Gaillard : « Une finale d’anthologie à Marseille »

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Directeur général de l’EPCR formats de compétition, exposition télévisuelle, fréquentation dans les stades, rapports avec les ligues et ambitions économiques, le "patron" des coupes d’Europe, Vincent Gaillard, fait le tour de l’actualité après quatre premières journées prometteuses.

Pensez-vous que les Saracens ont sacrifié la Coupe d’Europe pour se sauver en championnat (ils ont été sanctionnés en Angleterre d’un retrait de 35 points au classement pour non-respect du salary cap) ?

Ils n’ont manifestement pas tiré un trait sur la Champions Cup puisqu’ils ont gagné deux matchs sur quatre jusqu’à présent dans la poule 4, dite de la mort. Quoi qu’il en soit, cela ne nuit pas à la compétition si j’en juge par le niveau de jeu général des quatre premières journées.

Peut-on considérer que le club puisse être rayé du palmarès européen en plus de la sanction infligée en Premiership ?

En aucun cas. D’abord, nos règlements ne le permettent pas. Ensuite, il me semble que cela soulèverait des points légaux ou philosophiques majeurs, autour du sujet complexe et forcément controversé que représente la gestion du salary cap au sein des autres ligues et le respect de celui-ci par leurs adversaires de ces dernières saisons.

La France est clairement visée, avec le cas de Montpellier qui a été sanctionné par la LNR avant d’être mis en hors de cause par la commission d’appel de la FFR… Personnellement, qu’en pensez-vous ?

Le salary cap a une raison d’être, en Angleterre comme en France. Il doit être respecté et contrôlé. J’espère, et je crois, que les Saracens sauront tirer des leçons de cette sanction pour se relever. Ils en ont le caractère en tout cas.

Comment se prémunir contre les tricheries financières ? L’EPCR peut-elle avoir un rôle de gendarme financier, sinon de régulateur ?

C’est un sujet extrêmement complexe pour les raisons que j’évoquais précédemment et il n’est pas forcément désirable que l’EPCR ait un tel rôle, à partir du moment où les ligues et les clubs qui participent à nos compétitions jouent le leur. C’est ce qui semble se passer dans la très grande majorité des cas, il faut le souligner. Je note d’ailleurs à ce sujet une décision importante du Conseil d’État français (le MHR a saisi l’instance pour attaquer un système qui bafouerait les libertés d’entreprendre, contractuelle et d’association garanties par la Constitution. Le Conseil d’État a rejeté la demande du club héraultais et confirmé la légitimité du salary cap, N.D.L.R.).

Plus généralement, quel regard portez-vous sur le début de compétition en Champions Cup ?

Dans un contexte post-Coupe du monde compliqué par définition, je suis ravi du début de saison. Pour les clubs, la marge d’erreur est faible ! On voit du très beau jeu, le public est de plus en plus nombreux dans les stades et les audiences télé sont en très forte hausse en France grâce aux efforts combinés de France 2 (deux matchs diffusés par week-end), et beIN Sports, le diffuseur intégral de la Champions Cup, qui fait également un super boulot à nos côtés.

Sans les Saracens, l’intérêt sportif et le suspens sont moindres…

Avec les Saracens, il me semble… ils sont bien dans la poule de la mort aux côtés du Munster et du Racing, non ? Et ils conservent une véritable chance de qualification. Ne vous trompez pas, l’intérêt sportif et le suspens sont au rendez-vous, quelle que soit la situation des Saracens. Il suffit de regarder le classement des poules après quatre journées pour le comprendre.

À l’image du rugby en général, la Coupe d’Europe souffre d’un manque de concurrence, hors de ses bastions. Comment y remédier ?

Je ne partage pas du tout le point de vue. Cette saison, il faut noter la présence des Italiens de Trévise, qualifiés en Champions Cup au mérite sportif pur. Nous voyons également de très belles choses réalisées par des clubs, tels Exeter ou l’Ulster, qui ne font pas partie des gros palmarès européen. Surtout, onze clubs différents ont gagné la compétition en vingt-quatre ans, soit le même nombre qu’en football avec la Ligue des champions sur la même période. C’est finalement assez diversifié pour un sport comme le rugby qui est plus contraint géographiquement. Ceci dit, on peut toujours regretter que celui-ci ne nous permette pas à l’heure actuelle d’avoir des équipes allemandes ou espagnoles à ce niveau.

