Le temps des bâtisseurs

  • XV de France - Fabien Galthié qui dirige un entraînement des Bleus
    XV de France - Fabien Galthié qui dirige un entraînement des Bleus Midi Olympique / Patrick Derewiany / Midi Olympique / Patrick Derewiany
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L'édito de Léo Faure... Le temps de l’euphorie était donc là, en début de semaine. Savoureux et légitime : ce XV de France a trop perdu, dans un passé récent, des matchs qui lui étaient promis pour qu’on s’autorise la fine bouche après un succès de prestige, en ouverture d’un Tournoi des VI nations dont les Bleus n’ont plus goutté les hautes sphères depuis dix ans.

Les vidéos ont tourné en boucle, comme de petites pastilles d’endorphine : Antoine Dupont qui détruisait son vis-à-vis (Willi Heinz) sur un maître plaquage "philippe-carbonesque" ; Bernard Le Roux qui s’offrait avec délectation à son sacerdoce défensif, toujours en avançant ; Anthony Bouthier qui, sur un ballon chaud récupéré devant sa ligne d’en-but, expédiait le jeu 90 mètres plus loin, d’un monumental coup de pied frappé dans le ventre du ballon, lequel vrillait. À l’ancienne.

Ces images sont celles du rugby, dans sa plus pure essence. Féroce, comme le promettait Eddie Jones. Mais pas à l’avantage du camp entraîné par le sélectionneur anglais. Un constat, toutefois : ce sont toutes des actions défensives qui étaient à l’honneur.

Pas qu’on le regrette. Au contraire. Ces Bleus ont trop longtemps souffert d’une philosophie défensive minimaliste, où il était surtout question d’encaisser les coups sans les rendre, en espérant que l’orage passe. "La vie ce n’est pas d’attendre que l’orage passe, c’est d’apprendre à danser sous la pluie" jurait pourtant Sénèque. Sous l’orage anglais, les Bleus ont cette fois dansé.

C’est donc sur ce secteur si exigeant mentalement, la défense, que cette équipe a construit sa victoire face aux Anglais. À ce propos, saluons si tôt le travail de Shaun Edwards, réputé meilleur entraîneur de la chose sur cette planète et dont le travail fait déjà merveille, avec un système jamais pris en défaut. "Shaun Edwards 1 - England 0" lâchait, dimanche, Lawrence Dallaglio sur ses réseaux sociaux. Il y a de ça.

Quand les polarités et la pression s’inversent, quand l’adversaire est soudain contraint de jouer en reculant, Owen Farrell tombe des ballons, Ben Youngs bégaye ses passes et le duo Underhill-Curry n’est plus un poison, toujours un médoc pour la toux. Sacrée différence. Le schéma de déprédation se répétera, demain, contre d’autres adversaires si ces Bleus, lassés de jouer les punching-balls, défendent à nouveau en ce sens.

Le défi qui attend cette équipe, dimanche face à l’Italie, devrait pourtant tenir d’une autre équation. Privés de ballon face aux Anglais et contraints de bien défendre, les Français devraient cette fois bénéficier d’une quantité nettement plus conséquente de munitions.

Une occasion rêvée d’en savoir un peu plus, pour nous, observateurs ou simples supporters, sur le projet offensif des Bleus. Une occasion en or pour eux, joueurs et staff, d’éprouver une première fois leurs structures sur de longues séquences. Attention toutefois à ne pas oublier la base, l’essentiel, le socle : les fondations défensives de l’Angleterre. Sinon, le danger guettera.

Léo FAURE
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