• Saidou Bah a obtenu sa licence cette semaine et a pu disputer son premier match hier,avec l’équipe réserve de Digne, contre Noves-Eyrague.
    Saidou Bah a obtenu sa licence cette semaine et a pu disputer son premier match hier,avec l’équipe réserve de Digne, contre Noves-Eyrague. DR / DR
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Honneur

Une belle rencontre avec Saidou Bah

Ouvert vers l’extérieur, avec des partenariats avec des clubs et structures en Nouvelle-Zélande et au Japon, le RC Digne est également une terre d’accueil pour des joueurs moins expérimentés. Réfugié politique, Saidou Bah y a trouvé une nouvelle famille.

Hier, à Noves-Eyragues, Saidou Bah a disputé son premier match de rugby officiel sous les couleurs du RC dignois. Aligné à l’aile, comme c’est souvent le cas quand on fait ses premiers pas, il peut se dire enfin que la vie peut être belle… Avant de jouer son premier match de rugby, le Guinéen, qui a obtenu le statut de réfugié politique après un dernier entretien au mois de décembre dernier, a longtemps bataillé et n’a pas ménagé ses efforts pour s’intégrer.

Pour venir au premier entraînement, il a parcouru sept kilomètres à pied, après une rencontre fortuite avec Jérémy Teissier, le président du club. "J’étais dans un club de sport avec trois joueurs de la une, raconte le dirigeant. Il y avait trois migrants en train de soulever de la fonte. Je leur ai proposé de venir jouer au rugby pour se faire des copains. Saidou a été intéressé. Sans faire de bruit, il a participé aux séances de physique, puis de rugby."

Depuis, ses coéquipiers s’organisent pour le prendre sur le chemin de l’entraînement. à force d’efforts, il s’est vite intégré. Et le jeune homme a filé de nombreux coups de main pour laver les maillots, porter l’eau pendant les matchs, assurer l’affichage du score… "Cela lui a apporté autre chose que de penser à ses soucis ", poursuit le président.

Un long chemin

Mais aussi de recréer des liens de sociabilité, à travers l’esprit familial qui peut régner dans un club de rugby. "Je viens de Guinée-Conakry et là-bas, on vit en communauté, rappelle Saidou. Je retrouve l’aspect communautaire au sein du club. J’avais beaucoup de soucis avant d’arriver au RCD Et beaucoup de personnes au club m’ont aidé. Ils sont curieux. Je suis tombé sur de bonnes personnes, dont le président, Jérémy."

Avant d’arriver à Digne, le chemin a été long et mouvementé. Son histoire commence donc en Guinée. Militant à l’UFDG (Union des Forces Démocratiques de Guinée), il a été arrêté et maltraité, à plusieurs reprises, à la suite des nombreuses manifestations qui secouent le pays depuis 2010. "L’éducation et le développement reculent, l’insécurité grandit, regrette-t-il. Le président voulait changer la constitution pour pouvoir se présenter une troisième fois… Les manifestants voulaient changer la situation, pour avoir une vraie démocratie."

Le 23 octobre 2018, il est arrêté pour la troisième fois. Il parvient à s’évader, puis à rejoindre la France, grâce à l’aide de sa sœur, qui vit aux Etats-Unis. Après un séjour à Paris et sa région et de nombreuses démarches administratives, l’administration lui trouve un foyer à Barcelonette, avant qu’il ne rejoigne Digne en juin 2018 et de découvrir le rugby. "C’est physique, mais ça va, juge Saidou. En ce moment, il fait froid mais on s’adapte. C’est difficile au début de l’entraînement, mais on se sent bien après. De toute façon, dans la vie, rien n’est facile."

Bénévole au Secours Populaire et aux Restos du Cœur, il est sur le point de trouver un job dans la grande distribution avec l’aide du club. "Je ne me fais pas trop de soucis pour lui", conclut le dirigeant.

Sébastien Fiatte
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