Faut-il s’ouvrir à d’autres pays, quitte à sortir de la zone Europe ?

Cela ne me semble pas judicieux si cela ne remonte pas le niveau sportif de manière indiscutable et si cela force des joueurs à voyager trop loin, avec des décalages horaires trop importants. Les cadences et les calendriers sont déjà bien trop surchargés… En revanche, nous travaillons sérieusement à l’idée d’exporter des matchs hors Europe et à la réalisation de matchs contre des clubs de l’hémisphère Sud.

Vous avez obtenu l’accord entre France Télévisions et beIN Sports pour la diffusion d’un deuxième match de Champions Cup en clair. Était-ce vital ?

Disons que nous avions à cœur de retrouver les niveaux d’exposition historiques de la H Cup. C’est fait. L’apport de France 2 est important avec ces deux diffusions en clair, le samedi et le dimanche. Je souhaite aussi souligner le travail remarquable fourni par notre partenaire et diffuseur intégral de la Champions Cup, beIN Sports, notamment sur plan de la production et de l’animation à l’antenne. Bref, la situation est ultra-positive de notre point de vue. Si l’exposition en clair est à contre-courant de ce qui se fait dans le football, elle nous semble absolument fondamentale pour le public et les clubs français.

La Coupe d’Europe est-elle en bonne santé, financière et sportive ? Parce qu’à écouter certains, elle ne serait plus aussi attractive alors qu’elle fête ses 25 ans cette saison…

Voilà encore des lieux communs à démonter ! Oui, la Coupe d’Europe est en très bonne santé financière, bien meilleure qu’au temps de la H Cup où cela ne semblait pas être un sujet. Elle génère un profit très substantiel, qui est ensuite reversé en intégralité au rugby, via les ligues nationales, et de manière maintenant équitable. D’aucuns diront que ce n’est jamais assez mais objectivement, la situation est très saine dans un contexte économique qui ne l’est pas toujours.

À l’inverse du Top 14, la qualité de l’arbitrage européen influe largement sur la qualité du jeu…

(Il coupe) Là encore, je crois que nous avons su trouver le bon calibrage et surtout la manière d’harmoniser les choses au niveau européen. Cela ne se fait jamais sans controverse dans un contexte souvent pressurisant et politisé. En tout cas, le travail de fond effectué par Joël Jutge (responsable de l’arbitrage au sein de l’EPCR), nos sélectionneurs et arbitres est absolument remarquable. À ce sujet, je remercie de tout cœur Jérôme Garcès pour tout ce qu’il a apporté à nos compétitions.

Revenons sur le commercial : êtes-vous toujours en quête d’un élargissement du cercle de vos partenaires majeurs ?

Pas de manière aussi "religieuse" que cela avait été imaginé au départ et c’est très bien comme cela. Nos amis de Heineken sont redevenus partenaires au plus haut niveau, même si cela ne se voit pas forcément en France pour des raisons légales et j’en suis absolument ravi. Il n’y a pas beaucoup de compétitions sportives qui peuvent se targuer d’une relation d’un quart de siècle avec une marque aussi prestigieuse et cohérente avec l’univers de notre sport. À leurs côtés, nous comptons un horloger suisse de renom, Tissot, et d’autres partenaires stratégiques (Kappa, Gilbert, Financial Times). D’autres suivront, c’est une évidence, maintenant que la compétition a repris de très belles couleurs après une transition un peu compliquée qui appartient au passé.

Quel regard portez-vous sur CVC, ce fonds d’investissement déjà actionnaire du Premiership anglais et qui a des vues sur le Tournoi des 6 Nations, entre autres ?

Un regard vigilant mais pas forcément négatif, a priori. Reste à savoir quels sont leurs objectifs. À ce jour, un seul accord est effectif et annoncé dans le rugby, avec le Premiership, même si nous comprenons que les discussions sont bien avancées avec d’autres. Et ils parlent déjà d’investissements dans le football, donc les fantasmes peuvent aller bon train… Nous verrons… En tout cas, il est certain que des parois étanches doivent être créées pour que le monde financier, qui a une raison d’être, n’influe pas de manière négative et indue sur le sportif, la santé des joueurs et les calendriers déjà surchargés. En soi, rien de nouveau.

