Dit comme cela, forcément… On pourrait en rire, comme de tout. Mais le temps perdu à la négociation va finir par peser sur le quotidien -et le moral- des clubs pourvoyeurs d’internationaux, qui doivent patienter jusqu’au 8 janvier pour savoir à quelle sauce ils seront donc mangés.

En attendant, Bernard Laporte et Paul Goze vont négocier. Le patron de la Fédé a ainsi défendu l’idée d’une prime aux résultats, ce week-end sur RMC. Suivez le guide : plus les clubs forment et préparent des joueurs performants, meilleurs sont les résultats des Bleus et plus grosse sera l’indemnité versée par la FFR, qui se dit prête à partager l’argent des 6 Nations. Sur le papier, le principe du gagnant-gagnant est évidemment séduisant. Mais à bien y regarder, cela nous semble risqué. Tous embarqués dans le même bateau, clubs, Ligue et Fédé partageront en effet tout du XV de France : l’argent des bons résultats et, surtout, le manque à gagner en cas d’échecs. On imagine déjà certains présidents qui ne manqueront pas de donner leur avis sur tel ou tel choix, humain ou stratégique, arguant tout simplement de défendre leurs intérêts financiers… Et l’on entend la petite musique sournoise sifflotée par certains techniciens décomplexés par ce droit de regard avisé. Peineront-ils à mettre en cause les principes de jeu des Tricolores si les résultats ne suivent pas ? Difficile à imaginer… Ce serait la guerre à tous coups, avec le risque de voir disparaître la part du sacré qui entoure la sélection.

À ce point de l’histoire, on se dit que le gagnantgagnant n’est pas le jackpot assuré. Et que Bernard Laporte, dans son habit de patron de la Fédé, aurait intérêt à rester le seul véritable maître des Bleus. En y mettant le prix.

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