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XV de France

L’édito du vendredi : L'autre rugby

L'édito du vendredi de Léo Faure... Il y a les Saracens, 6 millions d’euros en moins et Bayonne, qui aimerait bientôt en greffer autant à son budget. Clermont ou Toulon, qui devront se contraindre à quelques millions de moins sur leur masse salariale et Agen, qui rêve de ce quelques millions de plus.

La fédération anglaise et ses bénéfices records d’un côté, celle de Nouvelle-Zélande d’un autre, qui perd cette semaine son sponsor majeur (l’assureur AIG) au seul grief de n’avoir pas su, en 2019, accrocher un troisième titre mondial consécutif après un mandat de tous les records.

C’est un joueur qui prolonge à la hausse ici, un autre qui se voit remercier là-bas. Une star japonaise qui signe en France et une autre, sud-africaine, qui s’engage au Japon. C’est le quotidien du rugby professionnel, sport désormais estampillé business à sept chiffres. Un virage sûrement nécessaire, certainement vital et qu’il n’est pas question de dénigrer. Ainsi va la vie d’un sport en quête de développement et qui se réussit globalement à l’exercice, survivant tant bien que mal aux secousses de son adolescence pour avancer, à la force de l’entreprise, vers son âge adulte.

Le constat n’empêche pourtant pas les pincements au cœur. Au milieu des gros chiffres, quelques bastions s’endorment. C’est Narbonne, Dax ou Tarbes qui, hier si glorieux, bataillent aujourd’hui dans l’anonymat trop grand de la troisième division. C’est Auch, savoir-faire unique du rugby hexagonal, qui a disparu des radars du haut niveau. C’est Lourdes, trou de verdure où chante une rivière mais où le soleil de son rugby, jadis si fier, ne luit plus vraiment. L’histoire ne suffit plus.

À l’heure de ce week-end européen de grand spectacle et, à son terme, du rassemblement de l’équipe de France, c’est aussi ce dont il faudra se souvenir. Derrière les plus grands noms de notre rugby, il y a souvent les plus petits clubs. Il faudra se souvenir de Saint-Pée-sur-Nivelle, qui le premier aura conquis à ce sport Maxime Lucu et le nouveau capitaine Charles Ollivon. Avoir une pensée pour les éducateurs de Magnoac qui, pendant onze années, ont couvé les talents d’Antoine Dupont ; les bénévoles de La Seyne, Seyssin, Bobigny et Toncy, qui ont servi les premiers goûters du mercredi après-midi à Gaël Fickou, Kilian Geraci, Gabriel Ngandebe et Camille Chat. Tous ceux qui ont fait que, bien avant de parler de salaires et carrière, ces talents uniques sont venus et restés au rugby.

Les fédérations anglaises et galloises avaient déjà porté ce message, il y a quelques mois, laissant les éducateurs du premier club égrener les noms des joueurs retenus pour la dernière Coupe du monde au Japon. Fabien Galthié aussi, qui convoqua sa première conférence de presse chez lui, à Montgesty. Derrière l’amuse-galerie, il y avait cette pensée, sérieuse. Loin des soirées de faste, le rugby vit d’abord sur ces tribunes en bois, au bord de ces mains courantes qu’il faudrait repeindre et sur ces plaines de jeu sans terrain tracé. C’est aussi cela que porteront avec eux, le 2 février, les heureux élus qui affronteront l’Angleterre.

Léo FAURE
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