Le sujet récurrent de la création d’une Ligue irlando-britannique revient encore sur la table. Est-ce une menace pour la Coupe d’Europe ?

Cela pourrait en être une dans l’absolu, oui. Mais comme vous le dites justement, le sujet revient sur la table… à peu près tous les deux ans ! Il y a pas mal de bonnes raisons pour lesquelles ce projet n’a jamais vu le jour. Avant que des clubs irlandais, écossais ou anglais acceptent de dévaloriser la Coupe d’Europe sur le plan sportif et commercial, compte tenu des succès actuels, nous n’y sommes pas encore… Si la politique et les rumeurs vont effectivement bon train, il n’y a pas forcément de quoi s’inquiéter outre mesure.

Où en êtes-vous avec le Premiership anglais qui tarde à se positionner, justement ?

Nous sommes en pleine discussion avec eux, comme avec toutes les autres ligues et fédérations. Rien n’est simple dans le monde du rugby actuel : l’équation de chacune des parties comprend pas mal de variables, en Angleterre comme ailleurs. Mais les Anglais font évidemment partie du futur des Coupes d’Europe, et inversement, si c’est le sens de votre question.

Vous ne pourrez pas attendre très longtemps : les prochains formats de compétition doivent être validés d’ici à la fin de saison…

Nous avons pour objectif de finaliser les formats pour les saisons 2022-2023 et suivantes dès le début de 2020 afin de projeter nos compétitions dans le futur sans attendre. En tout cas, nous avons encore deux saisons avec les formats actuels qui fonctionnent très bien de manière générale.

Quelles sont les pistes étudiées ? Passage à seize ou dix-huit clubs ? Réduction du nombre de journées comme le souhaitent les Anglais ? Maintien des dates avec une phase finale renforcée ?

Tous les éléments qui nous permettraient d’améliorer encore les formats actuels sont à l’étude ; c’est la bonne façon d’avancer. L’amélioration pourrait effectivement passer par un format encore plus resserré mais pas seulement. Contrairement à ce que j’ai lu dans la presse anglaise (réduction à dix-huit), rien n’est encore arrêté mais nous avons une préférence majoritaire pour une compétition sur neuf week-ends, comme c’est le cas aujourd’hui. Il y a un vrai intérêt des ligues et fédérations sur le sujet, c’est réjouissant. Le futur format de la Challenge Cup est lui aussi à l’étude.

Que veulent les clubs français ?

Au risque de simplifier, ils veulent la même chose que l’EPCR : une compétition relevée, jouée sur neuf week-ends, bien exposée afin de mettre en valeur les représentants du Top 14 et qui génère des revenus à la hauteur des enjeux et du niveau d’engouement autour de nos compétitions. La relation de travail que nous entretenons avec la LNR et les clubs français est à la fois cordiale et constructive. Leur implication active sur ces différents sujets est extrêmement précieuse pour nous.

Un mot sur les finales qui se joueront à Marseille cette année : où en êtes-vous de la billetterie ?

Plus de 55 000 billets ont été vendus pour les deux finales, grâce à une collaboration active avec nos principaux partenaires engagés sur cet événement que sont l’OM, le stade Vélodrome, la ville de Marseille, la LNR, Provence Rugby et la Ligue Méditerranée de rugby. Nous sommes à quelques mois de finales d’anthologie et je me réjouis de célébrer nos 25 ans dans un lieu aussi mythique. Ce sera une très belle fête !

Impossible de terminer sans parler de Mourad Boudjellal qui a fait payer à la LNR l’amende de 175 000 € infligée par la commission de discipline de l’EPCR (propos injurieux à l’encontre des dirigeants de l’institution). Trouvez-vous ça normal ?

Je ne me prononcerai pas sur cette partie précise de l’affaire, interne à la LNR, dont je ne connais pas les tenants et aboutissants. Concernant le fond de l’affaire entre Monsieur Boudjellal et l’EPCR, il est apparu, au comité de discipline indépendant, que le montant de cette somme était justifié, compte tenu de propos et comportements inacceptables, dont une partie est inconnue du grand public. Il n’en reste pas moins que, et cela va peut-être vous surprendre, nous entretenons avec le RCT d’excellentes relations. Nous avons pleinement conscience de la contribution du club à l’histoire de nos Coupes d’Europe et nous lui souhaitons le meilleur sur le chemin qui mène à la finale du Challenge le 22 mai à Marseille !

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